../s3_ae.gif SF Escaut. Casemate de la Drève-de-St-Antoine. Tous droits réservés © Cima 2003-2013.
Mai 1940. La guerre, vue depuis la casemate CORF de la Drève-de-Saint-Antoine (SF Escaut)
Dossier réalisé grâce, entre autres, aux documents aimablement fournis par M. Lenne Xavier que nous remercions vivement. Evelyne et Raymond Cima.
Introduction

Introduction

Dans ce document nous vous présentons le rapport du lieutenant Batigny Gaston (54eRIF), affecté à la casemate CORF n°6, dite casemate de la Drève-de-Saint-Antoine (SF de l'Escaut, lisière de la forêt de Raismes).

Fortification de la forêt de Raismes

À l'origine, lors de la conception de la Ligne Maginot (la vraie, la sérieuse) il n'avait été prévu l'édification que de quelques zones fortifiées très puissantes, avec artillerie (telle la région fortifiée de Metz), et de quelques aménagements locaux d'infanterie de replis (telle la lisière de la forêt de Raismes, avec ses 12 casemates CORF). Ensuite, à partir de 1934... mais c'est une autre histoire ! (clic : info+)

Casemate de la Drève de Saint-Antoine

Casemate CORF, à double flanquement, construite à partir de 1930 (premiers plans de la CORF). Equipée et fonctionnelle dès son édification, certains de ses organes sont «améliorés» en 1939/1940 et non encore fonctionnels en mai 1940 !

Squatée en 2012, les nombreux chiens qui la gardent n'incitent pas à venir la photographier !

Flanquement Ouest
1.JM/AC47
Flanquement Est
1.JM/AC47
1.JM
Armement frontal
1.cloche JM transformée en cloche AM (antichars) non fonctionnelle en 1940.
Observation
1.GFM type A transformée en type B (sans son équipement en diascopes d'observation, en 1940).
Vue, en direction de l'Escaut, depuis le périscope de la GFM.

Intérêts du document

Outre son intérêt historique, ce document met l'accent sur deux points :

Rapport du lieutenant Batigny

Rapport du Lt Batigny
10-17 mai 1940

Du 10 au 17 mai 1940

G.B. L'ordre d'alerte nous étant parvenu, les soldats abandonnèrent leurs entraînements et regagnèrent la casemate qui est organisée immédiatement sur le pied de guerre à trois tours. Les cuisiniers demeureront quelques jours encore à l'emplacement de la cuisine à l'intersection des routes d'Odomez à Saint-Amand et de Bruille-Saint-Amand à la Drève-St-Antoine. Un poste de circulation fonctionne au même emplacement sous mes ordres avec un F.M en D.C.A.
À la casemate on procède à la mise en place, dégraissage, etc. de tout le matériel, un F.M en D.C.A fonctionne. Les convois de Belges défilent sans interruption sur la route survolée assez souvent par des appareils ennemis. Nous sommes mitraillés à plusieurs reprises sans accidents.
Presque tous les soirs, à 18 h, nous recevons un chapelet de bombes et parmi celles-ci une bombe de gros calibres. Ces bombes tombent dans les environs immédiats de la casemate et sans dommages. Les hommes sont néanmoins surpris de ces attaques sans contreparties.
Des troupes occupent les intervalles entre les casemates, mais je dois me déplacer fréquemment en compagnies du soldat Vanwassenliore Raymond, volontaire permanent pour ces sorties, afin d'aller prendre contact avec les officiers commandant les troupes d'intervalle, car ceux-ci s'obstinent :
-1° à ne pas comprendre qu'ils doivent nous protéger d'attaques frontales puisque nous n'avons aucun moyen de feu dans cette direction, sauf le F.M de cloche.
-2° à placer des nids de mitrailleuses ou de F.M devant le fossé antichar, c'est à dire au beau milieu des champs de tirs de la casemate.
Au cours de ces reconnaissances poursuivies parfois vers la ligne intermédiaire en vue d'obtenir les renseignements qui me font défauts, nous passons dans des zones dangereuses, mais sans encombres, sauf une chute que je fais dans des barbelés, me blessant assez profondément à l'avant-bras droit, seul les chairs sont déchirées, c'est donc sans importance.
Nous devons aller chercher un ravitaillement réduit à la casemate du Lièvre, à 1h20 de nous (clic : note)La distance entre la Drève-Saint-Antoine et les deux casemates du Lièvre est d'un peu moins de 2km. Donc 1h20 doit correspondre à un aller-retour. Du début à la fin, ce service sera assuré par des volontaires que je me plais à citer, car ils furent en toutes circonstances au-dessus de tout éloge ; le sergent Lucien Debail et les seconde classe Paul Dupuis et Jules Bribaut.
18 mai 1940

18 mai 1940

G.B. Vers le 17 mai, en vue d'une contrattaque du «groupement Bouillet» sur Avesnes-sur-Helpes (clic : note)Nous n'avons trouvé aucun document sur ce «groupement Bouillet». La 7e Panzer (Général Rommel), venant des Ardennes belges, se dirige plein Ouest. Le 18 mai, elle est à Avesnes-sur-Helpes, au Sud du SF Escaut, où une contreattaque par bombardiers et troupes au sol tente en vain de l'arrêter., partent quatre 2ème classe : les soldats Albert Menu, André Dumont, Joseph Chanpy et Jean Arcus. Les 4 hommes partent avec 3 FM et 16 boites chargeurs pleines par F.M. Ces armes me feront le plus grand défaut par la suite, car ces 4 hommes ne rentreront pas à la casemate ; sur l'état nominatif, je les porte comme disparus.
Durant cette période mon effort se poursuit, surtout remettre les hommes en possession de leurs moyens, car beaucoup ne mangent plus. Ils sont affolés par le bruit des éclatements et sous le coup d'une dépression nerveuse. Ils tressaillent à chaque éclatement, qui se ressent d'ailleurs fortement dans la casemate et empêchent à peu près tout sommeil. J'ai beaucoup de mal à les persuader de la solidité de la casemate, ils persistent à voir des fissures partout, alors qu'un nombre infime de coups atteint l'ouvrage. À vrai dire, les journées et les nuits sont longues, on attend dans une sorte de fièvre, car nous recevons des coups sans pouvoir les rendre, ce qui exaspère évidemment.
D'autre part, les hommes n'ignorent pas qu'il nous est impossible de nous servir de l'arme mixte sous cloche (jumelage Reibel et canon de 25 court, posé courant mars, avril 1940) (clic : note)Dans la cloche JM, initialement fonctionnelle, le jumelage de mitrailleuses avait été remplacé par un trumelage antichars : JM/AC25mm mais... pas encore fonctionnel !, que nous n'avons aucune munitions pour le mortier de 50 (malgré mes multiples réclamations) et que nos moyens d'observations sont limités au périscope de cloche, les épiscopes n'ayant jamais été remplacés par des diascopes plusieurs fois annoncés (clic : note)La cloche GFM type «A» vient d'être transformée en cloche GFM type «B», aux créneaux extérieurement plus résistants que ceux de la «A». Mais le nouvel équipement intérieur n'a pas été livré !.
Enfin les hommes se sentent isolés, car ils ne perdent aucunes des fautes des troupes d'intervalle et finissent par les considérés comme inutiles, ils n'ont aucune confiance en elles. On ne voit aucun avion allié et sauf un groupe de mortiers, on n'entend aucun coup de départ d'artillerie amie. Enfin il y a la frousse de la 5e colonne qui ne passe pas. Notons que le stator d'un diesel a été enlevé et que, de ce fait, j'ai un moteur inutilisable. Le courant est dur à remonter, mais j'y arrive et l'atmosphère est un peu détendue et confiante vers le 18 mai.
19 mai 1940

19 mai 1940

Arrivée, entre autres, du 43eRI. Pendant la «drôle de guerre», le 43eRI est stationné dans l’Oise. Avec l'opération Dyle, il est envoyé en Belgique d'où il doit battre aussitôt en retraite avec ordre de combattre dans le SF Escaut. Il s'y installe le 19 mai, en avant de la forêt de Raismes.

D'après divers documents, son Colonel est alors effaré par la faible consistance et l'état inachevé des défenses de ce qu'on lui avait annoncé comme étant un «secteur fortifié». Il "fera avec" au cours des combats qui s'en suivront jusqu'au 26 mai, aux côtés du 54eRIF et d'autres unités refluant de Belgique, telle la 1eDIM et la 1eRI.

G.B. Le 19 mai, j'observe des éclatements beaucoup plus fréquents, les obus passent en générale au-dessus de nous et éclatent à 100, 150 mètres dans le sous-bois. Quelques coups courts tombent aux alentours de la casemate, mais sans dommage. Quelques arbres commencent à être décapités et l'on voit au loin les toitures voler en éclats. La zone devient de plus en plus dangereuse, nous subissons des bombardements incessants tant par l'artillerie que par l'aviation. L'avion de reconnaissance allumant et survolant en quasis permanences, nos sorties à l'extérieur sont immédiatement signalées et tous les parcours sont arrosés de projectiles.
20-21 mai 1940

20-21 mai 1940

20 mai. Installation, sous les bombes allemandes, des Unités nouvellement arrivées.

21 Mai. Les Allemands, sur la rive droite de l'Escaut, exécutent plusieurs travaux de franchissement du fleuve. L'artillerie française, entre autres du fort de Maulde, ne réussit qu'à ralentir ces travaux d'autant plus que l'artillerie allemande monte en intensité.

G.B. Les ravitailleurs partent chaque matin sans défaillances. Les troupes d'intervalle s'obstinant à se placer devant le fossé antichars, je dois sortir à plusieurs reprises durant les journées 19, 20, 21 mai.
22 mai 1940

22 mai 1940

G.B. Ma dernière sortie eut lieu le 22 mai et sera fatale au soldat Vanwassenliore qui m'accompagne toujours comme volontaire. Ce 22 mai, la journée débute par un violent bombardement, puis le calme se rétablit, les éclatements sont plus lointains, les ravitailleurs partent comme à l'ordinaire. Leur sortie est saluée à quelques minutes d'intervalles par une pluie de mitraille, je note également et pour la première fois l'éclatement d'obus fusants.
La présence de l'ennemi se fait sentir plus durement, mais aucun renseignement ne peut être obtenu par téléphone monté sur câble aérien léger qui fonctionne par intermittence. Le lieutenant Gallion semble peu au courant de ce qui se passe dans notre coin, de plus, son P.C a été déplacé à l'Etoile de Cernay, mais son emplacement non reconnu par mes hommes, j'évite à tous prix d'envoyer des coureurs, car mon effectif est loin d'être complet, nous sommes maintenant 24 sur un effectif prévu de 40 et j'ai peur de nouvelles pertes.
Les renseignements que je possède proviennent :
-D'une part de mes conversations avec les troupes d'intervalle, le plus souvent avec des sergents, chef de groupes, car de toutes mes sorties, je n'ai réussi que deux fois à parler à un officier et une seulement, un officier est venu s'entendre avec moi autour de la casemate sur le plan de tir.
-D'autre part : les blessés légers des lignes principales de résistance et intermédiaire qui viennent se faire soigner, et que j'ai un mal infini à faire remonter en ligne. Un poste T.S.F eut été bien nécessaire.
L'après-midi, vers 15 heures, je pars avec le soldat Vanwassenliore en direction de la maison forestière d'Odomez. L'aller et le retour s'effectuent de façon relativement paisible et lorsque je rejoins la casemate, quelques hommes prennent l'air tout contre la porte. Nous nous arrêtons Vanwassenliore et moi, lui parle à ses camarades tandis que je me dirige vers les créneaux de la chambre de tir Est, afin de me rendre compte si des dégâts n'ont pas été causés aux cadres extérieurs. J'avais à peine fait quelques pas qu'une explosion formidable retentit, je me sens soulevé de terre, je fais une pirouette en l'air et retombe couché sur le côté. Il me semble avoir été touché au coin de l'épaule, je vois tout noir et ai peine à respirer, j'ai absorbé du CO2. Je sens tomber sur moi une pluie de poussière ainsi que des mottes de terre. Je réagis d'un bloc et sans savoir, je me retrouve dans la casemate. Je vois immédiatement plusieurs hommes qui saignent. Il y a le soldat Ohiers qui a une plaie au front, le soldat Desmaret, une estafilade à la cuisse, le sergent Debail s'apercevant que Vanwassenliore est resté dehors, va le chercher. Il est sans connaissance. Personnellement, je récupère, mon angoisse au cœur disparaît, j'ai un magnifique bleu à l'épaule, en bref rien d'important. Le soir je m'apercevrai avoir deux coupures assez profondes à l'avant-bras droit et je retrouverai un petit éclat dans ma manche.
Le soldat Vanwassenliore est immédiatement soigné, il porte une énorme plaie le long de la colonne vertébrale, deux plaies au ventre, il a un bras presque sectionné. L'obus ou la bombe a éclaté à 3m20 de lui ! Il reprend connaissance et me demande : «vous irez voir ma femme, me dit-il, tenez jusqu'au bout, jusqu'au bout !»
Des brancardiers du P.S.B de St-Amand-les-Eaux viennent le chercher vers 18h00. J'ai su il y a quelques mois, par sa femme, qu'il était mort fin mai à Mouchin.
Excellent soldat, il a donné, de son vivant, exemple de courage et de mépris du danger. J'avertis le Lt Gallion par téléphone ; le soir, celui-ci sera définitivement coupé !
Nous restons à 23 avec deux blessés légers, sans me compter.
J'ai pu interroger les brancardiers, ils me disent que les Allemands sont à l'Escaut et que des éléments avancés l'on franchi. Je n'en parle pas à mes hommes, ils sont trop nerveux et désemparés. Les bombardements se font de jour en jour plus précis, les coups de départ des Allemands s'entendent très bien, ils avancent. Je sens cela très nettement le samedi et donne des ordres pour que la garde de nuit soit vigilante. Ma casemate, en effet, est dans un bas fond et la drève St-Antoine est un chemin secondaire extrêmement bien défilé pour quiconque voudrait ne pas passer par la route nationale. Il y a donc des chances pour qu'une attaque se déclenche sur moi à bref délai.
23-25 mai 1940

23-25 mai 1940

23 mai. Dans la nuit les Allemands ont passé l'Escaut au niveau du pont d'Hergnies mais, bien que contenus sur la berge gauche du fleuve, leur tête de pont est bien établie.

24 mai. Les contre-attaques françaises sont sans effet sur la tête de pont allemande renforcée au cours de la nuit. L'infanterie de cette dernière progresse même légèrement, contournant certaines casemates. En fin de journée elle a peu progressé mais tient partiellement le village d'Odomez.

25 mai. Les Allemands attaquent sur tout le front mais ne peuvent déboucher. Cependant, contrairement aux Français, ils reçoivent des relèves qui feront la différence le lendemain !

26 mai 1940

26 mai 1940

Aux premières lueurs du jour les bombardements allemands précèdent l'attaque. Les casemates encore actives sont prises pour cible par des tirs d'embrasure, à bout portant, ou sur leurs arrières et tombent les unes à la suite des autres.

G.B. Dès le matin, à 4h30, je suis réveillé par un bombardement formidable qui s'abat sur nous et sur la lisière de la forêt. Rien ne répond et j'ignore que je ne suis plus appuyé dans les intervalles. Cela dure 1h30 environ, puis calme et nouveau bombardement. Au loin on entend cracher des armes automatiques, mais impossible de déceler leur présence. Le casse-croûte du matin nous réunit tous sauf le guetteur, j'en profite pour exposer aux hommes notre situation et comment je vois se déclencher une attaque ennemie.
Je les réconforte du mieux que je peux et chacun paraît disposé à faire son devoir.
Vers 10h30 du matin, un coup sec qui se répercute partout provient de la cloche de guet. J'interroge le guetteur qui ne me répond pas, assourdi sans doute. Pendant ce temps, retentissent un second, un troisième, un dixième coup. Le guetteur récupère, je lui donne ordre d'essayer de déceler l'origine des coups. La tache se révèle assez ardue, car chaque fois que nous élevons le périscope, les coups redoublent et d'autre part, je tiens à le conserver, car c'est mon seul moyen d'observation vers l'avant. La cloche résiste bien et après un moment d'angoisse, les hommes reprennent confiance. Vers 10h55, le tir assez pressé semble s'effacer, le guetteur me signale des éclairs qui semblent correspondre aux coups reçus, les indications portées sur la carte donnent une distance de 1200 à 1300 mètres, un coup frappe encore, suivi d'un heurt violent à l'intérieur de la cloche. Chacun a entendu ce bruit.
Singulier, un grand silence se fait, rompu par de nouveaux coups qui seront les derniers. Je me précipite dans la cage de montée, le 2eme classe Louis Grard ne répond pas, la trappe est d'ordinaire assez lourde, je demande à un soldat de la soulever, c'est chose impossible, Grard doit être tombé dessus. Nous pensons que la cloche a cédé. Je fais descendre le plancher mobile, Grard est étendu en arc de cercle, du sang coule de sa bouche, il est mort, complètement fracassé, bras, jambe, colonne vertébrale, menton. À son côté gît la couronne intérieure de fixation du châssis d'un diascope qui a cédé : cette pièce porte une faille, c'est un vice de fabrication. Le F.M de cloche qui était fixé dans l'ouverture de ce diascope est rendu inutilisable, je n'ai plus de F.M. La cloche est intacte, par contre le périscope est faussé. Je suspends momentanément le service de guet et le remplace par une surveillance aux lunettes de pointage. Pour le soir et la nuit, j'ai l'intention de faire effectuer le guet dans la cloche de l'arme mixte qui possède aussi un périscope, mais la position est des plus inconfortables avec l'arme mixte qui ne peut être mis en place et le champ d'observation est limité ! Les guetteurs aux lunettes me signalent le repli de groupes armés, des blessés évacués vers l'arrière, des chenillettes qui viennent de l'avant. La situation me semble sérieuse, je donne des ordres sévères pour le quart aux lunettes, l'armement est à nouveau vérifié ! La dernière toilette de Grard est achevée, nous l'enterrerons dans la nuit.
À partir de 13h le bombardement cesse. À 14h30 environ, nous ouvrons le feu sur des groupes d'infiltration constitués en moyenne par deux ou trois hommes. Vers 15h30 - 16h, tout semble calme, nous cessons le feu en continuant à observer, l'ordre est de tirer sur tous mouvements suspects, car notre champ de tir est presque uniquement constitué par des champs de céréales et comme il n'y a pas de vent, l'oscillation des tiges offre un renseignement. Il y a bien des cheminements défilés, mais nous ne pouvons les battre n'ayant pas de munitions pour le mortier. À 16h15, un coureur venant du P.C du Lt Gallion m'apporte l'ordre écrit de quitter la casemate après les destructions d'usage. L'ordre de départ sera donné par six feux rouges lancés par la casemate d'Haute Rive (S/lt Hardy). Le coureur n'a reçu aucun coup de feu. Je ne comprends rien à cet ordre, ignorant tous de la situation, et j'ai les larmes aux yeux de devoir quitter "ma" casemate alors que j'ai réussi à inculquer à mon équipage un esprit combatif et de sacrifice, car nous voulions "tenir jusqu'au bout" comme promis. Je donne les ordres nécessaires aux départs et aux sabotages. Les armes transportables sont démontées, les paquetages montés sur les sacs, etc. Les feux rouges ne sont pas aperçus, le S/lt Hardy est obligé de m'envoyer un homme me prévenant que le signal de départ a été donné depuis un certain temps déjà. Le coureur me dit n'avoir essuyé aucun coup de feu et n'avoir rien vu de suspect. Je fais précipiter les préparatifs. Un certain affolement règne. Une partie de l'équipage doit rester avec moi pour les dernières destructions, l'autre partie, sous la conduite du sergent-chef Cliquet sortira et nous attendra à un point fixé sur la drève St Antoine. Les hommes s'élancent, sitôt la porte ouverte, ils n'ont pas fait 20 mètres que des mitraillettes crépitent. Comme des moutons, les autres foncent à travers tout avant que j'aie eu le temps de les rappeler. Dans la casemate, restent le sergent Debail et deux hommes. Nous ne pouvons enterrer notre camarade Grard sous le feu des mitrailleuses, de plus nous ne trouvons plus les clés carrées nécessaires à l'ouverture des fûts de gasoil, nous ne pouvons plus les déplacer à 4 car ils sont empilés les uns sur les autres. En fait, les futs de pétroles sont dans une cavité aménagée au milieu des caisses de vivres de réserve (ceci pour éviter le gaspillage et les initiatives individuelle). Nous opérons les dernières destructions : diesel, clés de sureté des 47, goupilles des créneaux, ramassage des papiers secret, etc. À notre tour, nous partons en coupant à travers les barbelés et directement vers la plus proche lisière de forêt, je ferme la marche. Arrivé à la lisière une balle siffle désagréablement à mes oreilles : c'est la seule manifestation de l'ennemi.

Dans la nuit, les dernières troupes françaises prennent le chemin de Lille et de Dunkerque. La bataille de l'Escaut est terminée.

Ligne Maginot ?

Après avoir lu ce rapport, certains comprendront sans doute pourquoi nombreux sont les détracteurs de la Ligne Maginot. Mais que ces derniers ne se trompent pas de cible ! En effet, pourquoi les hommes politique de l'époque (et sans doute quelques officiers supérieurs) ont-ils, après 1934, incité à construire un peu partout ce type d'ersatz de Ligne Maginot ? Et, surtout, pourquoi ont-ils fait croire aux populations que ces blocs de béton auraient la même efficacité que les puissants SF de Thionville ou des Alpes-Maritimes, entre autres ?

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Patience...

Je charge...

PC 1 officier - gfm 2 - CLM : 1 - disponibles 8 - 1 chambre de tir (JM et JM/AC47 : 3 s/of 5 h) - cloche JM : 2 dans la cloche , 2 pourvoyeurs et 1 mécanicien au pied - cloche AM : 1 s/o tireur, 1 chargeur 1 observateur et, au pied : 2 servants, kaff