De tout temps le problème des fortifications est intimement lié à celui de l'arme (arme contre cuirasse). On crée une première cuirasse qui résiste à une première arme. Du coup la cuirasse, fortification, entre dans la stratégie de défense et devient florissante. Puis on crée une deuxième arme qui perce la cuirasse. Cette dernière devient obsolète et la fortification est momentanément abandonnée. Puis, la technologie aidant, apparaît une nouvelle cuirasse qui résiste à la deuxième arme et la fortification renaît. etc.
Au lendemain de la guerre de 14-18, les fortifications abandonnées en début de guerre ont le vent en poupe, entre autres grâce à leur résistance victorieuse à Verdun. Aussi tous les pays vont-ils vouloir en construire, d'autant plus que les préférences de l'opinion publique penchent souvent plus vers la défense que vers l'agressivité.
Mais avant de construire du neuf on analyse les effets des armes sur l'existant. Et ces effets sont de deux types :
-pénétration des projectiles dans la maçonnerie,
-effet hopkinson.
2 hommes se croient bien protégés derrière une épaisse couche de béton ou d'acier. Mais tout à coup arrive un obus et les voilà tués par une grêle d'éclats sans que leur protection ne soit percée !
Le constat est clair. On peut croire que matériels et hommes sont à l'abri, derrière une épaisseur de béton ou d'acier qu'aucun projectile ne peut percer, et il n'en est rien ! A cause des ondes produites lors du choc, même sans pénétrer, le projectile peut faire des dégâts importants de l'autre côté de l'écran -protecteur-. C'est ce qu'on appelle l'effet Hopkinson.
-Une onde qui arrive à l'interface entre 2 milieux se divise en 2 ondes : l'une, réfléchie, rebrousse chemin dans le milieu d'origine et l'autre, réfractée, se propage dans le nouveau milieu.
-Deux ondes qui se rencontrent interfèrent et les forces qu'elles véhiculent s'ajoutent vectoriellement.
Pour se protéger contre l'effet Hopkinson on peut :
- minimiser les ondes de choc en les absorbant comme avec les blindages composites des tanks actuels (et donc minimiser la formation du ménisque)
- éviter le départ du ménisque en le retenant soit avec un treillage métallique soit en doublant la face interne à protéger (en rouge ci-dessous).


Pour éviter le départ du ménisque on peut le retenir en doublant la face interne à protéger ou en remplaçant l'acier par des matériaux composites qui absorbent les ondes de choc. Comme ces matériaux composites n'existent pas à l'époque, la seule solution possible est le doublage de la face interne des cuirassements.

Le schéma de coupe verticale de cette tourelle met en évidence les 30cm d'épaisseur de sa muraille et de sa toiture (en marron) et les 4,5cm d'épaisseur de son doublage intérieur (en jaune).

Bloc 5 du Galgenberg (SF Thionville). Cloche JM (1930) au premier plan et GFM (1929) à droite. On se rend très bien compte que la GFM ne risque pas de passer inaperçue.
Les cloches GFM (Guet Fusil Mitrailleur), sont les parties les plus visibles des ouvrages de la Ligne Maginot (et l'on peut difficilement les cacher puisqu'elles servent de postes d'observation sur 360°). Aussi, lors des réunions de la CORF, dès 1929, le général Belhague s'inquiétait-il à propos de leur efficacité. En fait, il semble alors plus préoccupé par les missions multiples qu'on assignait aux GFM (observations tous azimuts et tirs, le tout avec un seul homme, faute de place) que par leur besoin de protection renforcée contre l'effet Hopkinson.
Et c'est ainsi que 1000 de ces cloches furent érigées, face à l'ennemi, sans doublage intérieur, alors que, de toute évidence, elles allaient être les premières cibles du prochain conflit ; ce qui n'a d'ailleurs pas manqué de se produire en 1940.
A décharge pour la CORF, on peut supposer que ces cloches, d'un diamètre extérieur de 1,80m tout au plus, ont été jugées assez petites pour ne pas être gravement atteintes par les tirs tendus d'une artillerie de campagne considérée comme peu précise. Mais nous n'avons trouvé aucun document probant, sur ce sujet.
En 1934 les tirs d'artillerie ont largement gagné en précision et la protection des cloches est devenue un problème crucial que les ingénieurs du Génie ont résolu avec la mise au point d'une cloche de type B (modèle 1934). Cette dernière est intérieurement un peu plus vaste que son aînée (10cm de plus) ce qui permet de contrer l'effet Hopkinson en doublant son cuirassement par une tôle de 20mm d'épaisseur. En même temps on modifie la forme de ses créneaux pour les rendre plus résistants aux tirs tendus.

Mais les cloches de type A, elles, sont déjà installées et équipées. Leur faible diamètre intérieur (1,20m), allié aux contraintes imposées par la présence des créneaux d'observation et de tir, empêchent alors de concevoir un doublage efficace et pratique.
En 1937, à l'occasion de l'installation des périscopes J2 dans les cloches d'observation auxiliaires cuirassés de type A, un projet de doublage intérieur est mis à l'étude afin de servir à la fois de support pour le J2 et de protection contre l'effet Hopkinson.
Le prototype construit est constitué d'une calotte sphérique en tôle de 20mm d'épaisseur qui prend place au dessus des créneaux. La calotte repose sur des entretoises reliées à une virole fixée à la cloche, sous les créneaux.
Installé avec difficulté en août 1937, ce prototype ne donne pas satisfaction et est abandonné. Les GFM type A resteront sans protection contre l'effet Hopkinson !
Tout comme les GFM, les cloches JM ne sont pas doublées. Mais contrairement aux GFM elles sont enchâssées dans le béton et n'offrent que peu de prise aux tirs. Toujours est-il que, lorsqu'elles sont transformées en cloches armes mixtes, à partir de 1936, elles reçoivent alors un doublage.
Profitant des expériences anglaises et allemandes, les bétons armés de la Ligne Maginot sont renforcés par deux séries d'armatures, l'une proche de l'extérieur et l'autre proche de l'intérieur, cette dernière série ayant pour rôle de retenir les ménisques.
Mais pour plus de sécurité, les faces internes des dalles et des murailles les plus exposées aux coups sont doublées par des plaques de blindage.

AC47 Simserhof à l'entrée des hommes (SF Rohrbach). Au font à droite, côté pouvant recevoir des coups, le mur est tapissé de plaques de blindage ; à gauche, côté qui vu sa situation ne peut pas recevoir de coups, il ne l'est pas.

Salle de garde du Cap-Martin (SFAM). Le mur où est installée cette goulotte à grenades est orienté face à l'Italie. Il est doublé par un ensemble de plaques de blindage de 4,5mm d'épaisseur dont, à gauche, on aperçoit quelques boulons d'ancrage. A l'emplacement de la goulotte les plaques ont été découpées au chalumeau.

Les voûtes, sous les dalles, sont aussi protégées par des plaques de blindage. Chambre de troupe à l'Abri du Bichel-Sud (SF Thionville).

B1 Bambesch (SF Faulquemont) après l'attaque allemande du 20 juin 1940. Au dessus du créneau on constate que la dalle, dont le front a été détruit, est constituée de béton armé à sa partie supérieure et à sa partie inférieure. Il n'y a pas de ferraillage au centre du béton.
L'analyse des effets produits par l'artillerie allemande sur les fortifications de 14-18 est source d'enseignements pour les concepteurs de la Ligne Maginot.
Au lendemain de la Grande Guerre certaines interrogations relatives au béton des ouvrages fortifiés paraissent clairement exprimées dans les cours du Commandant Frossard. (En 1920 ce dernier est professeur à l'Ecole Militaire du Génie où il dispense un enseignement sur la fortification. Nommé par la suite Général de Brigade, il occupera le poste important d'inspecteur technique des travaux de fortification).
Dans l'une de ses conférences il parle ainsi des effets produits sur les ouvrages par les plus gros projectiles allemands :

A première vue donc le béton armé d'avant 1914 ne semble pas avoir été aussi performant qu'on aurait pu le croire. Et le Cdt Frossard poursuit sont discours en ce sens :
Mais aussitôt après le Cdt nuance ses propos :
Il est intéressant de constater que dès la fin de la Grande Guerre, avant même que les observations relatives aux effets destructeurs des projectiles allemands n'aient été toutes analysées, avant même que des expériences ne soient venues compléter ces observations, les remarques -à chaud- sur le comportement du béton préfigurent déjà ce que vont être les futures casemates de la Ligne Maginot : des blocs de béton épais à deux couches d'armatures (face interne et face externe). La couche interne protège contre l'effet Hopkinson.
Il est aussi intéressant de constater que, semble-t-il, les Anglais et les Allemands ont pris conscience du phénomène avant les français.
Après 1945 les britanniques mettent au point des projectiles à effet d'écrasement HESH (High Explosive Squash Head) destinés à produire un effet Hopkinson renforcé sur les blindages.
Comme la dimension du ménisque dépend de la surface d'attaque du projectile, tout ce qui augmente cette surface est susceptible d'accentuer l'effet Hopkinson.
Plus la tête du projectile s'écrase et s'étale sur sa cible, plus le ménisque détaché est important. Aussi la munition HESH agit-elle en deux temps :
1er temps : la tête de l'obus s'écrase et s'étale
2ème temps : la charge explose (sur la tête bien étalée)
Un tir sous incidence augmentant la surface de contact entre l'explosif et le blindage. Il améliore donc les performance du projectile !
D'après le Colonel Roland Gras, qui nous a documenté, les études en situation montrent que l'angle d'incidence optimal est de 40° (à partir de 60° les risques de ricochet réduisent fortement l'efficacité des HESH).
En jaune : terre, rocaille. En rouge : armatures métalliques.
0
0
Ce que l'on observe
Théorie sur l'effet Hopkinson
Comment se préserver de l'effet Hopkinson
Solution adoptée
Erreurs de 1929 et 1930
Solution adoptée
Enseignements tirés de la guerre de 1914-1918
Hors Maginot
Pour tester ses connaissances sur la Ligne Maginot et l'effet Hopkinson.
Clic : prendre / lâcher l'objet pour le déplacer
Clic : retour à la page d'accueil
Clic : affiche / efface les repères des légendes
Clic : affiche l'ensemble des fichiers du site
Clic : augmente la taille de l'image
Clic : diminue la taille de l'image
Clic : ferme la fenêtre
Clic : déplace le centre de rotation et de zoom de la maquette
Clic : lâche l'objet
Clic : fait tourner la maquette
Clic : fixe la maquette
Clic NON actif
Clic ACTIF
Clic : affiche le lexique du site, dans une autre fenêtre
Clic : modifie la dimension de la fenêtre
Clic : anime l'image
Clic : stoppe l'animation
2 hommes se croient bien protégés derrière une épaisse couche de béton ou d'acier. Tout à coup arrive un obus.
L'obus explose sans pénétrer dans l'obstacle. Mais il crée un train d'ondes de choc.
Le train d'ondes de compression (et la déformation élastique associée) se propage, telles les ondes P des tremblements de terre, jusqu'à l'intérieur de la casemate.
Arrivée dans la casemate, au changement de milieu entre le béton (ou l'acier) et l'air, chaque onde donne naissance à deux nouvelles ondes ; l'une, réfractée, poursuit son chemin dans l'air intérieur du local (et génère du bruit), l'autre est réfléchie dans le matériau.
Les ondes réfléchies, en rebroussant chemin, interfèrent avec les autres ondes, qui continuent d'arriver, et créent des contraintes qui, en certains points, dépassent la limite de résistance mécanique du béton (ou de l'acier).
Le béton (ou l'acier) se rompt (EFFET HOPKINSON). Un ménisque se détache de la paroi.
Le ménisque est projeté sur les hommes d'équipage. Parfois le ménisque se fragmente et donne une grêle encore plus dangereuse, car plus largement étalée.
On constate que le béton (ou l'acier) n'est pas percé.
On constate que l'obus n'a pas pénétré dans la casemate.
Malgré la résistance de la paroi les hommes sont tués et le matériel endommagé !
Ni l'épaisseur de la paroi, ni sa résistance, ne peuvent contrer l'effet Hopkinson.
La munition n'a pas besoin d'être spéciale, il lui suffit de frapper la paroi.
L'effet est, bien sûr, le même lorsqu'il s'agit d'une dalle sur laquelle explose une bombe.
Toutes les parois qui peuvent être atteinte par un projectile sont donc susceptibles d'être dangereuses.
Il existe cependant des parades à cet effet, le tout est de les utiliser !
Ligne Maginot - Effet Hopkinson ; Document réalisé grâce à l'aide technique du Colonel d'Artillerie Roland Gras que nous remercions vivement. B-E-R Cima ©2000-2008
0_*; Fichiers locaux; 1_*; Généralités; 2_*; Le constat; 4_*; Se protéger; 5_*; Protection des cuirassements; 6_*; Couac des GFM; 7_*; Protection du béton; 8_*; Béton à 2 armatures; 9_*; Munitions à effet Hopkinson; 10_*; Didacticiel