../s3_ae.gif 1940. Attaque de l'ouvrage des Sarts_ (SF Maubeuge_). Dossier réalisé essentiellement avec des documents et l'autorisation des Archives municipales de la ville de Maubeuge_ et de l'AALMA (fort de Schoenenbourg). E_R_Cima ©2019.

1940. Prise de l'ouvrage des Sarts_ par les Allemands.
Secteur fortifié de Maubeuge_

Avant-propos

Avant-propos

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Ce dossier est essentiellement réalisé à partir d'un document des archives municipales de la ville de Maubeuge_ que nous tenons à remercier vivement, (M. Sébastien_Meurant, entre autres, pour la relecture commentée de ce dossier, avant sa mise en ligne).

Photo de la première page de ce document.
C'est une traduction anonyme d'un article paru le 30 décembre 1940, en Allemagne, dans le « Völkischer_Beobachter », organe de presse officiel du Parti national-socialiste des travailleurs allemands.
Autant dire, tout de suite, que l'article en question s'intéresse plus aux attaquants de l'ouvrage qu'à ses défenseurs.

Le titre de l'article était : « Hommes contre ouvrages blindés »
« C’est ainsi que d’héroïques soldats Allemands attaquèrent le Fort des Sarts_ »
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Introduction

Présentation de l'ouvrage des Sarts_

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L'ouvrage des Sarts_ fait partie d'un ensemble « nouveaux_fronts » de la ligne Maginot, non initialement prévu par la CORF.

Dans le SF de Maubeuge_ où la CORF n'avait réalisé qu'une série de casemates (anciens_fronts dans la forêt_de_Mormal), en 1934, tout près de la frontière franco-belge, sont mis en chantier de nouvelles casemates ainsi que quatre ouvrages d'infanterie : Les_Sarts ; Bersillies_ ; La_Salmagne_ et Boussois_.
À ce groupe de quatre ouvrages on peut associer la casemate d'Héronfontaine (à l'Ouest des Sarts_) qui, avec sa tourelle_AM, est une sorte de compromis entre une casemate CORF et un ouvrage CORF d'infanterie.

Tous ces ouvrages ont été édifiés sur des emplacement de forts Séré_de_Rivières construits entre 1878 et 1883 et détruits ou fortement endommagés lors des combats du siège de Maubeuge_ (28 août / 8 septembre 1914) au début de la première guerre mondiale.
Sur le plan, on reconnait la forme polygonale caractéristique des fossés entourant les forts Séré_de_Rivières, fossés conservés lors de la construction des Sarts_.

Important ! Ces ouvrages « nouveaux_fronts » ne sont pas équipés d'artillerie et ne sont pas, non plus, protégés par de l'artillerie d'autres ouvrages. Ils ne peuvent donc compter que sur la protection du béton et de leur propre matériel d'infanterie.
Sur les projets initiaux des Sarts_, des tourelles de 75mm sont bien prévues mais... en deuxième_cycle, c'est à dire lorsque les finances publiques le permettraient... et elles ne l'ont jamais permis !

Document, Michel_Truttmann, du projet officiel du 24 août 1934 établi par le Lieutenant-colonel Drecq_. Collection Lieutenant-colonel Philippe_Truttmann.


Armement

Armement des Sarts_

L'ouvrage est à deux blocs (B1 côté Ouest et B2 côté Est) reliés entre eux par une galerie souterraine. L'entrée se fait par le B1. Le B2 possède une issue de secours.
Tout le reste du plan initial est en pointillés, c'est à dire prévu et non réalisé.


Le contexte

Le contexte de l'attaque allemande

Le 10 mai 1940, l'attaque générale allemande, qui porte l'essentiel de son effort sur le Sud-Est de la Belgique, en direction de Sedan, surprend l'État_Major français tablant sur une attaque par le Nord de la Belgique et bouleverse ainsi ses plans préétablis.

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De plus, les éventuels « plans_B » sont pris de court face à la technique allemande de combat qui s'appuie sur la rapidité d'intervention « en meutes » de ses blindés et sur les bombardements massifs, en piqué, par ses avions « Stuka_ ». En peu de jours l'armée française est désorientée et désorganisée.

Photo : Junkers Ju87, célèbres bombardiers en piqué (Stuka_) de la Luftwaffe.
Photo du site « http://les-avions-de-legende.e-monsite.com »


Le 13 mai, la percée de Sedan, laissant une ouverture béante, permet une entrée massive de troupes allemandes en France et leur donne l'opportunité d'attaquer à revers les Français massés sur la frontière franco-belge ou entrés en Belgique le 10 mai.

Le 20 mai, les Allemands ont atteint la Manche_ et neutralisent, les uns après les autres, les Secteurs Fortifiés qu'ils ont ainsi isolés.

Secteur Fortifié de Maubeuge_

Dans l'un de ces secteurs, celui de Maubeuge_, la ville, ou ce qu'il en reste après son incendie par bombardements, a été prise le 18 mai.
Les casemates CORF de la forêt de Mormal, attaquées par l'arrière, ont été neutralisées le 21 mai.

À cette date, seul le groupe du « nouveau_front » constitué essentiellement des quatre ouvrages d'infanterie des Sarts_, de Bersillies_, de La_Salmagne, et de Boussois_, ainsi que par la casemate à tourelle_AM d'Héronfontaine, résistent encore.

-Boussois capitulera le 22 mai en fin de matinée ;
-La_Salmagne capitulera le 22 mai vers 20h, un peu avant l'évacuation de la casemate d'Héronfontaine ;
-Bersillies capitulera le 23 mai vers 10h, un peu avant Les_Sarts.

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Quelques mois après sa capitulation, l'ouvrage des Sarts_ a été totalement vidé et ferraillé par les Allemands.

Bloc 1. Photos : AALMA - Fort de Schoenenbourg.


Le récit de l'attaque allemande
21 mai

Le récit de l'attaque allemande de l'ouvrage des Sarts_


21 mai 1940. Préparatifs.

Pendant toute la journée, les forts des Sarts_ et de Héronfontaine, de la fortification Nord de Maubeuge_, avaient été sous le feu des armes allemandes. Les heures succédant aux heures, les canons et les obusiers avait tonné, de même que les grosses pièces contre ouvrages et les pièces antichars.
Entre temps, les mitrailleuses avaient crépité, mais les ouvrages étaient toujours là, crachant le feu ; celui des Sarts_, surtout, avec ses coupoles et ses créneaux menaçants semblait, sur sa colline basse, un gros animal des temps préhistoriques gardant une montagne.

Lorsque vint le soir, les pionniers et les fantassins [Allemands] furent poussés en avant. « Enterrez-vous ! », tel avait été l’ordre.
Les bêches piquèrent dans la terre meuble pour faire des trous individuels de protection dans lesquels les hommes s'abritèrent. Ils étaient affamés et fatigués. Ils frissonnaient dans la nuit fraîche et profondément noir…
Il fallait que le fort des Sarts_ fût pris le jour suivant. Tout était encore sinistrement calme ; de ce calme qui précède l'attaque.

Demain, l'attaque commence

Le Commandant de la compagnie de pionniers a appelé quelques-uns de ses gradés et de ses hommes choisis parmi les plus braves. Il s’agit de reconnaître un chemin par lequel les « stosstruppen » [= troupes de choc, corps francs], pourront, le lendemain, s’approcher au plus près et en sécurité de l’ouvrage qu’ils doivent prendre par une attaque surprise [La seule surprise, pour l'équipage des Sarts_, étant l'heure d'attaque !].

À l'aide de sa carte, l'officier donne des explications sur le terrain à reconnaître et sur l'itinéraire à suivre. « Si la carte est exacte, dit-il à voix basse, il doit y avoir là un chemin qui offre un couvert suffisant par lequel nous pourrons avancer sans être vus de l'adversaire, tout au moins jusqu’en ce point. »
L'index ganté de l'officier montre, sur la carte, la fin du chemin creux. « À partir de là, continue-t-il, le terrain est nu. Chacun devra marcher avec prudence, sans considération pour sa sécurité et en ne songeant qu'à la mission à remplir ».

Le rayon de lumière de la lampe de poche, un instant détourné, s'arrête sur la face du lieutenant. Les hommes voient le visage décidé et hardi, la saillie dure du nez, les sourcils broussailleux, la ligne mince et volontaire des lèvres closes.
« Demain, camarades, ajoute-t-il, nous prouverons ce que des pionniers allemands peuvent faire. »

[Puis il ordonne :] « Sans cadence ! Marche ! ». Sans bruit, la troupe de reconnaissance disparaît dans la nuit.
Vaincus par la fatigue et le sommeil, ceux qui sont restés dans les trous de tirailleurs ramènent leur toile de tente sur leur tête…
Dans les bois voisins, les chats-huants hululent…


22 mai. Avant l'assaut.

22 mai 1940. Avant l'assaut.

Les soldats se reposent quelques heures, puis l’aube nait. La rosée froide recouvre les corps, raidit les membres. Ankylosés par la nuit froide, les hommes se lèvent. L'ordre est venu de se préparer pour l'attaque.

Le lieutenant et ses hommes avaient trouvé le chemin qui conduisait au fort, dans les conditions les plus favorables pour l’approche. Ce chemin se terminait, d'une façon surprenante, dans une position de campagne française abandonnée qui offrait plus d'avantages pour l'attaque que pour la défense.

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Quelques explications sur cette position française abandonnée.
Il s'agit d'un abri de campagne construit par les troupes d’intervalle, en arrière des Sarts_ et dont les angles de tir étaient prévus pour servir de soutien à l’ouvrage, mais à condition que l'ennemi attaque par l'avant et non à revers comme c'était présentement le cas pour certains d'entre eux !
De plus, depuis la percée allemande sur Sedan, certains mouvements français étaient quelque peu désordonnés et les troupes d'intervalle du SF de Maubeuge_ avaient été déployées ailleurs.

Photo : archives municipales de la ville de Maubeuge_.


Le général est là

Les deux « stosstruppen » de pionniers, composées chacune d'un sous-officier et de ses hommes, furent réparties entre la 10ème et la 11ème compagnie d'infanterie, l'attaque du fort devant s'effectuer simultanément par devant et par derrière, dès qu'elles seraient prêtes pour l’assaut.

Déjà les pionniers avaient pris les armes et les appareils : les longs tubes pour faire sauter les réseaux, les lance-flammes, les grenades à main, les cisailles, lorsqu'on cria : « le général est là ! le général va nous parler ! »

Les hommes savaient que le général était toujours en avant lorsqu’une décision importante était à apprendre ; lorsqu'il s'agissait de fournir l'effort maximum.

Au PC du bataillon, le général attendait ses soldats. Il les regarda dans les yeux, lorsqu'ils passèrent devant lui, lui faisant face. Maintenant, il était devant eux. La lumière de la nouvelle matinée enveloppait sa haute taille. Sa voix résonna, solide et profonde, pour le salut à ses soldats. Il parla par phrases courtes et claires. Chacun, en l’écoutant, comprenait la grandeur de la tâche qui lui était imposée pour la continuation de la marche victorieuse allemande.

Il conclut : « Le fort des Sarts_ et celui de Héronfontaine doivent tomber. Pour aujourd’hui, cela seul compte ! »

Le feu roulant commence

Les « stosstruppen » ont occupé la position de campagne française. Sans pertes, elles ont pu s’approcher du fort. Maintenant la vue est libre sur les ouvertures du fort qui crachent le feu, sur les coupoles blindées [il s'agit de la tourelle des Sarts_ et de celle de Héronfontaine] qui se lèvent et se baissent sans arrêt au-dessus des ouvrages et d’où partent des éclairs aigus. L’air vibre de la musique tonnante de la guerre.

L’ouragan qui hurle atteint son maximum quand les escadrilles de « Stuka_ » [=avion bombardier en piqué] qui arrivent à toute vitesse, entrent dans la danse. À haute altitude, dans le ciel, patrouilles après patrouilles, ils tracent des cercles sur l’ouvrage voué à la destruction ; puis, les engins volants, l’un après l’autre, piquent droit sur le fort, déchargeant leur fardeau mortel comme des oiseaux de proie qui fondent sur leur victime recroquevillée au ras du sol.

Les pierres éclatent, les murs de béton se fissurent, des masses de terre et de pierraille jaillissent en noirs tourbillons. L’effet de cette attaque est effrayant. Dans les tranchées, nos hommes retiennent leur souffle. Ils sont complètement sous l’empire de ce spectacle grandiose de la destruction.

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Photo : archives municipales de la ville de Maubeuge_.

Maintenant, le feu des armes lourdes allemandes recommence. Les canonniers s'affairent fiévreusement autour de leurs pièces. Les courageux adversaires tirent toujours, malgré l’ouragan de fer qui s’est abattu sur eux. Une des deux tourelles blindées se lève encore ; mais sa force de combat paraît brisée. Elle ne tire plus que par intermittence. Les mouvements de montée et de descente, péniblement effectués, ne semblent plus être faits que pour nous tromper.

Précision : le lieutenant Louis Debretz, commandant du B2 des Sarts_, vient d’être tué dans sa tourelle et deux de ses hommes sont grièvement blessés ; les deux tourelles, celle des Sarts_ et de Héronfontaine, sont mises hors de combat.

Le soleil monte et devient brûlant. Lentement, trop lentement, le temps passe pour les hommes prêts à l’assaut. Tous les préparatifs sont faits ; toutes les charges vérifiées, chaque problème revu encore une fois.

Le lieutenant qui commande la Compagnie de pionniers donne ses dernières instructions. Aux chefs des « stosstruppen » : couper le premier réseau ; faire sauter le second.

La compagnie d’infanterie avait été répartie en groupes ayant chacun sa mission ; les emplacements des mitrailleuses lourdes et des mortiers avaient été fixés. Tout était prêt !

La fièvre de l’attente montait de minute en minute : « quand donc viendrait enfin l’ordre de l’assaut ? »

Cependant, l’aiguille de la montre se rapprochait de plus en plus de la 4ème heure de l’après-midi. La voix des canons allemands s’enflait à nouveau. Sans arrêt, les projectiles éclatent sur le fort.


22 mai. Début de l'assaut.

22 mai 1940. 16h. Début de l'assaut.

Soudain des fusées montent ; « 16h : assaut ! »

Les pionniers sautent de leur abri ; leur officier devant eux. Quelques enjambées les séparent seulement du premier réseau. Ils se jettent à terre. Couchés sur le dos, les pieds arc-boutés au sol, les coupeurs de fils se poussent en avant, en rampant comme des reptiles. Les cisailles coupent sans arrêt. Les fils qui sautent libèrent le passage par lequel les hommes plaqués au sol, poussent leur corps.

En avant ! Toujours en avant !

Ils n’ont pas d’autre pensée. Ils ne font nullement attention aux mitrailleuses ennemies qui commencent à crépiter et aux projectiles qui sifflent aux raz des têtes.

Et voilà le second réseau ! Les tubes d’explosifs volent, poussés sous les fils par des gestes rapides et sûrs, cent fois répétés. Le chef de la « stosstruppen » crie « amorcez et planquez-vous ! »

L’ordre est exécuté. Quelques secondes d’attente crispée puis, brusquement, c’est la détonation. Le fouillis des barbelés se déchire comme une toile d’araignée sous un souffle de tempête. Le second passage est ouvert. « À travers ! En avant ! »

On passe. Et encore du barbelé, pour la troisième fois !
Les hommes soufflent. Leurs corps sont trempés de sueur, mais ils continuent de ramper toujours sous le feu des mitrailleuses ennemies.

Remarque : vue la position des Allemands, les mitrailleuses sont des FM de protection des Sarts_ aux tirs bien moins fournis que ceux des jumelages de mitrailleuses.

La terre saute autour d’eux. Les coups sont bien ajustés.
Une fusée monte : c’est le lieutenant qui l’a tirée. La voix d’airain des armes lourdes allemandes se gonfle plus bruyamment. Et à nouveau, les pionniers allemands sont sous les barbelés, coupant les panneaux l’un après l’autre. Encore trois, encore deux. Et maintenant le dernier.


22 mai. Premières victimes.

22 mai 1940. Premières victimes allemandes.

L'homme de tête a placé sa cisaille. Il va la serrer quand une balle ennemie l’atteint. Avec ses dernières forces il presse la pince et le fil se rompt. Le chemin vers l’ennemi est libre.

Le va-tout

La deuxième « stosstruppen », qui avait la tâche d’attaquer l’ouvrage par derrière, s’était, pendant ce temps, avancée latéralement par un boyau jusqu’à ce qu’elle fût, elle aussi, devant le réseau. La troupe d’attaque n’avait pas encore été aperçue par l’ennemi. Elle n’avait pas reçu de coups. Maintenant il s’agissait de s’approcher de l’ouvrage par le chemin le plus difficile.

Le sous-officier qui commande la « stosstruppen » regarde ses hommes, puis il tourne brusquement la tête pour donner l’ordre de quitter le boyau protecteur pour s’engager sur le glacis. Mais, au même instant, la tourelle à éclipse se lève et crache le feu. Puis, subitement, se découvrent des mitrailleuses ennemies. Elles tirent dans toutes les directions. Peut-être sont-elles dans les entonnoirs, quelques part. Le diable seul peut savoir où elles se cachent [Il s'agit probablement de trois FM de Héronfontaine].

Le feu enragé de l’ennemi ne dure que quelques minutes. C’est à nouveau le calme. Mais nous sentons qu’on nous surveille là-bas. Un « Obergefreiter » [Caporal-chef] et un pionnier sautent sur le réseau de barbelés, mais à peine le travail de leurs cisailles a-t-il commencé que le feu des mitrailleuses reprend.

Sans se troubler, sans souci des projectiles qui sifflent sur leurs têtes, les hommes coupent les fils emmêlés. Ils savent que tout repose sur eux, en cet instant, sur leur impassibilité, sur leur courage, sur leur fidélité au devoir. L’un après l’autre, les fils sont coupés à coups rapides. Maintenant, téméraires jusqu’à la folie, pour aller plus vite, les hommes se sont dressés sur leurs genoux. Le sang coule de leurs mains. Ils se disent l’un à l’autre des mots d’encouragement. Ils s’excitent au travail. En quelques minutes ils ont terminé.

La balle le frappe en plein élan

Le sous-officier crie : « à travers ! En avant ! » et s’élance, le fusil dans la main gauche, la grenade dans la main droite. Mais la balle ennemie le frappe en plein élan. Il se tient un moment immobile, chancelle, le fusil s’échappe de sa main, il tombe sur les genoux, se penche sur le côté, reste allongé et soupire profondément ; un des pionniers arrache la vareuse du blessé. Sur le côté droit de la poitrine le sang coule : « pansement ! Infirmiers ! En avant ! » passe-t-on de bouche en bouche vers l’arrière. Pendant ce temps, les coupeurs de fils tiennent le boyau. Puis l’Obergefreiter prend la conduite de la troupe : « en avant ! »

Quelques minutes plus tard, le lieutenant arrive. La première question est pour le blessé. Il git là, où il a été atteint. Péniblement il se dresse un peu lorsque l’officier lui parle. Il veut sourire mais la douleur le terrasse ; il retombe sans force.

Le lieutenant s’élance en avant, vers les hommes qui sont à l’abri à quelques distances de lui. Le feu meurtrier de l’ennemi fait toujours rage. Pourtant, pour mieux voir, l’officier se tient tout droit et braque ses jumelles. Il voit maintenant bien distinctement où est l’adversaire. Les coups cinglants tombent d’un bloc bien camouflé en séries ininterrompues. Là, il faut faire vite.

La mort moissonne

L’officier s’écrie : « attaque sur le bloc à gauche ». Ce furent ses derniers mots, la seconde suivante, il tombe. Durement sa tête heurte le sol. Il reste là, étendu, sans mouvements. Le casque d’acier a roulé de sa tête.

Les hommes ont vu la chute. Ils se tournent et s’effraient. Là, derrière, gît leur chef, leur lieutenant. Ils se regardent en silence. L’un d’eux rampe vers l’arrière et appelle celui qui est tombé. Cela résonne anxieusement ! L’homme s’approche encore : « le lieutenant est mort, crie-t-il à ses camarades ; coup à la tête ! »

Alors, le sang ne fait qu’un tour chez les hommes. L’Obergefreiter serre les dents et crispe le poing : « nous te revaudrons ça Franzmann, grince-t-il. » Et, à nouveau, ils rampent en avant, l’Obergefreiter en tête. Il monte, vers la gauche, avec la main légèrement soulevée : « c’est là qu’ils sont ! Nous les aurons ! En avant ! »

Tout-à-coup il s’arrête. Devant lui, dans une partie de tranchée dont le bord est complètement arasé par les obus, les coups pleuvent. Il faut pourtant passer. Il n’y a pas le choix : aucun détour possible. « Allez ! dit l’Obergefreiter, nous aurons de la chance ! Sautez vite avant que l’ennemi s’en aperçoive. »

Il se retourne pour montrer à celui qui le suit l’origine du feu ennemi. Mais il n’y parvient pas. Il tressaille, pivote sur lui-même, s’agrippe à l’air avec les mains comme s’il cherchait un appui sur quelque chose pour se garantir de la chute dans l’éternité ! Sa bouche s’ouvre sur un râle. Ses yeux se révulsent. Le jour qui tombe rapidement boit le reste de ses dernières heures.

Le brouillard monte. Il étend son opacité sur la campagne. Alors l’ordre arrive : « En arrière ! Aux positions de départ ! »
Les pionniers soulèvent leurs camarades qui sont tombés et les ramènent là d’où ils sont partis pleins de joie du combat et défiant la mort.
Et la nuit tombe, fraîche, lourde, tranquille.


23 mai. Derniers tirs des Sarts_.

23 mai 1940. Derniers tirs de la défense des Sarts_

Dans la nuit, l'équipage des Sarts_ remet la tourelle d'armes mixtes en ordre de marche.

Un jour nouveau se lève encore. À nouveau les mitrailleuses crépitent et à nouveau les salves des canons lourds ébranlent le ciel. À nouveau le fort des Sarts_ qui se défend avec ténacité est sous les bombes. Peu à peu le feu des défenseurs faiblit. Les créneaux deviennent muets. La tourelle à éclipse ne se soulève plus, ne s’abaisse plus.

Extraits du rapport du Capitaine Leduc, commandant l’ouvrage des Sarts_.
« Le 23 mai, vers 4h30, le tir ennemi reprend sur Héronfontaine et sur les Sarts_ [mais la casemate d'Hétonfontaine a été évacuée en fin de soirée du 22] ; j’ai l’impression que les canons qui ont liquidé Boussois et la Salmagne sont maintenant sur nous.
Vers 5h, la tourelle à éclipse prend à partie des infiltrations à 5 ou 600m. »

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« À 5h30, un violent coup de plein fouet cale la tourelle qui ne peut plus être éclipsée. »

Photo de 1940 de la tourelle_AM après les combats.
Photo AALMA. Fort de Schoenenbourg.


« Les coups à longue portée sont courts d’environ 50m. Ils créent, devant l’ouvrage, de gros nuages de poussière et de fumée. Le but de ces tirs est sans doute de permettre à l’infanterie d’approcher.
Les hommes s’énervent de ne rien voir. Pour les calmer, je fais cesser le tir pendant cette averse de feu. Il est d’ailleurs inutile de tirer dans cette fumée et avec des armes sur rotules dont les rotules ne fonctionnent plus.
Les cloches elles-mêmes, prises à partie à très courte distance résistent aux obus de plein fouet mais ne peuvent répondre. »

Les fusées vertes et blanches sifflent dans l’air, s’alternant sans arrêt. C’est à peine si les armes lourdes peuvent allonger leurs tirs à la cadence demandée par ces signaux rapides.


23 mai. Assaut.

23 mai 1940. Matinée. Pour la deuxième fois, c'est l’assaut !

Une fois encore, les pionniers bondissent vers les réseaux, les arrachent les uns et les autres, sautent en avant. Pas à pas ils avancent. Aucun coup ne claque contre eux. L’ennemi ne se défend plus.

Maintenant le bloc est atteint. Derrière lui se trouve un obstacle antichar.
C’est un tableau de destruction qui s’offre aux yeux des pionniers assaillants. Sur la terre bouleversée, il y a des pierres, des armes, des cadavres. Mais le dernier obstacle est écarté. Les coupoles sont là, proches à les saisir. L’une d’elles est à moitié sortie. Les créneaux baillent.

Les pionniers étaient arrivés. Des grenades à main, en charge massive, volent dans la tourelle. Elles y détonnent avec un bruit sourd de tonnerre. La fumée tourbillonne. La flamme jaillit. Cela commence à brûler l’ouvrage.
Et maintenant un homme est en haut, sur la coupole. Il lève la main avec le pistolet lance-fusées et tire deux feux blancs, l’un après l’autre.

Extraits du rapport du Capitaine Leduc.
« Il est 11h. Les gros canons se taisent et, au même instant, les allemands sont dans le fossé du fort. Le chimiste crie l’alerte aux gaz. Ces gaz doivent provenir des pétards et des grenades lancées par les entrées démolies.
La tourelle, qui ne s’éclipse plus, reçoit deux pétards à l’intérieur.
Pendant que l’on cherche à parer ce danger venant de dessus, la porte de secours du Bloc 2, minée, saute. Les créneaux des cloches sont bouchés par l’ennemi, avec des sacs de terre. Il faudrait que l’on tire sur nous pour dégager les dessus. Mais qui le fera ? Nous sommes seuls.
Un pétard démolit le FM de caponnière du Bloc 1 au moment où le Lieutenant Trojani le vérifie. C’est la fin ! J’ordonne de sortir les grenades.
Les équipes sont en place aux entrées. Mais le fort, très solide encore au Nord, à l’Est et à l’Ouest où l’ennemi n’attaque pas, est démoli au Sud [donc sur ses arrières]. »

Les hommes de l’autre « stosstruppen » étaient là, eux aussi. Sans pertes nouvelles, ils s’introduisirent dans l’ouvrage. Maintenant, ils se précipitent et crient, crient, agitent leurs mains joyeusement.


Victoire

23 mai 1940. Victoire (allemande) !

Des prisonniers sont emmenés ; hommes aux visages pâles sur lesquels l’effroi de la mort a laissé ses traces. Beaucoup de blessés parmi eux.
Sans volonté, abattus, ils passent devant nous, leur uniforme couleur de terre, usé et déchiré. Après la plus courageuse défense, ils doivent plier devant la force, devant le droit du plus fort.

Le dernier ouvrage du Secteur Fortifié de Maubeuge_ vient de tomber !

Au soir de la victoire, arrive le calme convoi des camarades avec les morts. Ils vont coucher, pour le repos éternel, contre le mur de l’antique forteresse de Maubeuge_.
Sur le fort des Sarts_ flotte, rouge dans le crépuscule, la fière bannière du Grand_Reich germanique.


Et après ?

Et après ?...

L'ouvrage a été totalement vidé et ferraillé par les Allemands durant l'occupation et il en reste, de nos jours, deux amas de béton armé labourés par les obus de 1940 et par les explosifs des ferrailleurs ainsi que, ne l'oublions surtout pas, le souvenir des morts tant côté assaillants que côté défenseurs !

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Les deux blocs des Sarts_.
Photos : AALMA - Fort de Schoenenbourg.


Et pour avoir énormément plus d'informations sur ce SF...

...et ses combats en 1940, nous vous recommandons le livre de Julien Depret : « Le SF de Maubeuge_ face à l'invasion de mai 1940 ».

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Commentaires d'Internautes

Commentaires d'Internautes


Bonjour Raymond,
Super reportage comme tu sais les faire, merci et bonne journée.
Bien cordialement
Jacquy D.


Merci pour ce dossier fort intéressant !
On "sent bien" le document d'époque avec toute la "fougue" du Parti !
Votre plan de l'ouvrage avec position des blocs T75 & entrées prévus en 2nd cycle vient de la collection Truttmann ?? [réponse : OUI]
Bien cordialement
Vincent A.


Comme toujours c’est passionnant !
Bon Eté
Pascal B.


Merci pour toutes ces informations. G S


Sempre un ringraziamento per l'interessantissimo materiale. Grazie. R.G.


Buongiorno Raymond
Interessantissime le mail riguardanti la Linea.
Libri in Italiano fino ad ora ne ho trovato uno solo. Se mi da alcune informazioni su testate in Italiano le sarei grato.
Buone vacanze. O.V.
[Grazie. Mi dispiace, ma... non ho informazioni su libri o giornali italiani. Cordiali saluti.]


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