../s3_ae.gif Ligne Maginot - GFM testée par des chiens. Sources : SHAT Vincennes, documents MM. Philippe et Michel Truttmann et Mme Christelle Collet que nous remercions. E-R Cima ©2003-2015.
GFM type «A»

GFM type «A» (modèle 1929)

Sur la Ligne Maginot, les éléments les plus vulnérables aux tirs directs et aux bombardements aériens sont les cloches d'observation (GFM et VDP), car leur rôle nécessite qu'elles dépassent nettement des superstructures des fortifications ; elles sont donc des cibles privilégiées.

Castillon bloc 4 (SFAM). Le moins que l'on puisse dire est que cette cloches GFM (type «A») est visible de loin, comme toutes les GFM. En effet, contrairement aux autres cloches (VDP, VP, LG, JM, AM) dépassant peu ou pas du tout des superstructures, ces dernières émergent jusqu'à 1m au-dessus de la dalle de béton à cause de leurs hauts créneaux (souvent 5) permettant le tir au FM.

Conscient de leur vulnérabilité, le Génie a d'ailleurs ajouté de «fausses cloches» sur certaines dalles, espérant ainsi leurrer l'ennemi.

Et ce n'est pas tout... au sujet de la vulnérabilité des GFM «A» !

Non seulement ce sont des cibles privilégiées mais... les premiers modèles installés jusqu'en 1934 (GFM type «A» modèle 1929), ne sont pas intérieurement doublées par une coque d'acier protégeant leurs occupants contre l'effet mécanique Hopkinson ! L'impact d'un tir direct risque donc de provoquer le détachement d'un ménisque mortel, à l'intérieur de la cloche.

Et ce n'est encore pas tout !

Dans les créneaux des GFM type «A», les supports des matériels (FM, épiscope, mortier de 50mm, jumelles) sont constitués de pièces munies d'axes de rotation permettant de changer leur orientation. Or, des axes sont fragiles, prompts à se rompre à la suite de fortes sollicitations (coup direct ou pression excessive).


Les deux derniers points ont été corrigés avec de nouvelles GFM (type «B») modèle 1934, protégées contre l'effet mécanique Hopkinson et dont chaque créneau est équipé d'une rotule supprimant les axes de rotation.

Mais pour les autres, les GFM type «A» déjà installées ?


Inquiétudes

Nouvelles inquiétudes

1939-1940. Le Génie a entamé la modification des GFM type «A», déjà en place, en «presque» type «B».

Casemate «Le Lièvre Est» (SF Escaut). GFM de type «A» à créneaux FM transformés en type «B».

«Presque type B» car, si le Génie peut bien modifier les créneaux de FM pour y installer des rotules, faute de place intérieure (1,20m de diamètre) il ne peut pas protéger les GFM contre l'effet mécanique Hopkinson.

Et pour les autres cloches «A», celles non transformées ? Elles sont jugées toujours aussi vulnérables mais encore faudrait-il qu'elles soient, manque de chance pour leurs occupants, atteintes juste au niveau de l'un de leurs créneaux, ce qui n'est pas évident malgré l'augmentation de précision des canons de campagne allemands.

Nouvelles inquiétudes : l'effet de souffle !

Début 1940. Voici que ressurgit un autre problème, non lié à un impact direct. Les nouvelles bombes allemandes, à «très gros» souffle, n'auraient-elles pas un effet dévastateur sur les cloches GFM type «A» et leurs occupants ?


Effet de souffle

Explosion et «effet de souffle» dans l'air

Une explosion est la transformation très rapide d'un ou de plusieurs matériaux en d'autres matériaux (généralement des gaz) ayant un volume plus grand que ceux les ayant produits.

Lorsqu'on entend parler d'explosion d'un obus ou d'une bombe, la première idée venant souvent à l'esprit est celle d'éclats alors projetés (parties de l'enveloppe, éléments internes : billes, substances toxiques, bactéries..., chaleur) alors que l'effet essentiel d'une explosion est la production rapide d'un grand volume de gaz.

Onde de choc aérienne (OCA)

L'onde de choc aérienne produite par l'expansion du gaz (brusque variation de pression ; en fait, c’est carrément une discontinuité de pression), va se propager dans l'air, frappant tout sur son passage.

Variation «idéale» de pression causée par une OCA, pour un explosif théorique ponctuel, dans un champ sans obstacles. (Courbe de Friedlander)

Dans les faits, l'explosif n'est pas ponctuel et il y a des obstacles (le sol par exemple) réfléchissant certaines ondes... aussi l'OCA réelle est beaucoup plus complexe que la théorique.

Exemple de variation réelle de pression causée par une OCA, sur un intervalle de temps de 40ms.
La sollicitation subie par un matériau soumis à l’impact d’une OCA est donc très complexe : comme le retour à la pression ambiante derrière le premier front de choc se fait par chocs successifs, en passant par des phases de dépression dans le milieu ambiant, le matériau est successivement poussé, tiré encore plus, puis re-poussé, puis re-tiré alors qu'il n’est plus dans son état physique initial, etc.

Lésions de «blast»

Lésions de «blast»

Comme certains français ne peuvent plus se passer de l'anglais, et qu'en anglais «l'onde de choc due à une explosion» est appelée «blast», sur de nombreux documents scientifiques on peut lire : «lésions de blast», ou «lésions primaires liées à une onde de choc».
Rappels à propos des ondes

-Une onde qui arrive à l'interface entre 2 milieux se divise en 2 ondes : l'une, réfléchie, reste dans le milieu d'origine et l'autre, réfractée, se propage dans le nouveau milieu.

-Deux ondes qui se rencontrent interfèrent et les forces qu'elles véhiculent s'ajoutent vectoriellement. (En d'autres termes, peuvent cumuler leurs effets ou les réduire jusqu'à les annuler).

-Les milieux «plastiques» (souples) absorbent partiellement les ondes (les transformant en contraintes de pression et de déchirement).

Lésions dues à une OCA chez un être vivant (organisme très souple)

Lorsqu'une OCA frappe un être vivant, à l'intérieur de ce dernier certains organes peuvent être déplacés, déformés, d'autres peuvent être étirés jusqu'à se rompre.

Le Baron Solly Zuckerman note, en 1940, que l'OCA peut provoquer, sur le thorax, un choc causant l'éclatement d'alvéoles pulmonaires et pouvant ainsi entraîner la mort. (Clic : note) Le Baron Solly Zuckerman (1904-1993) est un zoologiste britannique. Pendant la Seconde Guerre mondiale il a travaillé sur les impacts des bombardements sur les populations.

Ces lésions pulmonaires ne sont pas les seules causes de troubles, voire de mortalité dues à une OCA. Notons, entre autres, les embolies gazeuses, les oedèmes, les ruptures de vaisseaux sanguins, les lésions de l'appareil auditif, etc.

Remarque : la complexité des interactions entre les ondes plusieurs fois réfléchies et plusieurs fois réfractées, à l'intérieur des êtres vivants, se traduit par des résultats parfois surprenants. Par exemple, une OCA peut être létale pour une personne et ne pas l'être pour une autre située dans son environnement immédiat.


Expériences

Expériences d'avril 1940

Méthodologie

3 expériences sont alors réalisées le 23 avril 1940 au soir, à l'ouvrage du Lavoir_ (SF Savoie). Le matériel de la GFM est classique : des épiscopes L et un FM sur support non renforcé (modèle A). En de telles circonstances les occupants habituels de la cloche ont, bien sûr, été remplacés par des animaux : 2 chiens et 3 lapins (curieuse cohabitation non justifiée dans le rapport d'expérience) pour lesquels le vétérinaire-colonel Valade est chargé d'analyser l'état.

Comme le plancher des GFM, bien que mobile, ne permet tout de même pas de hisser les animaux jusqu'au niveau des créneaux, là où sont normalement les têtes des guetteurs, des tréteaux sont posés sur ce plancher afin que les chiens soient le plus près possible des épiscopes.

Cependant, comme le but recherché est de voir si l'onde de choc produite par l'explosion n'est pas cause de lésions internes, il importe que les animaux ne soient pas incidemment blessés, par exemple, par l'arrachage d'un épiscope. Pour éviter cet effet, un filet rigide (treillage) est donc interposé entre les appareillages et les chiens.

Ce treillage permet, par ailleurs, de séparer les chiens des lapins, ces derniers étant installés entre le treillage et la paroi de la cloche.

Les charges (de TNT semble-t-il) sont placées à 7 mètres, en avant des épiscopes et sont mises à feu successivement, par valeur croissante : la première est de 40 kg, la seconde de 80 kg et la troisième de 100 kg.

Résultats

Les résultats sont très satisfaisants, ce qui a d'ailleurs permis de mener l'expérience à son terme. Et dans son rapport le vétérinaire-Colonel Valade écrit, entre autres :

«Pour les 3 explosions, les résultats ont été entièrement négatifs : les animaux n'ont présenté aucun trouble organique ni sensoriel, ils n'ont manifesté ni émoi, ni abattement (il est à noter que les équipements de FM et d'épiscopes ont résisté et n'ont pas été arrachés) [...]»

Puis, en conclusion, le vétérinaire-colonel ajoute :

«Les parois des cloches GMF [...] constituent une protection d'une valeur quasi absolue contre les effets pathologiques organiques dus au "souffle" des grosses explosions [...] sans préjuger des effets psychologiques et moraux susceptibles d'être observés dans les mêmes conditions sur des individus de l'espèce humaine».

Satisfecit

Le 9 mai 1940, dans son compte rendu, la Délégation Permanente des Sections Techniques, au ministère «de la Défense nationale et de la Guerre» (notez l'évolution du nom du ministère de la guerre), écrit :

«Essais sur les cloches de guetteur
Après la mise en oeuvre de la série complète des charges prévues au programme, aucune détérioration n'a été constatée sur le matériel, ni aucun effet sur les animaux placés à l'intérieur des cloches. (Celles-ci étaient équipées avec des épiscopes et un support de FM non renforcés).
Il est signalé que des essais, portant sur des équipements renforcés, sont actuellement prévus dans la région du Nord [...]»

Les GFM, même les non-renforcées, semblent donc être toujours bonnes pour le service.

En cette veille du «fameux» 10 mai 1940 (date de l'attaque générale allemande par le Nord et les Ardennes), les officiers réunis pour la circonstance avaient donc encore, et sans doute, de quoi être optimistes !


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Questions / réponses

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Questions / réponses

Question : des portes s'ouvrant et se fermant toutes seules !

Bonsoir Monsieur. Je suis toujours très intéressé par le côté technique de vos études, et celle du «souffle des explosions» a particulièrement soutenu mon attention
- Lors du bombardement de Besançon en septembre 1943, nous étions réfugiés dans une maison aux murs épais de 80cm environ, en gros blocs de pierre - Nous nous trouvions à 300m environ à «vol d'oiseau» de la gare Viotte, pôle du bombardement effectué par des bombardiers «Libérators» - Nous étions recroquevillés les uns contre les autres (ma mère et 7 enfants), sans avoir eu le temps de nous réfugier dans la cave extérieure -
Nous avons assisté à un phénomène tout-à-fait étonnant - Toutes les portes étaient fermées, mais à chaque explosion de bombes, (et le bombardement a duré longtemps), les portes intérieures s'ouvraient et se refermaient aussitôt à une cadence incroyable, comme si une main géante s'amusait à fermer et re-ouvrir ces portes à toute vitesse - Et ceci, à l'intérieur même, et rez de chaussée de cette maison - Quel «effet mystérieux» du souffle des explosions des bombes a-t-il pu provoquer ces «ouvertures-fermetures» à cadence élevée des portes intérieures de la maison ?... et à 300m environ de distance ? - Si un spécialiste peut répondre - Merci
-Monsieur Pierre B.

Réponse d'une spécialiste : Mme Christelle Collet, Chef de service chez Herakles. Détonique, Sécurité, Vulnérabilité. Direction Technique, R&T.

Concernant les portes se fermant et se refermant toutes seules, il s'agit là de l'effet de surpression aérienne qui, comme c'est expliqué sur cette page, induit une compression brusque dans les éléments impactés, immédiatement suivie d'une traction liée au phénomène de dépression derrière le front de choc, et ceci jusqu'à un état final plus bas que l'état initial.
Si vous cumulez plusieurs explosions, et je ne vous ai pas non plus parlé des ondes de choc primaires, secondaires et parfois même tertiaires, sans compter les ondes de choc réfléchies sur les parois dans des espaces confinés, vous comprenez donc que vous pouvez obtenir une belle succession de compressions / tractions amenant les objets mobiles comme les portes à se déplacer de manière anarchique et ce, de façon très brutale.
Cette personne a eu de la chance de survivre car le fait de se cacher dans un endroit confiné peut entraîner une intensification des effets de souffle en comparaison d'une explosion à l'air libre. Cependant, il est toujours préférable de se "terrer" pour éviter les éclats, toujours plus mortels que le souffle à plus grande distance. C.C.

Question : étrange non-réaction des chiens

Je suis étonné de la non-réaction des chiens dans l'essai sur la «cloche» sus-citée, et l'absence de pathologie, par la suite (surdité ?), car une explosion de 100k de TNT à si courte distance, même bien protégé, ne doit pas «laisser indifférent» - même un chien - Avec mes vifs remerciements. P. B.

Réponse de Mme C.C.

Concernant la question sur le chien qui n'a pas eu de dommage, tout ce que je peux dire est que les courbes de létalité montrent que l'explosion d'une charge nue de 100 kg de TNT à 7 m en champ libre conduit à une probabilité très faible de dommages létaux, aussi étonnant que cela puisse paraître.
On peut également supposer que la structure de la tourelle a absorbé une partie de l'énergie du choc aérien, atténuant d'autant encore le souffle à l'intérieur de l'édifice. Ceci dit, je ne tiens pas à tenter l'expérience.
A titre comparatif, une grenouille et un oiseau (pas les 2 en même temps!) ont déjà été emprisonnés accidentellement dans l'une de nos casemates de tir, et ils s'en sont tous les deux échappés vivants après l'essai (nos casemates font env. 8m x 8m x 8m, soit environ 500 m3, et elles sont timbrées pour 7 kg équivalent TNT d'explosif). C.C.

Les êtres vivants seraient-ils, parfois, plus résistants qu'on ne le croit ? R.C.


Question : mort d'un nourrisson

Une histoire vécue en 1944, la Libération, Normandie (départ. Orne). Nous étions cachés derrière un talus et les «Double-queues» sont arrivés pour bombarder une colonne (Das Reich) qui montait au Front (Caen). Quel déluge !! Agrémenté de Boum! Boum !!
A coté de moi, une maman tenait dans ses bras un bébé de 4 Mois serré contre elle. Une Bombe est tombée à 100m de nous, l'onde de choc, le souffle a éclaté les poumons du Bébé, mort sans une égratignure.
Je suis surpris pour les Cobayes (chiens) à qui les explosions n'ont rien fait. Moi, j'étais sourd, oreille droite pendant 48 heures... et puis après... c'était la bonne humeur (sic!!! ).
Amicalement - Le Quid et Jean-Pierre

Réponse de Mme C.C.

Concernant la mort tragique du bébé dans les bras de sa mère, je n'ai pas assez d'éléments pour conclure : distance par rapport aux explosions, types de bombe, taille, calibres, etc… ?
En tout cas, l'anecdote est intéressante puisque ce phénomène de "mort sans lésion apparente" est à l'origine des recherches sur les explosifs à effets de souffle renforcés, recherches qui ont conduit à développer de nouvelles munitions générant des effets de souffle considérables dus à la post combustion des produits de détonation dans l'oxygène de l'air, soit directement, ou bien par dispersion d'un agent réducteur liquide au moyen d'un explosif, puis allumage du nuage de gouttelettes (ce type d'explosif est appelé FAE pour Fuel Air Explosive).
Une fameuse bombe de ce type est la BLU-82, une bombe américaine larguée utilisée pendant la guerre du Vietnam pour dégager des pistes d'atterrissage pour hélicoptère en pleine jungle, d'où son surnom de "daisy cutter". C.C.

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Philippe et Michel Truttmann. E-R Cima, kaff.