../s3_ae.gif Description de la place forte de Brouage (côte atlantique). Documents historiques divers et photos de Clélia_Pannier. E_R_Cima ©2006-2019.

Place forte de Brouage.

Introduction

Introduction

Peu nombreux sont, peut-être, ceux qui ont entendu parler de la place forte de Brouage, cette très ancienne place située sur la côte Atlantique et édifiée avant Vauban !

Pour intéresser certains d'entre eux à cette place forte, nous leur dirons par exemple qu'en 1627, le cardinal de Richelieu, principal conseiller de Louis XIII, en a été nommé Gouverneur et qu'il l'a utilisée en appui pour « son » siège de La_Rochelle.


Avant d'aller plus avant, au sujet de Brouage, il est indispensable de commencer par visualiser l'implantation géographique de cette ville fortifiée au moyen d'une carte IGN.

Clic : +/- carte IGN de Brouage (-1,069854° ; 45,866655°).

Remarque : dans ce dossier, pensez aussi à cliquer sur les mots informatifs entre guillemets (exemple Brouage).


Les origines de Brouage

Le port et les origines de Brouage

Brouage est un port, ou tout au moins était un grand port, ce qui semble surprenant lorsqu'on visionne l'actuelle photo aérienne ci-contre.


Une des trois échauguettes du Bastion de la mer.

De là, bien avant la construction de la place forte, fin du XVIe siècle, on ne voyait que la mer, qu'un golfe de l'océan Atlantique retiré maintenant très loin vers l'Ouest à cause de l'envasement progressif de la région.

Le commerce du sel

Au Moyen-Âge, on produisait du sel dans les marais-salants environnants. Le commerce très lucratif de ce sel se faisait, entre autres, par bateaux mouillant dans un port actuellement plus que réduit.
Les environs immédiats de ce port, à cause du sol marécageux, étaient peu adaptés à l'édification de constructions, donc à celle d'une ville.

Le lest des bateaux marchands, à l'origine de Brouage

Les bateaux marchands sont très peu stables à vide. Aussi, lorsqu'ils ont déchargé leur cargaison de sel, pour revenir au port de Brouage ils sont contraints d'être lestés avec des blocs de pierre. Pendant des dizaines d'années ils s'en sont débarrassés en arrivant au niveau de l'actuelle place forte de Brouage.

C'est ainsi que, vers la moitié du XVIe siècle, il y avait suffisamment de pierres entassées dans les marais pour constituer un socle solide permettant d'édifier un bourg stable, au voisinage du port.

Le seigneur de la région, Jacques_de_Pons, fit construire ce bourg qu'il appela Jacopolis (futur Brouage).

Guerres de Religion et construction de la place forte de Brouage

Pendant la quasi-totalité du XVIe siècle, jusqu'en 1598 date de la proclamation de l'édit_de_Nantes, huit guerres de Religion entre catholiques et protestants se succèdent en France.

La prospère ville de Jacopolis passe alors aux mains des uns et des autres. Des fortifications sommaires, puis de plus en plus conséquentes, sont édifiées.

En 1578, le roi de France Henri III, devenu maître des lieux, évince le seigneur (un descendant de Jacques_de_Pons) de cette ville riche et la rattache au domaine royal. En même temps il en change le nom : Jacopolis s'appellera désormais Brouage !


Depuis lors, malgré les vicissitudes des dernières années des guerres de Religion ayant secoué cette région plus protestante que catholique, cette place forte de Brouage est demeurée française.


L'enceinte de Brouage
Protections passives


L'enceinte de la place forte

Protections passives

La place forte est entourée de marais, presque à perte de vue, ce qui constitue un handicap certain pour ses attaquants potentiels. De plus, elle est ceinte par environ 2km de remparts continus.


Courtine de la Brêche. Photo Clélia_Pannier.

Protection « militaire » et non « civile »

Visiteurs, attention ! Il peut être très dangereux de circuler sur le haut des remparts, entre autres avec de jeunes enfants ! En effet, il n'y a aucune barricade protectrice, aucun parapet empêchant de tomber !

Les photos ci-après devraient vous en convaincre !


Dessus du bastion de la Brêche. Photo Clélia_Pannier.


Échauguette du bastion de la Brèche.


Zone de circulation sur les dessus du bastion de la mer.


Aucune protection, donc, sauf au niveau des deux courtines faisant face au port la courtine du gouvernement et la courtine royale qui, en 1689, furent reconstruites avec, en superstructure, un mur de ronde.


Courtine du Gouvernement.


Protections actives

Protections actives


L'une des trois échauguettes du bastion d'Hiers.

Les échauguettes sont de petites constructions en encorbellement permettant à un guetteur de surveiller non seulement le lointain mais aussi les murs desquels elles dépassent.
Comme elles sont munies de meurtrières, elles permettent aussi de tirer sur les assaillants.

Elles jouent exactement les deux mêmes rôles que les cloches GFM de la ligne Maginot dont elles peuvent donc être considérées comme étant leurs ancêtres.

Les bastions (en saillie par définition) facilitent aussi la défense rapprochée des courtines en retrait par rapport aux bastions.

L'ensemble est armé de canons.
Un exemplaire, exposé dans Brouage, semble dater de la fin XVIe, début XVIIe siècle.


Photo Clélia_Pannier.


Les ouvertures vers l'extérieur

Les ouvertures vers l'extérieur

Deux sites d'entrées carrossables

La place forte dispose de deux sites d'entrées : l'un au Sud, dans le bastion d'Hiers, au voisinage des casernes pour la troupe, casernes actuellement disparues ; l'autre, au Nord, dans le bastion royal où sont aménagées deux entrées : l'une d'honneur (entrée royale) côté palais du Gouverneur, lui aussi actuellement disparu, et l'autre de service.


Extérieur du bastion royal, avec son entrée royale.

L'entrée royale a été conservée ; l'autre, qui lui faisait face, a été détruite vers la moitié du XIXe siècle pour permettre aux véhicules de passer aisément.


Deux ports souterrains

En 1631, deux ports souterrains, donc à l'abri des tirs adverses, sont aménagés dans la place forte. À notre connaissance, ce type d'aménagement est peu courant.
Mais depuis leur construction ils se sont largement envasés et sont donc devenus totalement inutilisables.

Le premier est le port d'Hiers, sous le bastion d'Hiers.


Port souterrain du bastion d'Hiers.

Le secont est le port de la Brêche, sous le bastion du même nom.


Accès (en descente) au port souterrain de la Brêche, depuis le sommet du bastion.
Photo Clélia_Pannier.

Le manque de contrôle de cet accès à la place forte interpèle.
En fait, le poste en permettant la surveillance semble avoir été détruit au cours du temps, comme pas mal d'éléments de Brouage, tels les corps de garde pour chaque bastion, les casernes...


Port souterrain de la Brêche.
Photo Clélia_Pannier.


Port souterrain de la Brèche.


Port souterrain de la Brèche. La photographe Clélia_Pannier est au centre, derrière son frère et entourée de ses grands-parents maternels. L'intru, à gauche, est R_Cima.


Le moins que l'on puisse dire est que l'eau semble loin des ports souterrains ! Cependant, si l'on regarde de près la photo satellite ci-contre, on relève la présence de petits canaux entourant Brouage. Ce sont les restes de canaux plus conséquents utilisés par des bateaux à fond plat pour transporter marchandises et armement depuis la place forte jusqu'au port marchand et de guerre et jusqu'aux postes avancés de la place.


Port de... guerre ???


Brouage, port de guerre.
1598. Fin des guerres de Religion, mais


Brouage, port de guerre.

1598. Fin des guerres de Religion, mais...

Rappelons un peu d'Histoire, afin de mieux appréhender l'un des rôles importants joué par Brouage au début du XVIIe siècle.

1598. L'édit_de_Nantes

En cette fin du XVIe siècle, le roi de France, Henri IV, promulgue l'édit_de_Nantes mettant fin aux huit guerres successives de Religion, entre catholiques et huguenot (les protestants français) ayant embrasé essentiellement la France durant le XVIe siècle.

Cet édit accorde officiellement des droits aux protestants. L'un de ces droits est relatif à la concession de plusieurs places fortes que leurs chefs huguenots peuvent politiquement gérer en toute indépendance ; des sortes de petits États dans le royaume de France.

L'édit accorde trop de droits aux huguenots, selon les catholiques et pas assez selon les protestants. Aussi ses effets ne vont pas durer longtemps, surtout après l'assassinat de Henri IV, en 1610, et l'avènement de Louis XIII, son fils âgé de tout juste 8 ans à l'époque.

La ville huguenote de La_Rochelle

Un peu au Nord de Brouage, le grand et riche port de La_Rochelle fait partie de ces États dans l'État et peut être considéré comme étant, par excellence, celui appliquant l'édit de Nantes dans son sens le plus strict ; si bien qu'en 1621 La_Rochelle proclame son indépendance et décrète la République !

Louis XIII décide alors de mettre fin au régime ayant autorisé la gestion indépendante des places de sécurité huguenotes et porte ses armées sur plusieurs d'entre elles, moins importantes et plus faciles à vaincre que La_Rochelle, ville aidée par la Hollande et l'Angleterre.


Richelieu et la marine

Richelieu, la marine et... Brouage

Jusqu'au début du XVIIe siècle, les batiments français de guerre n'étaient pas construits en France, mais achetés entre autres à la Hollande.

Lorsqu'en 1624 le Cardinal duc de Richelieu est nommé « principal » conseiller de Louis XIII, il crée aussitôt la « Marine royale » avec ses chantiers navals produisant leurs propres vaisseaux de guerre.

C'est ainsi que trois ans plus tard, en 1627, sont créés les trois premières escadres françaises baptisées : Bretagne, Normandie et Guyenne.

L'escadre de Bretagne est basée à Brest, celle de Normandie au Havre_ et celle de Guyenne dans le port de la place forte de... Brouage dont le Cardinal_de_Richelieu a été nommé Gouverneur !


Timbre postal de 1970 rappelant Richelieu, les vaisseaux de guerre et le siège de La_Rochelle.

Et, à propos de La_Rochelle...


Siège de La_Rochelle

1627-1628. Siège de La_Rochelle

Richelieu est nommé commandant du siège de La_Rochelle. Il fait un état des lieux et une préparation minutieuse de toutes les forteresse royales voisines de la ville. Brouage, dont il est Gouverneur, est instituée base arrière et le siège peut commencer en 1627.

Brouage fournit alors troupes, vivres, munitions et matériaux à certains assiégeants.

La célèbre digue

Un mois après le début du siège terrestre, Richelieu fait construire une digue de 1500 mètres de long, devant le port de La_Rochelle afin de compléter son blocus, côté mer cette fois.

La digue est armée de canons dirigés vers le large afin de contrebattre la marine de guerre Anglaise. Cette dernière se porte au secours des Rochellais mais intervient en vain et se retire.


Le cardinal de Richelieu au siège de La Rochelle. Grande fresque peinte en 1881 par Henri_Paul_Motte et exposée dans un musée de La_Rochelle.

En 1628, à la suite de la reddition des Rochellais affamés, Louis XIII met fin à l'autorisation de gestion indépendante des places de sécurité huguenotes.


Grands travaux de Richelieu à Brouage
Grands travaux.


Les grands travaux de Richelieu à Brouage

Grands travaux

Tout juste après sa victoire sur La_Rochelle, Richelieu s'intéresse de nouveau et fortement à Brouage où il fait entreprendre une série d'améliorations techniques par l'ingénieur militaire Pierre de Conty_d'Argencour.

C'est ainsi que, sur plusieurs années (1628-1641), sont construits des ports souterrains (vus plus haut), un arsenal, une halle aux vivres, une poudrière, deux forges royales, un hôpital...


Peu de choses subsistent des aménagements intérieurs réalisés à cette époque dans la place forte dont les heures de gloire militaires furent essentiellement liées au Cardinal de Richelieu et s'estompèrent peu à peu à sa mort... et au cours de l'envasement progressif de son voisinage immédiat.


La halle aux vivres


La halle aux vivres.

Cet imposant bâtiment est construit à partir de 1631 afin de stocker des vivres pour une garnison atteignant parait-il jusqu'à 6000 hommes, et pour ravitailler les navires de guerre.

En 1816, lorsque la place forte a perdu depuis longtemps de son intérêt stratégique, cette halle est transformée en poudrière.
Par mesure de sécurité, on détruit alors tout le quartier où elle est située (rues et maisons). C'est la raison pour laquelle, sur les photos satellites, on la voit isolée, au milieu d'une vaste pelouse.

Actuellement restaurée, cette halle présente aux visiteurs une exposition permanente consacrée à l'histoire de Brouage.

Les forges royales

Les forges royales sont accolées au bastion royal, de part et d'autre de ce dernier.


Forge royale Ouest.
Son entrée est à gauche de la photo. L'entrée royale de la place forte est au centre de la photo, tout au fond.


Forge royale Ouest.

Les forges royales, situées à gauche et à droite du bastion royal, sont actuellement des lieux d'expositions diverses, sans rapport avec la fortification.


Brouage après...
L'après Richelieu


Brouage après...

L'après Richelieu

Après le Cardinal, l'histoire militaire de Brouage nous a semblé fade, entre autres par « l'acharnement thérapeutique » employé à vouloir sauver une place et son port de guerre que le littoral fuyait irrémédiablement.

En 1653, le Cardinal Mazarin est nommé gouverneur de Brouage, charge qu'il délègue au cousin de Colbert : Colbert_du_Terron.
Ce dernier se voit confier le soin, par Louis XIV, de trouver un lieu susceptible de se substituer à Brouage qui s'envase de plus en plus. En 1665 il propose Rochefort, qui est accepté. C'est la fin programmée de Brouage.

Cependant, la place forte déclassée continue d'être améliorée : courtines, glacière, poudrières...

Une glacière


Glacière du bastion Richelieu, restaurée au début du XXIe siècle.

Richelieu avait fait édifier un hôpital, actuellement disparu. Qui dit hôpital dit besoins de médicaments et de moyens pour les conserver.
À cet effet, en 1688, donc bien après la mort de Richelieu, une glacière est construite sur le bastion Richelieu.

En marge de ce dossier sur Brouage, on peut se demander comment, fin du XVIIe siècle, on pouvait obtenir de la glace et la conserver, surtout si l'on sait que, jusqu'au milieu du XIXe siècle, on n'avait aucun moyen d'en produire.

Réponse : dès l'antiquité, pour conserver des aliments et comme dessert de luxe, on utilisait la glace naturelle et la neige que l'on ramasse pendant la période des grands froids.

Le stockage de la glace se faisait dans des glacières dont le rendement, en durée de conservation, pouvait largement dépasser les 6 mois.
Cette durée dépend de la quantité de glace stockée, de son homogénéité, de la possibilité d'évacuer son eau de fonte et, bien sûr, du type d'abri isolant utilisé : grotte, cave, fosse...


Intérieur de la glacière du bastion Richelieu.
Photo Clélia_Pannier.

Ici, à Brouage, il s'agit d'une cuve cylindrique totalement enterrée, d'environ 3,5m de diamètre et 3m de hauteur, pouvant contenir 22 tonnes de glace.
La cuve est surmontée d'un toit isolant, en bois, reposant sur un mur de briques, et l'accès à la glace se fait par le dessus de la cuve, par une ouverture dirigée vers le Nord afin de minimiser son ensoleillement.

Nouvelles poudrières

Deux poudrières ont été construites en 1692, encore une fois bien après le décès de Richelieu : la poudrière du bastion de la Brêche et la poudrière du bastion Saint-Luc.


Poudrière du bastion de la Brèche pouvant contenir jusqu'à 20 tonnes de poudre.


Entrée de la poudrière du bastion de la Brèche, ceint d'un mur de protection.
Photo Clélia_Pannier.

Actuellement, ces poudrières sont, elles aussi, des lieux d'expositions sans rapport avec les fortifications.


Remarque pertinente ou impertinente ?

Dans le monde actuel du tourisme, est-il vraiment indispensable d'attirer les gens avec des monuments historiques détournés de leurs fonctions premières ?
Dans une poudrière, par exemple, ne serait-il pas plus profitable, voire pédago-ludique, d'exposer des documents et matériels illustrant les raisons d'existence de la poudrière et de sa structure en liaison avec son affectation initiale, au lieu d'exposer des patchworks et canevas, si beaux et impressionnants soient-ils ? Les patchworks ne seraient-ils pas mieux dans un autre lieu d'exposition ; un ancien atelier de couture, par exemple ?

Cette remarque est loin d'être spécifique à Brouage, tout particulièrement lorsqu'on imagine une municipalité qui attirerait des touristes pour découvrir leur ouvrage de la ligne Maginot dans lequel, au détour d'une galerie, ils tomberaient sur une exposition de santons de Provence ou de maillots de bain !


Une carte historique, pour clore ce dossier


Carte de Brouage (1697). Document BNF.

Malgré l'envasement régulier et continu, en 1697 la mer n'était pas encore très éloignée de Brouage. Mais les bateaux, même de faible tonnage, ne pouvaient cependant accéder au port que par un étroit chenal (Chenal de Broüage sur la carte).

Le choix de Rochefort, pour remplacer Brouage après la mort de Mazarin, se heurtera quelques années plus tard à un problème analogue à celui de Brouage : excellente défense mais... difficultés d'accueil des bateaux à fort tirant d'eau. Quoi qu'il en soit, ceci est un autre sujet...


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