../s3_ae.gif Aire_sur_Adour
Dossier réalisé par E_R_Cima et Sylviane_Clément, à partir essentiellement du témoignage d'une très jeune fille en 1940, du service Archives-Documentation de la Ville d'Aire_sur_Adour (Responsable : Madame Sandrine Bougue) et du service des archives départementales des Landes que nous remercions vivement. E_R_Cima ©2018.

Guerre de 1939-1945.
Aire sur l'Adour (Landes).
Témoignage d'une adolescente.

Introduction

Introduction

Qu'est-ce qu'un RU ?

Un RU est officiellement un « Représentants des Usagers », c'est-à-dire une personne bénévole ayant reçu, du ministère français de la santé, un mandat de représentation en tant que membre d’une association agréée, pour représenter les usagers (patients et familles) dans certaines instances des cliniques et hôpitaux publics et privés.

En tant que RU, Mme Sylviane_Clément et moi-même (R_Cima) visitons parfois quelques malades en convalescence, dans leur chambre. On leur fait ainsi, pour ceux qui le veulent bien, un peu passer le temps en conversant de tout et de rien. Ces contacts nous permettent aussi, et bien sûr, de nous faire une idée des relations entre eux et leur établissement de santé.

Où est donc la fortification ou l'Histoire ?

Lorsque les patients ont un certain âge et sont en forme morale et physique, ils nous parlent souvent de leur jeunesse et, parfois avec passion, de leur guerre. Nous prenons alors des notes et leur proposons de les publier (ici par exemple). Encore faut-il, ensuite, qu'en toute connaissance de cause ils nous autorisent à le faire, ce qui n'est pas évident, surtout lorsque les personnes sont dépendantes.

Dans le cas présent...

...la patiente, dont le récit nous a interpelé fin 2017, était atteinte de la maladie d'Alzheimer et nous n'avons pas réussi à contacter sa famille. C'est la raison pour laquelle, à notre grand regret, nous ne révèlerons pas son identité et l'appellerons simplement : Madame Marcelle_V.

Son récit n'est pas spectaculaire mais sa grande précision, parfois, montre que malgré leur handicap et l'énervement qu'elles suscitent souvent et à juste titre auprès de leurs proches, les personnes atteintes d'Alzheimer devraient sans doute être « revues » de temps à autres sous un autre jour.


Madame Marcelle_V.

Madame Marcelle_V.

Remarque

Le récit que nous vous proposons a été recueilli sur 2 jours et a parfois été interrompu par des remarques du genre : Mais où suis-je ? Qui êtes-vous ? Où est ma chambre ? Puis l'époque 1940 ressurgissait, semble-t-il intacte.

Madame Marcelle_V. en 1940

Pendant la guerre de 1940, j'étais interne au lycée d'Aire_sur_Adour.

J’étais pensionnaire car mes parents, cultivateurs dans la région (ils avaient une trentaine d’hectares de terrain et mon père en était fier car il trouvait que c'était énorme), habitaient à une trentaine de kilomètres d’Aire_sur_Adour et n’avaient, comme moyen de transport, qu’une charrette à cheval. Aussi je ne retournais chez moi que rarement.

Aire_sur_Adour

Vichy
Bordeaux
Aire_sur_Adour

Aire-sur-l'Adour est une petite ville du département des Landes. Ses habitants sont appelés Aturins et Aturines car Aire_ est dérivé d'Atura, nom donné avant l'époque romaine au village fortifié préexistant à la ville.

Après la défaite française et l'armistice signé avec l'Allemagne le 22 juin 1940, la France métropolitaine est divisée en deux grandes zones séparées par une « ligne de démarcation » : la « zone occupée » (partie Nord Nord-Est, Ouest et extrême Sud-Ouest), occupée par des troupes Allemandes qui énumèrent leurs besoins militaires et dictent les moyens locaux de les satisfaire, et la « zone libre » (partie Sud et Sud-Est), non occupée par les troupes allemandes et donc théoriquement plus libre que celle occupée. Les deux zones sont administrées par le régime de Vichy.
Aire_sur_Adour, au Sud-Ouest de la France, est en zone libre, près de la ligne de démarcation. Clic +/- Remarque sur les diverses subdivisions de la France.

En fait la division de la France est nettement plus complexe car la zone occupée par les Allemands est subdivisée en d'autres zones restreintes (annexées, interdites...) et, à partir du 25 juin 1940 (lendemain du jour de signature de l'armistice entre la France et l'Italie), il en va de même pour la zone libre, mais là au profit des Italiens. Cependant, ces subdivisions sont une autre histoire et, pour Aire_sur_Adour qui nous intéresse ici, nous sommes alors en zone libre ne faisant partie d'aucune subdivision.


En classe, pendant la guerre

En classe, pendant la guerre

En classe

Nous n’étions que neuf dans la classe.
Les professeurs étaient des femmes extraordinaires. Le lycée était d’ailleurs si réputé qu’il accueillait des élèves venant même de Bayonne.
Notre professeur de maths était extraordinaire. Elle nous faisait très bien travailler. On lui avait parait-il proposé un poste à Paris, à Henri IV, mais elle avait refusé.
La professeur de physique-chimie s’appelait Mme Buffard. Elle nous racontait beaucoup d’histoires. À chaque cours elle discutait de tout et au bout d’un long moment elle nous disait : « ô, il va falloir commencer le cours ».
On nous donnait beaucoup de devoirs ce qui m’obligeait parfois de me coucher très tard.

D'après les précisions recueillies au cours des entetiens, le lycée où était pensionnaire Mme Marcelle_V. était un lycée de jeunes filles qui n'existe plus à l'heure actuelle et qui se situait à la gauche de l'église Sainte_Quitterie, lorsqu'on est face au porche de cette dernière (Voir photo aérienne ci-dessous).

Séminaire
Église
Dortoirs
Lycée

Photo IGN. Légendes communiquées par le service des archives d'Aire_sur_Adour :
Séminaire (Ancien Petit Séminaire) ; Église (église Sainte Quitterie) ; Lycée (Ancien lycée de jeunes filles) ; Dortoirs (Anciens dortoirs du lycée de jeunes filles, dortoirs situés de l'autre côté de la rue par rapport au lycée).

Le personnel non enseignant

L’infirmière était très gentille. Elle nous faisait parfois des flans, ou des gâteaux.
En revanche la surveillante générale était très « vache » avec nous. Nous l’appelions « cucu ». Elle se mettait devant la grande porte d’entrée du lycée, en face de l’internat qui était de l’autre côté de la rue et, le matin, il ne fallait pas être en retard d’une minute.

Un jour, une intendante est arrivée de Paris et nous traitait de « grosses paysannes » et de « sans manières ».
On mangeait très mal. Une fois il y avait des haricots pleins de charançons. Comme on n’en a pas voulu, les fois suivantes ils ont été passés à la moulinette pour qu’on ne voit plus rien.


Sainte Quitterie

Sainte Quitterie

Loisirs

Avec mes camarades j’ai joué une pièce de théâtre : « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée » [Alfred de Musset] et je tenais le rôle d’un homme. J’avais un pantalon que m’avait prêté un jeune séminariste car il y avait un séminaire à côté du lycée où j’allais.

Remarque du Père Alfred B. sur cette petite anecdote.
Nous avons demandé à l'évéché d'Aire_ et de Dax_ si quelqu'un se souvenait d'une telle anecdote somme toute très mineure ! Nous remercions le Père Alfred B. pour la réponse suivante qu'il nous a faite :
« Monsieur, Suite à votre mail, en date du 9 mai 2018, voici ma réponse :
Je suis entré au Petit Séminaire d’Aire_, comme élève de 6ème, le 1er octobre 1944, deux mois après la libération.
De l’autre côté de la rue, en face de mon établissement, il y avait effectivement un collège de jeunes filles (non mixte).
Il n’y avait aucune relation entre les deux établissements.
J’ignore totalement l’anecdote de la pièce de théâtre jouée par cette jeune fille et l’affaire du pantalon prêté par un garçon du séminaire.
En tout cas, si cela a eu lieu, et si l’affaire avait été connue par le Supérieur du Séminaire, le garçon aurait été mis à la porte tout de suite.
La discipline de l’époque était encore celle du 19ème siècle.
Veuillez recevoir, Monsieur, mes respectueuses salutations. »


Un grillage séparait notre cour de récréation de celle, voisine, du lycée des garçons dont le directeur était monsieur Fraisse. On n'avait pas le droit de rester trop près du grillage mais, en essayant de ne pas se faire voir, certaines camarades allaient tout de même passer leurs doigts au travers du grillage pour toucher ceux des garçons.
Un jour, une de nos copines était amoureuse de l'un d'entre eux et a voulu se suicider.


Sainte Quitterie

Notre directrice nous autorisait à sortir quelquefois, et nous allions à la fontaine miraculeuse de Sainte_Quitterie, en bas de la colline. On y retrouvait des garçons.

Une légende raconte que Sainte Quitterie était une vierge wisigothe de sang royal à qui l'on imposa de renier sa foi chrétienne. Elle préféra mourir et fut décapitée vers 470 à Aire_sur_Adour.
Où tomba sa tête, une fontaine se mit à jaillir et cette fontaine fut qualifiée de « fontaine à dévotion » guérissant des maux de tête.

Ma Grand-mère, qui élevait des volailles, comparait avec humour la Sainte à ses canards, ce qui m'amusait.

Un canard, à qui l'on vient de couper la tête, continue à battre des ailes et à courir, or... juste après la décapitation de la future Sainte, deux anges seraient alors apparus et auraient demandé à cette dernière de prendre sa tête dans ses mains et de la porter en haut de la colline, ce qu'elle aurait fait.


Des japonais !

Des japonais à Aire_sur_Adour ?!!

Dortoir

Je couchais dans le dortoir « bleu », près de la porte d’entrée. J’avais un édredon que mes parents m’avaient donné. Il était très chaud, trop chaud, car il était bourré de duvet d’oie et était bien plus épais que les édredons de mes camarades. Je n’étais pas contente de le voir si épais par rapport aux autres.

C’était un très joli dortoir bien décoré par des japonais. Ils avaient pendu au plafond de très jolis motifs que j'aimais bien.
Malheureusement, à la fin de la guerre, mes camarades l'ont tout saccagé et lorsque je leur ai demandé pourquoi ils avaient fait ça, ils m'ont répondu que c'était parce que les japonais étaient nos ennemis !

Japonais ? C'est peu probable !

On peut être surpris par la présence indiquée de ces japonais ayant décoré le dortoir du lycée. D'après le service du patrimoine d'Aire_sur_Adour, questionné sur ce sujet, à la connaissance de sa responsable il n'y avait pas de japonais travaillant à l'époque dans la ville.

On s'est alors demandé s'il ne s'agissait pas de marins japonais venus « en touristes » et ayant fait un cadeau au lycée.
En effet, pendant la guerre, le blocus maritime des Britanniques avait partiellement privé l'Allemagne de ses approvisionnements, entre autres en caoutchouc naturel non produit en Europe et indispensable à son industrie de guerre ; le caoutchouc synthétique étant mal adapté tout particulièrement à la production de joints.

Début 1941 l'Allemagne négocie alors secrètement avec le Japon, qui n'est pas encore entré en guerre, des échanges commerciaux de caoutchouc naturel contre des armes. Le port de Bordeaux (zone occupée par les Allemands depuis fin juin 1940) est choisi pour son éloignement par rapport à la Grande_Bretagne.

Japonais possibles ? Renseignements pris sur Internet, les bateaux ayant fait commerce entre les Allemands à Bordeaux et les Japonais, étaient des cargos allemands (appelés « forceurs de blocus ») et, par la suite, lorsque leur circulation devint très difficile, les cargos furent remplacés par des sous-marins italiens et allemands, spécialement aménagés à cet effet.
Les seuls navires japonais, ayant à l'époque transporté des matières premières en France, seraient des sous-marins ayant rallié des ports bretons, donc très loin de Bordeaux !

Force est donc de supposer que, dans le lycée d'Aire_sur_Adour, le « dortoir bleu » ait été orné par des artisans locaux dont certains auraient pu être d'origine asiatique, sans rapport direct avec le Japon.


Occupation allemande

Occupation allemande

Occupation allemande. Résistance

Occupation allemande et Résistance

Occupation de la zone libre par les Allemands et les Italiens

Après le débarquement allié en Afrique du Nord, fin 1942, et l'occupation par les Allemands et les Italiens, de la zone libre que le débarquement allié a provoqué, la zone libre change de nom et devient la « zone Sud », elle aussi toujours administrée par le gouvernement de Vichy. En parallèle, la zone initialement occupée par les Allemands prend alors le nom de « zone Nord ».

Les nombreux petits mouvements de résistance, souvent disparates et aux objectifs parfois confus et divergents, qui s'étaient constitués partout en France après les armistices de 1940, poursuivent leur structuration et leurs actions locales.
L'un de ces mouvements, regroupant les CFL (Corps Francs de la Libération), est localement dynamisé à Aire_sur_Adour par monsieur Broqua.

Monsieur Broqua : une figure locale de la Résistance

En parcourant les pages du livre sur l'historique de la Résistance à Aire-sur-l'Adour, on constate que M. Broqua, responsable des transports, de la réception des parachutages et des armes au sein du CFL local, a participé à pratiquement toutes ses actions... et il fut Résistant même avant 1943.

Dans ce chapitre, nous avons choisi de vous présenter une des actions de M. Broqua, au sein bien entendu d'un groupe : action à l'usine aéronautique Fouga d'Aire_sur_Adour.

Document de fin 1944 Dans le courant du mois d'octobre [1943], les chefs apprirent que les Allemands se disposaient à enlever à l'usine Fouga, les avions disponibles. Et, effectivement, les Boches se mirent en devoir d'effectuer sur wagons en gare d'Aire_, le chargement de six « Caudron ». Nos amis décidèrent de les détruire [...]
Le mardi soir, les trois compagnons [Broqua, Daudon et F.], assistés de Jimmy, pénétrèrent dans l'usine Fouga en traversant le fossé qui séparait cette dernière de la voie ferrée. Ils enfoncèrent d'un coup d'épaule la grande porte vitrée du bâtiment où se trouvaient les avions. [Deux prototypes] [...] F. surveillait l'entrée du bâtiment ; Broqua, Daudon et Jimmy placent les crayons explosifs sur les deux appareils. [...]
Un dernier coup d'oeil sur l'ouvrage, et nos trois hardis camarades repassent la clôture de fil de fer barbelé, ainsi que le fossé rempli de broussailles et d'épines. [...] Et maintenant, c'est au tour des six « Caudron » qui sont en instance de départ sur la voie de chemin de fer.
Nos amis ne sont pas encore couchés que, déjà, les premières explosions retentissent. L'affaire a pleinement réussi.

Quelques jours plus tard, Broqua en est félicité par son chef régional.

Photo : planeur Caudron C-800.
Les documents recueillis ne font état ni des types de « Caudron » ni des types de prototypes détruits. Il se pourrait qu'il s'agisse, pour les prototypes, de ceux du C-800 dont le premier a volé en zone libre en 1942 ; de plus l'usine Fouga d'Aire_sur_Adour était spécialisée dans la construction de ce planeur et en produisit une grande quantité à Aire_, mais... après 1944. Quant aux six autres « Caudron » détruits... s'agissait-il de chasseurs Caudron très récents comme par exemple le C.714 construit à 56 exemplaires avant l'armistice ?


Fausses cartes d'identité

Fausses cartes d'identité

Le gouvernement de Vichy rend la carte d'identité obligatoire en 1940, ce qui permet de contrôler facilement toute personne interpelée : quel est son nom ? est-elle française ? depuis quand... et quel est son âge ?

Service du Travail Obligatoire pour les jeunes âgés de 20 à 22 ans

Les Allemands, manquant de travailleurs pour leurs usines, avaient fait appel à de la main d'œuvre étrangère. Mais les volontaires ne semblaient pas se bousculer ; aussi, en février 1943, un « accord » entre l'Allemagne et le gouvernement de Vichy se traduit par l'instauration, dans la zone Sud, du « Service du Travail Obligatoire » (STO) pour les jeunes gens âgés de 20 à 22 ans. Ces derniers pouvaient, ainsi et manu-militari, être contraints de travailler pour les Allemands.

Document de fin 1944. Après accord entre Pétain et Hitler, le travail obligatoire en Allemagne [STO] est décidé pour les jeunes Français. Immédiatement, Broqua a pensé qu'il fallait empêcher ces départs. [...]
Il fut décidé que l'on profiterait de la première occasion pour se procurer les tampons officiels. Ce qui fut fait. Georges Dauba en prit un à la Mairie. A partir de ce moment, ce fut, chez Broqua, une officine de fausses cartes d'identité. [...] C'est ainsi qu'en très peu de temps, 500 réfractaires [au STO] furent camouflés [...]

Fausses cartes avec, bien sûr, changements de noms, d'âge...

Cartes d'identité et juifs

Madame Marcelle_V. Les religieuses Carmélites ont caché des enfants juifs et ont changé leur état-civil pour qu’ils ne soient pas pris au cours de rafles.

En décembre 1942 le gouvernement de Vichy avait imposé que chaque personne de confession juive fasse apposer le mot « Juif » sur sa carte d'identité. Il ne nous a donc pas semblé curieux que, selon les affirmations de Madame Marcelle_V, les Carmélites d'Aire_sur_Adour aient pu cacher des enfants juifs et changé leur état-civil d'autant plus qu'elles auraient pu le faire avec, par exemple, l'aide de M. Broqua.

Renseignements pris, ni le service des archives de la Ville d'Aire_, ni l'évéché n'ont pu nous donner des informations sur ce sujet. Monseigneur X, à l'évéché, nous a dit que, pendant la guerre, il était séminariste à Aire_ et n'avait entendu parler, ni pendant ni après-guerre, d'un tel fait de la part des Carmélites.
Il nous a cependant fait remarquer que, de toute façon, ces dernières n'auraient eu aucun intérêt, bien au contraire, à le faire savoir à l'époque. Mais il a été étonné qu'ensuite, à sa connaissance, personne n'ait été mis au courant de leur action.

Comment Madame Marcelle_V. l'a-t-elle appris ? Est-ce le reflet de la réalité ou de son imagination ? Nous le saurons peut-être un jour...


Soulèvement de juin 1944

Soulèvement de juin 1944

Madame Marcelle_V. Les Allemands auraient enterré vivants plusieurs jeunes à qui ils avaient fait creuser leur tombe, en représailles pour un Allemand tué par la Résistance. Il y a aussi eu une dizaine d’adultes fusillés. Je ne l’ai pas vu mais tout le monde le racontait partout à l’époque.

Qu'en a-t-il été précisément ? Voici ce que nous avons lu dans le livre sur l'historique de la Résistance d'Aire_.

Le débarquement allié du mardi 6 juin 1944 [en Normandie], provoqua le soulèvement qui était ordonné à la radio par le gouvernement d'Algérie. [...] Le groupement local de la Résistance faisait partie des Corps Francs de la Libération (CFL) [mouvement intégré aux Forces Françaises de l'Intérieur (FFI)]. [...] Exécutant les ordres reçus, il se mit en devoir de procéder immédiatement à la destruction des voies ferrées. [...]

Compétition stimulée parmi les organisations de Résistance

Comme c'est souvent le cas, à l'approche du dénouement d'une lutte pour laquelle plusieurs groupes indépendants agissent chacun dans leur coin pour défendre une cause commune, tout à coup, la compétition semble être stimulée à Aire_sur_Adour : à quel groupe reviendront les lauriers de la victoire future ?

Dès ce moment, commencent à circuler dans les rues de la ville des autos et des motos transportant des hommes armés [venus d'ailleurs] porteurs du brassard tricolore sur lequel on lisait ces initiales : CFP [(Corps Franc Pommiès) mouvement non intégré aux FFI qu'il ralliera le 8 août 1944].
Ces hommes procédèrent immédiatement à des réquisitions importantes dans les épiceries et les bureaux de tabac.
La révélation de ce mouvement de résistance fut, pour le CFL, une surprise à laquelle se mêla une certaine inquiétude. [...]
Le groupe Broqua craignit que tant de sacrifices et de dangers courus n'eussent été vains et que la cause de la patrie, qui se confondait avec celle de la République, ne fut compromise.

Le groupe Broqua ayant appris que les néo-résistants se proposaient de s'emparer de la Mairie et de la Poste d'Aire_sur_Adour, organisèrent alors, le dimanche 10 juin 1944, un grand défilé de patriotes au Monument aux Morts.

Une foule immense armée et locale participe à cette cérémonie à l'issue de laquelle Broqua eut, chez lui, la visite du colonel Carnot, commandant régional du CFP. Résultat de l'accord entre les deux chefs : Carnot était reconnu comme chef des actions de résistance à caractère militaire et Broqua gérait toutes les charges civiles et administratives d'Aire_ (Mairie, gendarmerie, ravitaillement des hommes des deux groupes, CFL et CFP), par réquisitions chez les commerçants et chez les particuliers en ce qui concernait les véhicules).

Ceci étant précisé, venons-en aux souvenirs de Madame Marcelle_V. relatifs à des représailles allemandes.

Lundi 12 juin 1944. Attaque d'un camion allemand

Le lundi 12 juin 1944, l'approche d'un camion allemand est signalée par téléphone. Un groupe des CFP décide de l'intercepter. M. Broqua recommande alors, pour ne pas impliquer les habitants d'Aire_, de laisser le camion traverser la ville et de ne l'attaquer que 5km après sa sortie, recommandation approuvée par le colonel Carnot, mais...

Il était alors 22h15 lorsque le camion chargé d'une quinzaine d'Allemands fit son entrée dans Aire_, passa le pont de l'Adour et croisa en cet endroit, deux hommes armés chacun d'une mitraillette [Théoriquement, dans toute la ville, il n'aurait pas dû y avoir d'hommes armés visibles par les allemands].
Pris de panique à la vue de ces hommes dont la présence leur révélait des préparatifs militaires inquiétants, les boches ouvrirent le feu sur eux.
Le camion fit demi-tour pour s'enfuir en rebroussant chemin, cependant que les armes automatiques [allemandes], en tir ininterrompu, balayaient les alentours.
Deux paisibles habitants qui se reposaient sur les bancs de l'escalier de pierre qui donne accès au chemin des arènes, MM Jean Sarrade et Henri Plaa, furent mortellement blessés.

Tandis que se déroulait cette rapide tragédie, Broqua, qui avait vu passer le véhicule boche, prit la résolution de se porter au secours de ses amis qui l'avaient précédé. Il héla au passage la camionnette que conduisait Jean Lanusse venant de la route de Bordeaux, monta sur le marchepied, s'agrippant d'une main au volant et de l'autre tenant son révolver. Ses adjoints F. et C. et Bédoura montèrent à l'arrière, sur le plateau, et la camionnette ainsi équipée s'engagea à forte allure à la rencontre du camion allemand.

Les deux véhicules se trouvèrent face à face et celui qui portait nos amis, servant de cible à la mitraille boche, put à peine prendre le virage de la route de Tarbes, essuyant toujours le feu ennemi.

Finalement, le camion allemand est immobilisé et ses occupands réussissent à fuir en passant dans une maison, puis par un champ. Ils avaient ainsi abandonné leur véhicule mais aussi trois des leurs, blessés.

Par bonheur, il n'y avait pas de blessés à déplorer du côté français, malgré cette débauche de mitraille [à part les deux aturins morts sur leur banc !]. [...] Les blessés allemands furent conduits à l'hospice où ils furent très décemment soignés. L'un d'entre'eux mourut dans la nuit.

Voilà donc l'allemand dont nous a parlé Madame Marcelle_V. ; celui tué par la Résistance. Et ensuite ?

Mardi 13, mercredi 14 et jeudi 15 juin. Sanglante répression

Le mardi 13 juin, à 4 heures du matin, les Allemands sont signalés en approche d'Aire_ : 25 voitures avec auto-mitrailleuse et 2 canons. Les éclaireurs motocyclistes allemands sont attaqués et le convoi, ainsi alerté, fait demi-tour et se scinde en deux. L'un va détruire au canon la gendarmerie d'un village voisin, ainsi que son école et une quinzaine d'autres bâtiments, alors que la deuxième partie du convoi se dirige de nouveau vers Aire_, mais par une autre route.

Les boches, assoiffés de meurtre, abattirent sans pitié toute personne que le hasard amena devant eux. Ce fut d'abord, le jeune Lagarde qui, venant de son domicile à Bernède, se rendait, muni de sa mitraillette, à son poste de combat. [...]

Pendant tout le début de la matinée, au voisinage d'Aire_ les heurts sont sanglants des deux côtés.

Les Allemands firent leur entrée en ville par le quartier de Mestade et de la Pologne, vers 7 heures du matin, dans la ville d'Aire_ vidée de plus de la moitié de ses habitants. Poussant des cris de fauves, enfonçant les portes qui ne cédaient pas assez vite, ils allaient de maison en maison [...]

Le Maire, M. Méricam, bras levés, se porta alors au-devant des Allemands puis réussit à discuter longuement avec leur chef et persuada finalement ce dernier que l'attaque du camion, la veille, avait été perpétré par des parachutistes étrangers à la ville.

Pendant ce temps de discussions, les Allemands s'étaient répandus dans toute la ville ; cette dernière avait été bouclée, et son occupation dura 3 jours, et ce, non sans incidents parfois dramatiques dépassant le cadre et l'objectif de notre dossier.

Bilan

Brusquement, le jeudi après-midi, l'état de siège fut levé, et les Allemands repartirent vers Pau.
Alors seulement, il fut possible d'établir le bilan de leurs crimes. Les maisons abandonnées par leurs habitants avaient été pillées, notamment la cantine de l'école primaire.

Puis une atroce nouvelle se répandit dans la ville dès le départ des occupants :
Deux Aturins, MM Ricarrère et Stouvenel, avaient été amenés par les boches dans un champ bordant la route de Cazères [sur_Adour], martyrisés et enterrés à demi-morts.

Voilà donc les jeunes dont nous a parlé Mme Marcelle_V, enterrés vivants et à qui les Allemands avaient fait creuser leur tombe !


Épilogue

Épilogue

Lorsque Madame Marcelle_V. nous a fait part de son épisode de pensionnaire à Aire_sur_Adour, malgré son handicap mémoriel elle n'avait donc pas affabulé : en représailles pour un Allemand tué par la Résistance, les Allemands auraient bien enterré vivants plusieurs jeunes...

Archives départementales des Landes

Au cours de nos recherches nous avons demandé aux archives départementales des Landes s'il y avait trace de Mme Buffard, l'enseignante de physique-chimie, et de M. Fraisse, le directeur du lycée de garçons dont nous avait parlé Mme Marcelle V.
La réponse des archives départementales, réponse pour laquelle nous remercions vivement son personnel, est d'un grand intérêt pour ce dossier. Jugez-en plutôt :
« Monsieur, En réponse à votre courriel reçu le 23 mars dernier, je vous informe que dans le versement de l'Inspection Académique des Landes, qui est en cours de classement dans nos services, nous avons trouvé trace de Monsieur FRAISSE et de Madame BUFFARD.
En effet, ce monsieur était directeur d'un collège à Aire-sur-l'Adour en 1945 et Madame BUFFARD était professeur dans un collège également à Aire-sur-l'Adour en 1944. Les documents que nous conservons ne font pas mention des noms des collèges dans lesquels ils exerçaient.
Je vous prie de croire, Monsieur, à l'assurance de ma considération distinguée.
Pour le Président du Conseil départemental et par délégation [...] »

Du coup, ces nouveaux constats positifs nous incitent à penser qu'il y a, à priori, peu de raisons de douter de la véracité des autres faits affirmés au cours de la narration, par Madame Marcelle_V, de « sa » guerre à Aire_sur_Adour ; tout au moins en prenant la précaution de leur appliquer le prisme plus ou moins déformant des ans sur la mémoire de faits enregistrés il y avait près de 75 ans par une jeune fille entre ses 11 et 16 ans.
Ce constat montre, parallèlement, que les personnes, plus ou moins atteintes d'Alzheimer, ont souvent gardé ce que l'on peut appeler « la mémoire ancienne ».


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Commentaires d'internautes

Toujours très bien fait et rédigé... un bravo pour vous
Bien cordialement. Mme L.


Bonjour,
J'admire votre dévouement pour le devoir de Mémoire. Merci pour votre engagement.
Bien cordialement, Marc B.
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