Introduction

Dans ce document nous vous présentons un témoignage relatif au camp de Bockange (SF Boulay, RF Metz)

Témoignage de Mme Chantal Robin Boutarel, fille du capitaine Jean Robin

Capitaine ROBIN (162e_RIF)

Mon père était dans l'Infanterie, sorti de Saint_Maixent dans les années 1928-1929. Il a d'abord fait le Maroc, à l'époque de Lyautey. Mais il est tombé malade et a du rentrer en France. Il a été alors affecté au 92e d'Infanterie à Clermont-Ferrand avant d'être muté comme capitaine dans la ligne Maginot au 162RIF.

Je n'ai guère que des témoignages oraux de mes parents, surtout de ma mère qui me parlait des maisons affectées aux officiers (camp de Bockange) et de la vie qu'ils y menaient. ils étaient un peu à l'écart des villages avoisinants.

Ils étaient d'ailleurs voisins de la fille aînée du Général Giraud qui commandait la place de Metz et comme le disait sa fille "mon père s'est ruiné à tenir son rang dans ce gouvernement de Metz".

Le mari de cette dame (jeune officier comme mon père) s'est d'ailleurs fait tuer tout de suite au début de la guerre.

Quant à mon père qui est décédé Colonel en 1967 (dernière affectation à Rennes où je suis née).

Il aimait beaucoup cette vie de forteresse. Maman disait qu'ils sortaient "tout verts" après deux semaines enfermés dans la ligne où il y avait même des cercueils au cas où.

Je sais que c'était une époque où ma mère me racontait que mon père revenait à la maison (camp de Bockange) à cheval et qu'il avait deux ordonnances (un pour lui qui demeurait beaucoup à la maison et l'autre qui s'occupait du cheval et restait à la caserne).

Il a eu des déboires avec le vieux général Lebleu (orthographe incertaine) qui avait quelques "problèmes" de santé et qui a été finalement muté à Vannes. Il demandait à ses officiers de manoeuvres qui mettaient gravement en danger la vie des soldats (il avait le syndrome des tranchées de la guerre de 14-18) et un jour mon père a refusé d'obéir. Quand la guerre a éclaté, la blâme qu'il avait reçu (à cause de l'affaire du Général) a été effacé par une citation dans la mesure où avant d'être pris par les allemands (il a raté le dernier train de Dijon), il a enterré et détruit tout son matériel militaire. Après il est resté 5 ans en oflag et ce sont les américains qui l'ont libéré en Westphalie.

Officiers du 162e_RIF

Photo antérieure à 1939 et dont la date est incertaine.

Modification de la taille de l'image


Sur la photo : (pour repérer une personne sur la photo, passez la souris sur son nom)

Lieutenant RAMAUD

Capitaine FOUSSAT Paul

Capitaine ROBIN René

Capitaine ROBIN (162eRIF)

par Mme Chantal ROBIN BOUTAREL, fille du capitaine Jean ROBIN

Etat civil

Jean René ROBIN.

Né à Saignes (Cantal) le 11 août 1902. fils d'Alexandre Robin, Adjudant-Chef de Gendarmerie, et de Mathilde Meilhoc. Décédé à Clermont Ferrand le 15 avril 1967.

Marié le 19 avril 1932 à Vebret (Cantal ) à Jeanne Boutarel (Bourges 1908 - Grenoble 1991). 2 enfants, mon frère (1934) et moi-même (1948).

Carrière

Sorti de Saint Maixent, promotion 1927-1928.

Muté au Maroc à l'époque du Maréchal Lyautey. Muté comme lieutenant au 92e d'Infanterie de Clermont Ferrand au moment de son mariage. En 1937, en tant que capitaine il est muté au 162e RIF où, au camp de Bockange, il prend le commandement de la 2ème compagnie.

En 1938 il est affecté à la 2e CEFV (Compagnie d'engins et de fusiliers voltigeurs) dont il prend le commandement le 2 septembre 1939.

Citation 592/C à l'ordre de la Brigade :

Excellent officier ayant du sang froid et de l'autorité. Le 19 juin 1940 dans la matinée alors que la Compagnie était en contact avec l'ennemi très supérieur en nombre qui la harcelait, n'a pas hésité au reçu de l'ordre de repli du Chef de bataillon à se porter sur la ligne de feu pour donner des ordres à ses chefs de section. A, en raison des dispositions prises, réussi à ramener son unité sur la nouvelle position qui lui avait été assignée avec le minimum de pertes et la plus grande partie de son matériel. Le 20 juin dans la soirée se trouvant encore en présence d'un ennemi mordant l'a tenu en échec pendant plusieurs heures.

Fait prisonnier par les allemands en 1940, il est dirigé sur l'Oflag VI A, en Westphalie, d'où il sera libéré par les américains en 1945.

Il est ensuite muté un temps à Orléans, puis définitivement à Rennes (Commandant puis Lieutenant-colonel) à la direction du Recrutement. Il prend se retraite avec le grade de Colonel en 1962.

Décorations

Médaille coloniale avec agrafe "Maroc 1925". Croix de Guerre 1939-1940. Médaille commémorative de la guerre 1939-1945. Chevalier puis Officier de la Légion d'honneur. Croix du Combattant.

Témoignage relatif à la guerre

Mon père parlait très peu de sa vie militaire. La captivité l'avait beaucoup affecté et je n'ai personnellement pas beaucoup connu l'homme du Maroc ou de la Ligne Maginot. Je pense qu'il ne comprenait pas pourquoi la Ligne n'avait pas été faite jusqu'à la Manche , car il savait très bien que la Ligne était imprenable ; la preuve, les "fritz" ne son pas passés par là (SF Boulay) ! Mais, comme tout officier respectueux des décisions politiques, il ne disait mot. Je crois qu'il n'en pensait pas moins !

La vie au camp de Bockange

Témoignage de Mme Chantal ROBIN

Bockange (SF Boulay). Maison de mes parents.

Généralités

Je n'ai guère que des témoignages oraux de mes parents, surtout de ma mère qui me parlait des maisons affectées aux officiers (camp de Bockange ) et de la vie qu'ils y menaient. Ils étaient un peu à l'écart des villages avoisinants et, visiblement, les contacts n'étaient pas très souhaités ou ne se faisaient guère avec les lorrains du cru. Les femmes d'officier vivaient donc un peu entre elles et les officiers entre eux.

Ils étaient voisins de la fille aînée du Général Giraud qui commandait la place de Metz et, comme le disait sa fille, -mon père s'est ruiné à tenir son rang dans ce gouvernement de Metz-. Le mari de cette dame (jeune officier comme mon père) s'est d'ailleurs fait tuer tout de suite au début de la guerre.

Mon père aimait beaucoup cette vie de forteresse. Maman disait qu'ils sortaient -tout verts- après deux semaines enfermés dans la ligne où il y avait même des cercueils au cas où.

Quand il revenait à la maison, au camp de Bockange , c'était souvent à cheval (en fait il le faisait pour agacer gentiment ma mère qui avait très peur des chevaux surtout lorsqu'elle voyait la tête de celui de mon père passer par la fenêtre de la cuisine pour réclamer du sel !). Mon frère n'avait que 5 ans et n'a donc pas beaucoup de souvenirs de cette époque, sauf celui de son cheval de bois qu'il avait appelé Fadette comme le vrai cheval de son papa.

Ordonnances

Mon père avait deux ordonnances (un pour lui, qui demeurait beaucoup à la maison, et l'autre qui s'occupait du cheval et restait à la caserne).

A l'époque les ordonnances (qui, pour des raisons économiques, ont été supprimés après la guerre, sauf pour les officiers généraux) étaient indispensables car un officier en uniforme n'avait par exemple pas le droit de porter de paquets dans la rue. Un officier ne pouvait donner le bras à son épouse que si elle était enceinte etc. La réglementation en ce domaine était très contraignante. Ceci étant la présence d'ordonnances arrangeait bien les officiers célibataires qui, entre autres, leur faisaient entretenir leur linge.

Les ordonnances affectés à un officier marié étaient implicitement affectés à sa famille puisqu'ils se rendaient presque quotidiennement au domicile de l'officier ! Le problème était que certaines femmes d'officier abusaient un peu de ces soldats pour leur faire faire un peu n'importe quoi (en tout bien tout honneur, bien sûr, du moins je l'espère). Ayant terminé leur service militaire ces ordonnances -refilaient- aux nouveaux arrivés les adresses des bonnes maisons où l'on était traité convenablement et ma mère avait toujours plein de candidats au détriment d'autres femmes d'officiers.

Chez mes parents, l'ordonnance arrivait le matin ; ma mère lui faisait un bon petit déjeuner (il mangeait, soupait et couchait à la caserne) puis il faisait un peu de ménage, les parquets, gardait quelquefois mon frère et jouait avec lui etc. Parmi ceux qui se sont succédés à Bockange certains aimaient s'occuper du jardin qui entourait la maison et élevaient quelques poules (beaucoup venaient de la campagne). L'ordonnance s'occupait certainement aussi des affaires de mon père bien que celui-ci préférât par exemple cirer lui-même ses bottes et faire son repassage ! Je pense aussi qu'il lui demandait de s'occuper de problèmes plus -militaires- que ma mère ignorait.

Bockange (SF Boulay) après 1945

Transport aux écoles

En 1933, alors que certains des premiers ouvrages fortifiés sont sur le point de devenir opérationnels, se pose la question de leur occupation permanente avec des effectifs réduits. Mais comme il n'est pas question de vivre en permanence sous terre on construit des camps à ciel ouvert, sur les arrières immédiats de la Ligne Maginot. Ces nouvelles grosses casernes abritent l'ensemble du personnel ainsi que les familles des militaires de carrière affectés à une zone fortifiée.

Les familles sont logées en périphérie de la caserne proprement dite, dans des citées de pavillons. Mais, qui dit camps pour les familles dit nécessité de transporter les épouses vers les villes, pour les courses et les enfants vers les écoles !

25 avril 1933

Le 25 avril 1933, sous le n° 3557 I/II, l'Etat Major de l'organisation et de la mobilisation de l'armée édicte la note suivante :

Transport des enfants à l'école. Camp de Bitche , Drackenbronn , etc. (RF de la Lauter )
La question soulevée par le général commandant la 20e Région, de la mise à la disposition des familles du camp de Bitche de moyens automobile gratuits pour le transport des enfants à l'école est identique à celle qui se pose [ailleurs]. Étant donné le nombre des familles en résidence au camp de Bitche , l'EM de l'Armés (1er Bureau) donne un avis favorable au remplacement du break par un autocar, au maintien de la gratuité de ce service et à l'imputation des dépenses d'essence et ingrédients sur les crédits de transports généraux du camp.
La question d'utilisation du même autocar pour les familles des cadres du camp de Bitche , pour des motifs autres que l'instruction des enfants mérite d'être prise en considération étant donné l'incommodité et la cherté signalée des moyens de transports civils et le nombre des intéressés.

Suit une analyse d'hypothèses par transports militaires payants et une analyse des risques d'accidents que l'armée ne peut pas prendre en charge. Puis le document se termine par une proposition.

Si une convention pouvait être passée avec une société d'autobus locale, en vue de l'établissement d'un service régulier à des tarifs acceptables on pourrait envisager une participation forfaitaire du Département de la Guerre pour le transport des enfants de manière à maintenir pour ceux-ci le bénéfice de la gratuité. L'EM de l'Armée donne la préférence à cette solution, qui est davantage dans l'esprit des mesures prises pour réorganiser les transports de garnison en évitant à l'armée toutes les mobilisations de personnel et de matériel sans rapport avec l'instruction.
Signé : Le général Chef de l'EM général de l'Armée (Doumene ). Le lieutenant-colonel chef du 1er Bureau (Doyen )

18 septembre 1935

Nous n'avons pas résisté à l'envie de vous faire lire un document émanant du Ministère de la Guerre, 29 mois plus tard, en direction de toutes les Régions. Goûtez-en toute la saveur puis on se retrouve en fin de page.

Secrétariat Général Section Administration N°022190/AD du 18-9-1935
Transport aux écoles par véhicules automobiles des enfants des officiers et Sous-officiers des régions fortifiées.
La création des camps dans les RF où sont appelées à séjourner les familles des militaires de carrière, a posé la question du transport aux écoles, par véhicules automobiles, des enfants des officiers et sous-officiers. L'urgence de cette question s'impose en raison de la rentrée scolaire. J'ai, en conséquence, l'honneur de vous prier de vouloir bien prescrire l'étude immédiate de l'organisation à titre provisoire, de transports par moyens militaires, dans tous les cas où cette organisation s'impose, en raison, soit des distances à parcourir par les enfants, soit de l'absence de tous services réguliers de transports locaux.
Je vous donne délégation pour l'approbation des programmes et horaires des transports à établir, dans le plus strict esprit d'économie, par les généraux commandant les RF .
Les transports par moyens militaires seront effectués gratuitement, mais cette disposition pourra n'être que provisoire. Il est indispensable, en effet, de connaître l'importance des charges à imposer, le cas échéant, au budget de la Guerre, avant de décider qu'aucune redevance ne sera demandée aux intéressés. La question de l'assurance des enfants contre les accidents fera l'objet d'instructions ultérieures [etc.]
Le service étant ainsi organisé, il conviendra d'examiner sans délai si, dans certains cas, il ne serait pas plus avantageux de passer des contrats avec certaines entreprises civiles assurant déjà un service régulier. Signé Jean Fabry

Vous aurez certainement remarqué qu'en 29 mois le problème des transports n'avait pas évolué d'un pouce malgré l'encre usée et le temps passé à réécrire dans un bureau ce qui avait déjà été écrit dans un autres (car nous ne vous avons présenté que deux documents sur ce sujet, les autres étant identiques). Voudra-t-on (ou pourra-t-on) un jour réformer l'Administration et son art de tourner en rond ?

Nous avons un témoignage

Témoignage Mme Chantal Robin Boutarel, fille du Capitaine Robin (162e RIF).

Photo des officiers du 162e RIF

succint du capitaine Robin (par sa fille)

Témoignage sur la vie d'une épouse d'officier à Bockange

Problème : qui transporte qui ?

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SF Boulay. Témoignage ; Document réalisé à partir d'éléments d'origines diverses dont ceux de Mme Chantal Robin Boutarel que nous remercions. E_R Cima ©2008

0_*; Fichiers locaux; 1_*; Introduction; 5_*; Femme d'officier; 6_*; Transport aux écoles