../s3_ae.gif Le 10 mai 1940 dans le Sud Luxembourg.
Document réalisé à partir d'éléments d'origines diverses : SHD Vincennes - JMO de la 1eBS, archives de la 3eDLC et de la 3e armée - archives diplomatiques (Quai d'Orsay) - etc. E-R Cima ©2005-2016.
Introduction

Introduction

Notre objectif n'est pas d'écrire un document de plus sur l'ensemble de l'attaque allemande du 10 mai 1940 et nous n'allons travailler que sur une zone très restreinte du front mouvant de ce jour prélude à une défaite cuisante pour les armées françaises : celui du Sud Luxembourg.

Champ d'affrontements modeste, certes, mais lorsque vous aurez lu ce document... sans doute verrez-vous d'un autre œil la «bataille de France».


Rappels succincts
Plan «Dyle»

Rappels succincts

Rappels succincts sur le plan français «Dyle-Breda» prévu (et exécuté le 10 mai 1940)


Clic +/- Pays

Clic +/- Ligne Maginot (points rouges)

Clic +/- Forêt ardennaise et Sedan

Clic +/- Hypothèse alliée d'attaque allemande
(Flèches jaunes)

Clic +/- Contre-attaque alliée prévue
(Flèches bleus)

Tout au long de la «drôle de guerre» le général Gamelin, commandant en chef des armées françaises, en est convaincu : les allemands, dissuadés d'attaquer de front la Ligne Maginot, porteront leurs efforts au-delà de cette dernière, sur le Nord de la France.
D'après le général, leurs armées, très motorisées, ayant du mal à se déplacer dans le relief et les forêts ardennaises, attaqueront donc entre la mer et l'Ouest de Sedan.

De plus, le gros des armées allemandes (attaque principale) sera protégé par des armées flancs-gardes à sa droite et à sa gauche.

Gamelin (approuvé par les chefs des gouvernements français et anglais) a donc retenu la contre-attaque suivante (plan Dyle-Breda) : dès les premiers mouvements allemands, les troupes alliées prendront en tenaille l'ensemble du dispositif ennemi. à l'Ouest en faisant marche vers les Pays-Bas, via la Belgique et, à l'Est, côté Luxembourg, en attaquant latéralement les flanc-gardes de gauche allemandes.


Nous vous avons déjà dit ce que nous pensions de ce plan portant les combats hors des frontières françaises. Il aurait sans doute été satisfaisant avant 1936 lorsque français et belges avaient un pacte d'alliance, mais pas après ! En effet, en 1936 la Belgique rompt son alliance avec la France et se déclare neutre ; du coup la coopération et les manœuvres conjointes entre les armées françaises et belges cessent. Aussi, en 1940, quelles réactions des troupes belges Gamelin espère-t-il obtenir en faisant entrer ses unités en Belgique, même à l'appel des Belges ? Une coopération inconditionnelle sans préparation est-elle envisageable, surtout en cas de points de vue divergents en cours de bataille ?
Le problème de coordination se pose moins au niveau du Luxembourg, dépourvu d'armée, ce qui permet d'éliminer ce paramètre des éventuelles causes du début de la défaite française. D'autres signes vont donc pouvoir être mis en lumière...


«Dyle» au Luxembourg

Plan «Dyle-Breda» prévu pour le Luxembourg


Clic +/- Pays

Clic +/- Ligne Maginot (points rouges)

Clic +/- Forêt ardennaise

Clic +/- Hypothèse alliée d'attaque allemande
(flèches jaunes)

Clic +/- Contre-attaque alliée prévue
(Flèches bleues)

Dans le plan «Dyle-Breda», c'est la 3eDLC (général Petiet) de la 3e Armée française (général Condé) qui a en charge la protection de la frontière luxembourgeoise et, en cas d'attaque allemande, qui doit pénétrer dans le Sud Luxembourg jusqu'au niveau de la ville de Luxembourg (et plus haut si possible).

Le plan prévoit que la 3eDLC soit alors épaulée à sa gauche, au delà de la frontière belgo-luxembourgeoise, par la 2eDLC (général Berniquet) effectuant vers le Nord un mouvement parallèle à celui de la 3eDLC.

Qu'allons-nous donc étudier ?

Malgré le plan français, le 10 mai 1940 le Luxembourg est un pays investi en totalité par les allemands en 24 heures. Il est donc intéressant de s'attarder sur les raisons de cette fulgurante percée que les français avaient imaginé pouvoir juguler.

Comment allons-nous mener l'étude ?

Nous n'allons pas pouvoir échapper à une étude méthodique et chronologique des faits tels qu'on les retrouve décrits dans les archives entre autres de l'armée française et du ministère des affaires étrangères, ministère en lien direct et constant avec ses diplomates en poste, l'état-major français, et les personnels politiques.

Aligner des faits successifs est sans doute fastidieux mais, au final, riche d'enseignements car, dans le cas présent, avoir un «plan Dyle-Breda» sur le papier est une chose, l'appliquer sur le terrain et surtout avoir la capacité de le moduler en fonction des circonstances en est une autre. Et comme le disait Napoléon Bonaparte :

«Le grand art, c'est de changer pendant la bataille. Malheur au général qui arrive au combat avec un système» (Napoléon Bonaparte)

Le 10 mai 1940, les français semblent être arrivés au combat avec un système... rigide.


Réalités
«Plan Jaune» allemand

La réalité du champ de bataille

«Plan Jaune» allemand au Luxembourg


Prévu par Gamelin

Appliqué par les allemands

Ce 10 mai 1940, les flancs-gardes allemandes de gauche, prévues par Gamelin (flèches jaunes), sont en réalité des attaques en masse sur l'Est de Sedan, par artillerie et blindés (flèches jaunes et rouges), et les flancs-gardes réelles (34eDI et 76eDI allemandes) passent au Sud de la ville de Luxembourg (flèches violettes).

La 34eDI (Général Behlendorff), flanc-garde principale des blindés allemands, se dirige vers Longwy.

La 76eDI (Général de Angelis) se positionne en flanc-garde de la 34eDI, au Sud-Est du Luxembourg, et se porte même en territoire français jusqu'à la rive gauche de la Moselle, neutralisant ainsi toute éventuelle action d'envergure française sur le flanc gauche de la 34eDI.


Au cours d'un conflit (armé ou non), l'ennemi ne fait pas toujours ce que l'on a imaginé devant les cartes d'état-major et dans les chancelleries. Aussi, faut-il s'être donné la capacité d'en prendre conscience rapidement !
Qu'en est-il ce 10 mai 1940, entre autres au Sud Luxembourg ?
Prend-on la précaution de vérifier que tous les paramètres soient cohérents avec l'attaque prévue ?


Français informés

Les français sont informés avant le début de l'attaque allemande

Vous trouverez, ci-dessous, tous les télégrammes successifs en provenance du Luxembourg et de Belgique (avec leurs numéros d'identifiant) reçus par le Quai d'Orsay, juste avant l'attaque allemande, afin que vous vous fassiez une idée claire sur le traitement des informations relatives au Luxembourg, cette nuit du 10 mai 1940.

0h30. Télégramme n°151 du Ministre de France au Luxembourg à Ministère des Affaires Étrangères : «Des informations venant d'un milieu allemand indiquent que quelque uns au moins des allemands du Grand-Duché sont convoqués pour cette nuit avec des armes. Il y a ce soir des mouvements assez remarqués (d'artillerie notamment) le long de la frontière allemande. Le bruit court ici que l'armée allemande est entrée en Hollande./.»
1h30. Télégramme n°23 du Quai d'Orsay (M SEYDOU) au Cabinet de la Guerre : «J’ai l’honneur de vous faire savoir que notre Ministre à Luxembourg m’a fait tenir, à minuit trente, la communication suivante : [contenu du message 151]»

Un temps de latence d'une heure, entre le Quai d'Orsay et le Cabinet de la Guerre, peut difficilement se concevoir surtout si l'on a prévu de contre-attaquer en sortant de ses retranchements et en marchant sur l'ennemi.

1h50. Le Ministère des Affaires Étrangères (Quai d’Orsay) téléphone au Ministre de France au Luxembourg, pour plus ample information. Ce dernier répond que les mouvements suspects constatés à la frontière germano-luxembourgeoise semblent avoir tendance à se calmer, depuis minuit.

2h25. Télégramme n°619 de l’Ambassadeur de France en Belgique (M. BARGETON) à Ministère des Affaires Étrangères : «Le Ministre des affaires étrangères me communique à l’instant que, d’après les renseignements recueillis par l’état Major hollandais sur le secteur Overyssel-Aix la Chapelle et par l’état-major belge depuis Aix la Chapelle jusqu’au Luxembourg, une grande activité règnerait depuis ce soir 21h parmi les troupes allemandes à la frontière. Sans exclure entièrement la possibilité de manœuvres, le gouvernement belge estime que la situation requiert une extrême vigilance./.»
2h30. Télégramme n°620 de l’Ambassadeur de France en Belgique (M. BARGETON) à Ministère des Affaires Étrangères : «Organisation nazie du Grand-Duché de Luxembourg aurait été alertée pour cette nuit et reçu des munitions./.»
2h35. Télégramme n°621 de l’Ambassadeur de France en Belgique (M. BARGETON) à Ministère des Affaires Étrangères : «Le Ministre des Affaires Étrangères apprend de Berlin que la source qui avait annoncé l’attaque sur le Danemark informe que les ordres sont donnés pour attaque générale à l’Ouest le 10 mai à l’aube./.»
3h00. Télégramme n°24 du Quai d'Orsay (po CHARVERIAT) au Cabinet de la Guerre : «Suite à précédent message n°23, à 1h50 notre Ministre à Luxembourg, interrogé par téléphone, signale que les mouvements suspects constatés dans la soirée le long de la frontière germano-luxembourgeoise semblent, depuis minuit, avoir tendance à se calmer, au moins momentanément»

Ce dernier télégramme est pour le moins curieux. En effet, il est envoyé au Cabinet de la Guerre à 3h00 et fait référence à des faits "anciens" qu'il minimise alors même que l'Ambassadeur de France en Belgique vient d'être peu optimiste, plusieurs fois de suite, il y a encore peu !

3h40. Télégramme n°152 du Ministre de France au Luxembourg à Ministère des Affaires Étrangères : «Des incidents sanglants sont survenus, à ce qu’on m’assure, en 4 points différents aux barrières récemment posées le long de la frontière allemande. 2 gendarmes ont été grièvement blessés. Les agresseurs paraissent être des «touristes». On ne signale encore aucune violation de la frontière par les troupes venant d’Allemagne. Les communications téléphoniques sont interrompues entre Luxembourg et les villes luxembourgeoises le long de la frontière allemande. Le Ministre des Affaires Étrangères m’indique que la Grande Duchesse s’est rendue près de la frontière française. Cette dernière information a un caractère strictement confidentiel./.»

Même si les incidents de frontière sont éventuellement à relativiser, le seul fait que la Grande Duchesse prenne la précaution de sortir de son palais et de se diriger vers la France est significatif d'une «alerte» non négligeable car elle, elle dispose certainement dans son propre pays d'informations fiables.

4h. Déclenchement d'une violente attaque aérienne allemande sur de nombreux terrains d'aviation au voisinage des frontières entre la France, la Belgique et le Luxembourg.

Les français vont-ils prendre conscience du problème ?


Début de réaction française

Début de réaction française au Sud Luxembourg

4h30. PC de la 3ème armée française. «Renseignements en provenance du Luxembourg indiquant une menace d'invasion allemande dans le Grand Duché»

Le 3e bureau de la 3eDLC note, dans son rapport du 12 mai 1940, que l'alerte lui est arrivée à 4h45 mais que... «les détachements du Génie chargés des destructions avaient été remis au travail et leurs camionnettes rendues aux Corps qui les avaient prêtées». En d'autres termes ils n'étaient plus opérationnels sur zone, ce qui est corroboré par le JMO de la 1eBS dans lequel on peut lire : «Seuls manquaient les détachements de Sapeurs du Génie destinés à exécuter ou à réparer les destructions luxembourgeoises ; leur absence est une cause de retard important pour le débouché des colonnes automobiles à travers les obstacles placés par les luxembourgeois.»

En effet, neutralité oblige, les luxembourgeois ont placé de nombreux obstacles bétonnés à leurs frontières tant avec l'Allemagne qu'avec la France et ces obstacles sont à détruire si l'on souhaite faire passer des engins motorisés plus importants que des motos.

Dans son rapport du 12 mai 1940, le 3e bureau de la 3eDLC note aussi que :«Les permissions avaient repris au taux de 15%. Enfin le GRRF 45 [Groupe de Reconnaissance de Région Fortifiée] (...) avait été maintenu dans ses cantonnements de Thionville. Il lui fallait 4 heures environ pour gagner ses emplacements de départ. (...) Dans un tel dispositif, les délais dans lesquels la Division était susceptible de franchir la frontière était de l'ordre de 3 heures, pour la plupart des éléments, mais de 4 heures au minimum pour le GRRF 45 et même davantage pour la 541e Cie de Sapeurs...»

Dans de telles conditions, que pouvaient espérer faire les français contre les Allemands, même si ces derniers avaient appliqué le plan prévu par Gamelin ? Car ils n'avaient matériellement pas le temps d'aller intercepter les allemands au Nord de la ville de Luxembourg. Et comme, en plus, les allemands sont aussi passés par le Sud Luxembourg et que...


Clic +/- Pays

Clic +/- Ligne Maginot (points rouges)

Clic +/- Attaque allemande
(flèches rouges et violettes)

Clic +/- Commandos allemands
de la 34eDI (points rouges)

5h00. Transportés par planeurs, cinq commandos de la 34eDI allemande prennent pied en silence au Sud du Luxembourg, plus précisément à Frisange, Bettembourg, Foetz, sur le Zolwerknapp et enfin près de Petange. Leur mission est simple : bloquer les routes provenant de France en attendant l'arrivée massive des hommes de la 34eDI qui, franchissant la frontière luxembourgeoise à 5h35, doivent se diriger en masse d'Est en Ouest (comme on l'a vu plus avant).

...on comprend pourquoi les français ont alors été confrontés à certaines «difficultés» dès leur entrée au Luxembourg. Mais ce n'est pas tout ! à quelle heures sont-ils entrés et dans quelles conditions ?


Franchissement de la frontière

Franchissement français de la frontière luxembourgeoise

5h10. Un message d'alerte du PC de la 3eDLC parvient au PC de la 1eBS : «Préparez-vous a exécuter la mission prévue». Les hommes s'équipent aussitôt et à 5h15 sont en place à la frontière, sur leurs positions de départ.

Au même moment le représentant allemand en Belgique fait officiellement part, au gouvernement belge, de la décision allemande «d’assurer la neutralité des Pays-Bas de la Belgique et du Luxembourg» (de les protéger, en quelque sorte) en pénétrant sur leurs territoires respectifs.

5h35. Les troupes allemandes passent en force les frontières des Pays-Bas, de la Belgique et du Luxembourg.

6h40. Après avoir été informé de certains points de la situation, par deux inspecteurs de la SNCF arrivant du Luxembourg [pour une unité destinée à entrer au Luxembourg dès les premiers mouvements allemands, on pourrait s'attendre à ce que le réseau d'informateurs soit plus conséquent et ait des racines jusqu'à la frontière germano-luxembourgeoise], le général Petiet demande l'autorisation de s'emparer des barrières qui barrent les itinéraires d'entrée en Luxembourg.

6h45. PC de la 3ème armée française. Ordre d'exécuter la mission Belgique-Luxembourg est donné tout particulièrement à la 3ème DLC dont les éléments, on l'a vu, ne peuvent être pleinement opérationnels que dans un délai de 3 à 4h.
L'ordre arrive à 6h55 à la 3eDLC.

7h05. Le général Petiet, sans attendre que son dispositif ne soit au complet, donne cependant ordre à toutes ses unités proches de la frontière, de se porter en Luxembourg. Cet ordre téléphonique arrive entre 7h05 et 7h50 dans les différentes unités concernées.

7h30. Dans son rapport du 12 mai 1940, le 3e Bureau de la 3eDLC fait état de la 13eBLM [Brigade Légère Motorisée] comme étant le premier élément entrant au Luxembourg, face à Esch-sur-Alzette (Sud-Ouest du Luxembourg) : «La colonne centre de la 13eBLM (Lt-colonel Le Couteux de Caumont) était prêt à 7 heures 30.».

7h50. PC de la 1eBS. «L'ordre [téléphonique] de franchir la frontière arrive : la 1ere BS se porte en avant à cheval le plus rapidement possible» (JMO de la 1eBS) ; à 8h15 d'après le 3e Bureau de la 3eDLC.

Chevaux ?

On pourrait trouver curieux de constater que, face aux éléments motorisés allemands, les contre-attaquants français utilisent de la "cavalerie" surannée (un peu sur engins et beaucoup sur chevaux).
De leur côté, les allemands ont aussi de nombreux chevaux dans leurs armées mais, à notre connaissance, pas en première ligne.
Quoi qu'il en soit, nous considèrerons cette question de la «cavalerie à cheval» mise en première ligne comme n'étant qu'un détail très secondaire par rapport au reste d'autant plus qu'en l'absence du Génie ils ne sont pratiquement que les seuls à pouvoir franchir la frontière (si tant est qu'il était judicieux de la leur faire franchir dans les conditions que l'on vient de voir).

Cependant on ne peut s'empêcher de comparer les tactiques des ennemis en présence : d'un côté on voit des allemands utilisant des commandos déposés par avions près de leurs zones d'intervention et de l'autre on voit des français s'élançant à cheval afin de rejoindre leurs propres zones d'intervention.

7h50. 1eBS. D'après les mémoires du colonel Jouffrault (commandant la 1eBS), l'ordre téléphonique de franchir la frontière est «confirmé par l'ordre général (paru sous le n°451/3) suivant : Exécutez intégralement mission prévue Luxembourg Belgique. En cas d'impossibilité d'atteindre tous les objectifs, se rétablir sur L1 [parallèle passant par Luxembourg] en vue d'exécuter sans nouveaux ordres les destructions. Signé Petiet»

Il peut sembler surprenant que, plus de 2h30 après l'alerte, l'ordre de se lancer en avant fasse référence à la ligne L1 matériellement impossible à atteindre (et à fortiori à dépasser) par des hommes qui n'ont pas l'avantage de l'attaque et partent nettement après les allemands. C'est sans doute la raison pour laquelle le 12 mai, le 3e Bureau de la 3eDLC précise, dans son rapport relatif à l'ordre transmis par téléphone entre 7h05 et 7h50 : «Il n'était donc déjà plus question d'entrer sans combat en Luxembourg, mais le Général sentant profondément la nécessité d'agir vite décidait de ne pas attendre que le dispositif soit complètement en place et lançait l'ordre de coupler les découvertes aériennes et terrestres, de porter les Groupements en avant jusqu'à la ligne n°2 [mi-chemin entre la frontière et L1] »

Dans de telles circonstances, est-il réaliste d'avoir pour objectif même la ligne n°2 ? Seules des observations précises et minutieuses permettraient de s'en assurer. On ne peut donc que souscrire au lancement des découvertes aériennes et même s'étonner qu'elles n'aient pas été ordonnées avant l'entrée de la troupe au Luxembourg !


Découvertes aériennes avec Potez 63

La photo ci-contre, de ce Potez 63, a été prise par mon père (Gaston Cima) en 1940. Il était au groupe de chasse I/6, hors de la zone Luxembourg. Sur le cliché il a noté : POTEZ 63 11 C3. Qui pourrait donner la signification de ce 11 C3 ? Merci d'avance.


Le document du service historique de l'armée de l'air relatif à la Base aérienne de Senon, où sont stationnés les avions d'observation travaillant pour le compte de la 3eDLC, indique : «le 10 mai, au petit jour, l'aviation ennemie attaque le terrain de Senon (...) Trois misions (Potez 63) ont lieu en Luxembourg au profit de la 3ème DLC qui se bat avec acharnement et non sans succès à la frontière depuis le matin (...)»

Clic +/- Pays

Clic +/- Ligne Maginot (points rouges)

Clic +/- Observations aériennes
du Potez 365 (points bleus)

8h. Le Potez 63 n°365 décolle de la base aérienne de Senon-Spincourt où sont stationnées les FA 27 de reconnaissance qui travaillent pour le compte de la 3eDLC. L'équipage est composé du capitaine Ronut (observateur) du sergent Neuville (pilote) et de l'adjudant Rossignol (mitrailleur). Sa mission consiste à reconnaitre le terrain sur tout le sud du Luxembourg à une altitude moyenne de 1300m. Une brume au sol limite la visibilité mais ne l'empêche pas de constater que si le Sud-Ouest du Luxembourg est sans activité remarquable il n'en va pas de même à la frontière germano-luxembourgeoise. En effet en liaison phonique avec le PC de la 3eDLC le Potez signale :

* 8h40. Région Remich-Palzem-Wehr : plusieurs passerelles sur la Moselle. «Activité autour de ces passerelles que des troupes franchissent, il semble sans interruption. Sommes tirés par la DCA à la verticale de Palzem»

* 8h50. «Activité routière sur route Remich-Mondorf et Bous-Mondorf. Environ 150 à 200 voitures genre BDP [Bataillon de Dragons Portés]. Tête de colonne à Ellange et Wellenstein en direction de Mondorf.»

* 8h55. «Message lesté au PC de la Division [3eDLC à Aumetz] pour signaler l'activité précédente.»

Fin de la mission. À 9h15 le Potez se pose sur son terrain. L'impression générale de son observateur est que «l'activité qui se remarque autour des passerelles signalées ne semble pas se déverser sur notre frontière. En dehors des routes allant vers Mondorf il n'y a aucune activité routière du Nord vers le Sud.»

Lorsqu'on sait que les allemands agissaient déjà un peu partout dans le Sud luxembourgeois, on peut être étonné par l'optimisme affiché au cours de cette reconnaissance aérienne dont, d'après les archives, les auteurs sont loin d'avoir été félicités (à posteriori bien sûr) par leur hiérarchie.

Les 2 autres observations aériennes seront effectuées entre 9h30 et 11h par le Potez 63 n°389 et entre 18h45 et 19h37 par le Potez 63 n°365.
Seulement trois observations aériennes dans la journée ! Est-ce concevable alors même que les différents états-majors constatent que, tout au moins au Sud Luxembourg, les allemands ne sont pas où ils les attendaient ?

Résultats

En 24 heures les allemands on traversé le Luxembourg d'Est en Ouest et quelques heures plus tard les français engagés au Sud Luxembourg ont été contraints de regagner leur territoire national.


Conclusion

Conclusion

Le 10 mai 1940, au Luxembourg, on peut constater que même si les allemands avaient attaqué selon les attentes du général Gamelin, les troupes françaises n'auraient pas été à même d'appliquer le plan prévu ; elles n'ont à fortiori pas pu s'adapter au plan opérationnel allemand dont il faut bien reconnaitre la hardiesse et l'efficacité tactique.

Pourquoi ? Pour donner une explication (parmi d'autres) il ne suffit donc sans doute pas d'évoquer la phrase déjà citée de Napoléon Bonaparte «Malheur au général qui arrive au combat avec un système» mais peut-être de considérer, en plus, qu'à la suite de sa victoire de 1918 l'armée française, alors première armée mondiale, a vécu sur ses certitudes de puissance très communicatives à des états-majors pour lesquels pouvait s'être ancrée l'idée qu'il suffisait à l'armée française de se déployer pour vaincre.

Et dans ce cas, à quoi bon alors les informateurs systématiques et une connaissance minutieuse des terrains à faire emprunter aux armées ? À quoi bon alors les découvertes aériennes intensives avant le lancement des troupes au combat ? À quoi bon alors s'inquiéter outre mesure au sujet des vitesses relatives des armées ? La puissance française n'avait-elle pas tout son temps pour se montrer ?

Malheureusement pour elle, non !


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