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1919-1922. Italie. Prise du pouvoir par Mussolini_.

Document réalisé à partir d'éléments d'origines diverses dont, tout particulièrement, des commentaires de notre amie Paulette Jarrige (professeur d'Histoire) que nous remercions vivement. (E et R Cima ©2003-2017).
Introduction

Introduction

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Rimplas - B5 - 2 75/33 - 1 75/31

Le premier ouvrage fortifié, de la future ligne Maginot, est mis en chantier face à l'Italie, en 1929, à Rimplas (département des Alpes-Maritimes). Par cet acte, à caractère militaire, la France répond ainsi à un régime politique fasciste diplomatiquement offensif.
Pourtant, au cours de la Grande-Guerre dont les séquelles étaient encore omniprésentes, l'Italie avait été l'alliée de la France.


Que s'était-il donc passé en si peu de temps ?


1919. Victoire mutilée
Rappel sur le traité de Londres

1919. Victoire mutilée

Rappel sur le traité de Londres

Début 1915, la France est déjà en guerre contre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie depuis près de 6 mois et les combats s'enlisent. Elle aimerait bien que l'Italie ouvre un front face à l'Autriche, au Sud de l'Allemagne, mais... les Italiens hésitent d'autant plus qu'ils avaient signé un traité d'alliance avec les ennemis de la France (triple-alliance ou triplice).

La France, la Grande-Bretagne et la Russie font alors les « yeux-doux » aux Italiens et, le 26 avril 1915, en grand secret, ils signent tous les quatre le traité de Londres, traité promettant aux Italiens tout ce qu'ils demandent :
-les terres irrédentes
-les îles des côtes de la Dalmatie
-le contrôle de l'Albanie
-une partie des colonies allemandes (lorsque cette dernière aura perdu la guerre)
-et enfin une zone d'influence au Proche-Orient.

Ces promesses sont faites à condition, bien sûr, que l'Italie déclare la guerre à l'Autriche-Hongrie et à ses alliés (Allemagne, Bulgarie et Turquie). C'est d'ailleurs ce que fait l'Italie.


Principe des nationalités

Principe des nationalités de Wilson

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À la Conférence de la Paix, bien que 27 états y soient représentés, les quatre grandes puissances victorieuses : France, Grande-Bretagne, Italie et USA (En 1917 les USA sont entrés dans le conflit et la Russie s'en est retirée, suite à la révolution soviétique) s'arrogent le privilège de tout y régenter.

Photo de Woodrow_Wilson, président des USA (+/-)Nous ne connaissons ni l'auteur ni les droits relatifs à cette photo. Si quelqu'un peut nous en dire plus...

Celui qui fait le plus appliquer ses volontés, c'est Wilson. Son pays n'a-t-il pas financé une grande partie de la guerre ? Et le « petit » des quatre, dans l'histoire, c'est Orlando, le chef du gouvernement italien.

Or, Wilson est venu en France avec des idées très arrêtées sur sa conception d'une paix solide et durable. En 1918 il avait, en effet, établi un programme appelé « message des quatorze points », base de réorganisation politique et économique du monde. Dans son programme, le « principe des nationalités » y prévoyait que les nouvelles frontières à tracer en Europe suivraient des lignes clairement reconnaissables entre les nationalités ; comme si, dans la vieille Europe au brassage constant des peuples, le tracé de ces « lignes » n'était pas que pure utopie !

Orlando demande bien à ce que le traité de Londres soit appliqué et qu'il y soit même ajoutée l'annexion du port adriatique de Fiume, peuplé en majorité d'italiens mais, parmi ses trois interlocuteurs, personne ne le suit.

Ces derniers s'appuyant sur les « 14 points de Wilson » affectent la côte adriatique à la nouvelle Yougoslavie qu'ils créent et, considérant que Fiume constituait un débouché maritime « naturel » pour la Yougoslavie, ils refusent donc de satisfaire la revendication italienne. Mieux...


Une victoire vraiment mutilée !

Italie : une victoire vraiment mutilée !

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Orlando quitte la Conférence

Mieux... le 23 avril 1919, alors que la Conférence de la Paix n'a pas encore officiellement statué, le président Wilson court-circuite la diplomatie et s'adresse directement au peuple italien pour lui démontrer que ses exigences sur Fiume sont non fondées. L'opinion publique italienne s'en indigne et, en signe de protestation, Orlando quitte la Conférence.

Erreur politique ! Clemenceau, pour la France, et Lloyd George, pour la Grande-Bretagne, continuent alors à se partager les dépouilles des pays vaincus et proposent même, les Italiens étant partis, de considérer comme caduque le traité de Londres ! Alors, par exemple, les Italiens ne reçoivent aucun mandat en Asie Mineure et sont aussi exclus du partage des anciennes colonies allemandes d'Afrique !

Dans toute l'Italie les nationalistes manifestent à propos de la « victoire mutilée ».

Orlando revient... mais trop tard

Suite aux agitations politiques italiennes, Orlando revient s'asseoir à la table des négociations de la Conférence de la Paix mais ne peut récupérer que des miettes de ce qui, d'après le traité de Londres, aurait dû revenir à l'Italie. Et, le 19 juin, coupable d'avoir mal défendu la cause de son pays, le gouvernement Orlando est renversé.


Débuts du mouvement fasciste

Débuts du mouvement fasciste

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Italie 1919. Des lendemains de victoire difficiles à supporter.

Les lendemains de la victoire présentent, sur le plan économique, une Italie fortement affaiblie par la guerre. Sa marine marchande, par exemple, a perdu 60% de sa capacité et le manque de matières premières, importées essentiellement par voie maritime, favorise la concurrence étrangère. La reconversion de l'industrie de guerre en industrie civile coûte très cher or l'Italie a déjà une dette extérieure si importante que ses recettes ne couvrent qu'entre la moitié et le tiers de ses dépenses.

Photo de Benito_Mussolini en 1919-1920 (+/-) (Photo Hulton ArchiveGetty Images)

Le mécontentement populaire se traduit par la création de nouveaux partis et d'associations politiques (sans liens avec Mussolini) faisant concurrence aux idées socialistes. L'homme fort de l'idéologie nationaliste est alors le poète et ancien combattant D'Annunzio, héros national.

Bien que dans son journal, Mussolini insiste sur « l'humiliation » de l'Italie à la Conférence de la Paix, comme il est loin d'être le seul à le faire, son audience demeure extrêmement réduite dans la population. Et, le 23 mars 1919, lorsqu'entouré d'une centaine de personnes il crée à Milan le premier « fascio italiano di combatimento » (Faisceau italien de combat), son initiative passe presque inaperçue, d'autant plus que ce nouveau mouvement est hétérogène, d'ailleurs Mussolini le proclame-il lui-même avec fierté :

« Nous nous permettons le luxe d'être aristocrates et démocrates, d'être conservateurs et progressistes, d'être révolutionnaires et conservateurs, d'être légalistes et illégaux à la fois, suivant les circonstances, le temps et le lieu où nous sommes contraints d'agir. » (+/- Remarque personnelle)Je ne sais pas pourquoi mais ce type de proclamation me fait vaguement penser, dans sa forme, à une certaine actualité française du début 2017. (R.Cima)

Les socialistes sont les premiers à réagir mais...

...mais en donnant, semble-t-il, une peut-être trop grande importance à ce nouveau mouvement dont l'impact est alors très modeste. En effet, indirectement ils médiatisent rapidement Mussolini car, le 15 avril 1919, ils se dirigent en force (20000 personne) vers son siège qui est aussi celui du journal « il Popolo d'Italia » dans le but proclamé d'y mettre le feu et de pendre Mussolini. Quelques fascistes, armés, foncent sur le cortège et le dispersent. Puis, en représailles, ils vont mettre le feu au siège du journal socialiste « Avanti ».

Le pouvoir en place, hésitant, n'intervient pas. La manière forte, même avec peu de moyens, vient de montrer son efficacité.

La France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis n'interviennent pas, non plus, dans l'affaire de Fiume.

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Le 10 septembre 1919, le traité de Saint Germain confirme la naissance de l'état yougoslave et déboute définitivement l'Italie de ses prétentions adriatiques. Deux jours plus tard le poète italien D'Annunzio, à la tête d'une colonne motorisée mêlant militaires en activité et anciens combattants, se présente devant Fiume où la garnison le laisse entrer. Il proclame alors l'annexion de Fiume à l'Italie. La France, la Grande-Bretagne et les USA ne réagissent pas laissant alors le soin aux Italiens et aux Yougoslaves de solutionner le problème entre eux.

Photo de Gabriele D'Annunzio (+/-) Photo extraite, avec autorisation du 28/07/2017, du site https://www.facebook.com/pg/gabrieledannunzio.it/photos/ avec, suite à ma demande : «Ma certo utilizzi pure liberamente la foto !!»

Le 25 septembre, Mussolini écrit :
« La révolution commencée à Fiume ne peut que se conclure à Rome. »

Propos sans doute prophétiques mais sans retentissement médiatique à l'époque.

Mussolini n'obtient aucun élu à la chambre des députés

Le gouvernement italien, dépassé par les événements de Fiume, prononce la dissolution de la chambre des députés le 29 septembre 1919. Dans l'attente des nouvelles élections, Mussolini organise le 1er congrès fasciste au cours duquel il présente un programme aux revendications à la fois d'extrême gauche et d'extrême droite. Il demande ainsi que le suffrage universel soit étendu aux femmes, que la représentation se fasse à la proportionnelle, que le Sénat soit aboli, que le capital soit imposé, que soit créée une milice, que l'Italie entreprenne une politique étrangère expansionniste, etc.

Lorsque le 16 novembre les Italiens élisent au suffrage universel leur nouvelle chambre des députés, sur les 508 sièges à pourvoir, Mussolini n'en obtient aucun alors que le vote est à la proportionnelle.

C'est dire le peu d'impact du fascisme sur la population italienne de 1919 !


1920. Montée du fascisme
Mécontentement général

1920. Montée en puissance du fascisme

Mécontentement général en Italie

En janvier 1920 il y a plus de 2 millions de chômeurs et nombre d'entre eux sont d'anciens combattants qui n'ont pu retrouver de travail depuis leur démobilisation. Le mécontentement de 1919 demeure donc toujours aussi vivace et les agitations sociales ne vont que s'amplifier au cours des mois suivants.

La situation générale dégénère rapidement

En avril un mouvement de grève démarré à Turin s'étend peu à peu à près de 500.000 ouvriers. Mussolini, toujours champion de la gauche dure, soutient les grévistes dont il qualifie l'action de « première grande révolution du peuple italien contre les exploiteurs ». Mais, en même temps, dans son journal « il Popolo d'Italia », il précise que la crise subie par l'Italie est celle de la bourgeoisie et des classes dirigeantes mais aussi celle du socialisme (+/-)Rappel : en 1914 Mussolini a été mis à la porte du parti socialiste et que la crise du socialisme est plus grave et plus tragique que les autres.

Le 24 mai, à Rome, une manifestation en faveur de D'Annunzio et de Fiume tourne mal et fait cinq morts dont quatre policiers.

Les grèves se multiplient et le gouvernement emploie l'armée pour y mettre fin. Le 26 juin 1920 le 11e régiment de bersaglieri, à Ancône, se mutine et refuse d'obéir à ses officiers, mais le calme revient rapidement dans la caserne.

Début août les négociations sociales en vue d'adapter les salaires au coût de la vie, que l'inflation fait grimper à vitesse vertigineuse, sont rompues par le patronat et la grève générale éclate le 19 août. Mussolini assure les ouvriers en grève de son attention sympathique à condition toutefois que le mouvement ne dégénère pas en violences contre les hommes ou contre les machines.

Les ouvriers prennent en main les usines

Le 28 août, les établissements Alfa Romeo tentent de faire protéger leurs usines par la police. La réaction des ouvriers est immédiate : ils occupent près de 500 usines et élisent des « conseils d'entreprises » qui se substituent aux patrons. Ces « conseils » se veulent être le prélude à la destruction du capitalisme et de la propriété privée. Les patrons et le gouvernement s'inquiètent. Dans son journal, Mussolini tempère leurs inquiétudes en écrivant :

« Peu importe que les usines appartiennent aux patrons ou aux ouvriers pourvu que l'on travaille ! »

En 1920, le Mussolini révolutionnaire cède la place, peu-à-peu, à un Mussolini socialement plus ambigü.

Fin septembre, à Rome, salariés, patronat et gouvernement tombent enfin d'accord sur un projet de loi favorable au « contrôle ouvrier » des usines. Le 4 octobre le travail reprend alors partout et... le projet de loi tombe vite dans les oubliettes à la grande satisfaction des classes dirigeantes et du patronat qui a cru tout perdre en peu de temps.


Mussolini contre-révolutionnaire

Mussolini devient contre-révolutionnaire et, tout à coup, puissant

Les mouvements sociaux s'étant momentanément calmés, Mussolini se déclare franchement contre-révolutionnaire et appelle tous les hommes d'ordre à se rassembler autour de lui, contre le bolchevisme et l'anarchie.

Dès cette prise de position nette, le fascisme devient puissant en hommes, las des socialistes qui désorganisent le pays tout en s'en prenant aux anciens combattants rendus responsables de la guerre et de ses suites économiques catastrophiques.

Mussolini devient alors puissant en argent, fourni par les grands industriels encore sous le choc des soulèvements ouvriers à peine calmés, et puissant par les armes que lui fournit le ministère de la guerre pour équiper sa milice, les « squadre », auxiliaires de la police face aux éventuelles futures agitations socialistes.

Début des expéditions punitives

À cette époque les fascistes ne représentent pas encore une force considérable. Cependant, vêtus de leur chemise noire, ils organisent alors des expéditions punitives où la terreur bolchevique est combattue par la terreur fasciste.

Les adversaires de Mussolini sont roués de coups et purgés à l'huile de ricin. Lorsque Italo Balbo, chef du « fascio » de Ferrare, réprime violemment une grève d'ouvriers agricoles, ou lorsque le 14 octobre, à Trieste, les fascistes incendient les bureaux du journal socialiste « Il Lavoratore », la police n'intervient pas car le gouvernement pense encore pouvoir contrôler les « squadre », mais il est déjà trop tard !

Les coups de force fascistes ne font que commencer

Dans toute l'Italie, les affrontements entre fascistes et socialistes redoublent de violence. Le 21 novembre, lorsque la nouvelle municipalité socialiste de Bologne se présente à la foule, sur le balcon de la mairie, les « squadristi » ouvrent le feu faisant 10 tués. Ils renouvellent leur action le 10 décembre à Ferrare.

Puis les fascistes, encouragés par l'impunité, s'attaquent à toutes les coopératives et à tous les sièges locaux du parti socialiste sans que la police n'intervienne. Le 15 décembre des ouvriers tentent d'assassiner Dino Grandi, vétéran de la guerre, sous prétexte qu'il ose porter une décoration militaire. Le lendemain Grandi s'inscrit au faisceau de Bologne ; avec Balbo il deviendra l'un des chefs du fascisme.

Fin 1920, le fascisme est devenu une grande force de persuasion.
Il lui reste à devenir une force politique légale.


1921. Le fascisme devient un parti politique
La terreur fasciste s'abat sur les campagnes

1921 : Le fascisme devient un parti politique

La terreur fasciste s'abat sur les campagnes

Indirectement, les socialistes favorisent le mouvement fasciste

Le 15 janvier 1921, au congrès du parti socialiste, modérés et extrémistes se disputent à propos de la ligne de conduite à tenir : suivre celle dictée par Moscou ou pas ? Et le congrès se termine par la scission entre socialistes (PSI) et communistes (PCI), ce qui affaiblit le socialisme dans l'opinion publique.

Comme, de plus, dans plusieurs villes, les marxistes s'attaquent aux églises et aux effigies de la famille royale, comme dans les rues ils rouent de coups quelques curés et militaires, par contrecoup, le mouvement fasciste se renforce.

Ruée sur les campagnes à l'appel des propriétaires fonciers

Le fascisme, essentiellement urbain, s'étend alors aux campagnes où les appellent les grands propriétaires fonciers qui s'inquiètent de l'ampleur prise par le syndicalisme paysan dont les « ligues agraires » s'approprient de plus en plus de droits relatifs à la culture des terres.

La terreur fasciste s'abat alors sur les campagnes où les travailleurs agricoles, dispersés, sont pratiquement sans défense.

Quelques camions remplis de fascistes font irruption dans un village, les Chemises noires saccagent tout ce qui ressemble à un local syndical ou tente de leur résister, puis ils repartent. Le raid n'a duré que quelques heures et les autorités, éventuellement bienveillantes, n'ont pas eu le temps d'intervenir. La méthode semble globalement profitable aux intérêts fascistes puisque février voit la création du millième « fascio » !

Le 23 mars, Mussolini écrit dans son journal « Il popolo d'Italia » :

« Dans quelques mois, l'Italie entière sera en notre pouvoir. »

Et le 3 avril, au cours de la première « fête fasciste », à Bologne, Mussolini justifie l'action plus que musclée des « squadre » par un discours sans équivoque :

« Nous devons agir ainsi, précédés d'une colonne de feu [etc.] Il est évident que nous, pour imposer nos idées aux cerveaux, nous devons, au son des bastonnades, toucher les crânes réfractaires. »

Curieusement, les fascistes réussissent à créer des syndicats de travailleurs agricoles

Pour enrôler les masses rurales, ce qui n'est pas évident vues les actions menées contre elles, en accord avec quelques grands propriétaires terriens, les fascistes distribuent quelques mauvaises terres à des cultivateurs. La propagande de Mussolini peut alors faire valoir, à peu de frais, que les socialistes promettent et que les fascistes, eux, réalisent.


Election de députés fascistes

Election des premiers députés fascistes au Parlement

Dissolution de l'Assemblée

Profitant d'une conjoncture mondiale favorable, traduite par une baisse des tarifs des produits de base, le président du conseil des ministres italiens avait réussi à réduire le déficit chronique de son pays. Début avril, pour accélérer encore les rentrées d'argent, il pense agir contre une certaine fraude fiscale en rendant les actions boursières « nominatives ». Mais cette contrainte ôte au Vatican la possibilité d'acquérir des actions et le gouvernement perd aussitôt le soutien des catholiques ; il est mis en minorité et le 7 avril 1921 l'Assemblée est dissoute.

Le 15 mai les élections législatives permettent l'entrée au Parlement de 35 députés fascistes dont Mussolini, Balbo et Grandi.

Le 21 juin, au Parlement, Mussolini farouchement athée fait un grand pas intéressé en direction des catholiques en déclarant à leur attention : « La seule idée universelle existant aujourd'hui à Rome émane du Vatican. Si le Vatican renonce à ses rêves temporels (je crois qu'actuellement il est en voie de le faire), l'Italie, le gouvernement laïc de l'Italie, doit fournir au Vatican l'aide matérielle pour les écoles, les églises, les hôpitaux et les autres établissements dont dispose le pouvoir laïc. Je dis ceci parce que le développement du catholicisme dans le monde fait que toutes les parties du monde tournent leurs regards vers Rome ce qui est un motif de fierté pour nous Italiens. »

Le fascisme devient officiellement un parti politique

Au deuxième congrès fasciste (7-11 novembre 1921), est officiellement créé le PNF (Parti National Fasciste). Mussolini devient le Duce du parti.

Au cours de ce même congrès, Mussolini déclare que le PNF est prêt à se substituer à l'Etat chaque fois que celui-ci se montrera incapable de défendre les intérêts, spécialement idéaux, du peuple italien, et incapable de combattre les causes de désagrégation de la nation.

Programme du PNF

Politique extérieure impérialiste, économie libérale, régime monarchique sauf si ce dernier ne se montrait pas à la hauteur dans la défense des idéaux italiens.

Les fascistes annoncent ainsi clairement leurs intentions !


1922. Prise légale du pouvoir
Marches sur de nombreuses villes

1922. Prise légale du pouvoir

Les Chemises noires marchent sur de nombreuses villes italiennes

Après une brève accalmie, les violences reprennent de plus belle

La conférence internationale de Gênes terminée, les socialistes organisent de nouveaux mouvements de grève qui donnent aux fascistes l'occasion de se manifester avec violence.

Le 12 mai 1922 Balbo lance 40.000 Chemises noires sur Ferrare dans le but de faire obtenir du travail à quelques chômeurs et de libérer un fasciste emprisonné. Comme le préfet lui donne presque immédiatement satisfaction Balbo dirige alors ses hommes sur Rovigo puis le 30 mai sur Bologne. Là le préfet ne cède pas au chantage et Mussolini, en modérateur, ordonne et obtient le départ des fascistes.

Mais l'accalmie n'est que de courte durée et en juillet les « marches » reprennent. Les Chemises noires entrent dans Andria le 3, dans Viterbe le 12, dans Crémone le 13, dans Alatri le 14, dans Tolentino, Novare et Ancone le 17, dans Magenta le 24, et enfin dans Ravenne et Rimini le 26 juillet. Partout les sièges des partis de gauche et leurs journaux sont mis à sac.

Le 19 juillet le gouvernement est renversé, suite à cette montée de violence qu'il ne semble plus pouvoir (ou pas vouloir) enrayer.

Le Duce briseur de grève générale

Le 25 juillet, en pleine crise ministérielle, les syndicats non fascistes « Alliance du Travail » décident d'organiser une grève générale dans toute l'Italie, le premier août, afin de protester contre la violence fasciste. Mussolini décrète immédiatement la mobilisation générale des Chemises noires et lance un ultimatum :

« Si dans les 48h après le début de la grève, le gouvernement n'a pas réussi à la faire cesser, les fascistes s'en chargeront eux-mêmes directement. »

La grève enclenchée, menaces et persuasions musclées de la part des fascistes envers les grévistes et fascistes non-grévistes font que le 3 août « l'Alliance du Travail » prend acte de son échec et ordonne la fin de la grève.

Profitant de ce recul, Mussolini clame alors que son parti est, à l'évidence, la seule force capable de sauver l'Italie du « péril bolchevique » et les fascistes poursuivent leurs violences une semaine durant contre les sièges des organisations socialistes et contre les municipalités de différentes villes telles que Livourne, Gênes, Ancona et Milan où le siège du journal « Avanti » est une nouvelle fois incendié.

Les fascistes essaient aussi de s'emparer de Forli et de Parme mais, là, les milices ouvrières se défendent avec acharnement durant cinq jours et les Chemises noires, après avoir eu 35 tués, sont finalement obligées de quitter la région.

Le 12 août, Mussolini balance encore entre une prise de pouvoir « légale » et un coup d'État (virtuellement commencé). De son côté, à Rome, par peur des représailles, le gouvernement refuse d'employer la force armée contre les fascistes.


La marche sur Rome

La marche des fascistes sur Rome

Bilan serein pour Mussolini

Les socialistes sont divisés, le gouvernement se reconnaît impuissant, l'opinion publique ne réagit pas. Face à Mussolini, que reste-t-il ?

Le 25 septembre, à Milan, au cours d'une réunion du conseil national du parti fasciste, le Duce fait ainsi le point sur la situation :

« Le fascisme gagne partout du terrain. Nos adversaires ne sont plus en état de s'opposer à nous. Les carabiniers sont très bien disposés à notre égard et l'armée sera d'une neutralité bienveillante. [Le chef du gouvernement] ne fera pas tirer sur nous et les monarchistes sont rassurés par mes discours antisocialistes. Enfin les parlementaires n'ont plus qu'une idée en tête : être bien avec nous !
Les points sombres qui demeurent sont : la ville de Parma, le roi, D'Annunzio et l'indiscipline de certains fascistes.

On pourra régler le sort de Parma assez facilement.
Le roi ? Autour du roi il y a des éléments qui pourront agir sur lui en notre faveur.
D'Annunzio ? Il est possible de le manœuvrer.

Il faut donc continuer à soumettre l'opinion et le pouvoir à une douche écossaise de menaces et de démentis rassurants. »


Quant à l'indiscipline de certains fascistes, elle ne risque de devenir dangereuse qu'après la prise de pouvoir par Mussolini !

Il reste donc essentiellement à agir en direction des proches du roi. Mussolini s'y emploie en déclarant entre autres que « la couronne n'est pas un jeu, pourvu que la couronne ne veuille pas, elle, se mettre en jeu ! »
De plus, le ralliement d'une partie non négligeable de la noblesse (la reine mère affichait déjà sa sympathie pour le fascisme depuis longtemps) devient patent aux yeux de tous lorsque, le 28 septembre, à l'occasion d'une cérémonie à Merano, le duc d'Aoste, cousin du roi, passe en revue une formation de Chemises noires pendant que la musique militaire exécute l'hymne fasciste Giovinezza.

Derniers préparatifs

Le 18 octobre Balbo, de Bono et de Vecchi se rencontrent à Bordighera pour mettre au point l'ultime action qui doit les conduire au pouvoir : La marche sur Rome. La reine mère, Marguerite de Savoie, veuve du roi Humberto I, les invite à dîner et leur souhaite le succès pour leurs projets relatifs à la grandeur de la patrie.

Le 24 octobre, à Naples, au Congrès national du PNF, devant 40.000 Chemises noires, après avoir encore fait l'éloge de la monarchie et de l'armée, Mussolini abat ses cartes :

« Nous n'entendons pas vendre notre admirable droit d'aînesse idéal pour un misérable plat de lentilles ministériel. Le problème se présente et s'impose comme un problème de force. Nous voulons devenir l'Etat. Ou ils nous donnent le pouvoir ou nous le prenons en tombant sur Rome ! »

Puis il s'en retourne à Milan attendre la suite des événements.

Marche sur Rome

Le 27 octobre, 26.000 Chemises noires, protégées et ravitaillées par l'armée, se mettent en marche vers Rome. Les hommes sont répartis en trois colonnes :
-La première part de Civitavecchia ;
-La deuxième part de Monterotondo ;
-et la troisième part de Tivoli.

Remarque
Rome
plus moins

Il s'agit d'une marche très symbolique. On peut en juger par la proximité, par rapport à Rome, des trois villes de départ des colonnes (voir leur groupement sur la carte) ! La ville la plus éloignée est Civitavecchia : 63km.
On peut aussi en juger par les attitudes respectives du roi et de Mussolini (voir la suite du document).


Le 28, à Rome, le président du gouvernement, qui dispose d'une garnison forte de 28.000 hommes, prévoit de résister et de faire arrêter les chefs fascistes. Mais, devant le refus du roi, il démissionne.

Le souverain tente aussitôt de former un autre cabinet, n'y arrive pas, et se résout à accepter que Mussolini prenne la présidence du gouvernement.

Mais Mussolini n'a pas fait la marche sur Rome et se trouve à Milan lorsque le lendemain il est informé de la décision royale. Il exige alors que la demande lui soit adressée officiellement par télégramme. Ce dernier lui parvient dans l'après-midi et précise que Sa Majesté le roi lui demande de venir immédiatement à Rome pour que lui soit confiée la nouvelle formation d'un ministère.

Le 30 octobre le Duce arrive à Rome à 10h42. Une foule l'attend à sa descente du wagon-lit et l'acclame. Lorsqu'il se présente au château Quirinal, devant Victor Emmanuel III, il a échangé sa tenue bourgeoise de voyage contre une chemise noire et lui dit :

« Je demande pardon à Votre Majesté si je suis contraint de me présenter encore en chemise noire, signe de la bataille malheureusement sanglante qu'il a fallu livrer. Je porte à Votre Majesté l'Italie de Vittorio-Veneto et je suis le fidèle serviteur de Votre Majesté. »

L'entretien dure 3/4 d'heure et, le soir, à 19h, le gouvernement est déjà constitué : Mussolini cumule les fonctions de président du Conseil et de ministre de l'Intérieur et des Affaires étrangères. Les fascistes tiennent la Justice, les Finances, les Provinces libérées ainsi que neuf sous-secrétariats d'Etat. Les autres ministères importants (Marine, Instruction, etc.) sont attribués à des militaires, des nationalistes, des populaires et des libéraux. Cette répartition modérée, dans laquelle aucun des grands chefs fascistes (Balbo, Bianchi, Grandi et de Bono) ne reçoit de portefeuille permet de rassurer l'opinion publique et de rallier nombre de hauts fonctionnaires. Seul le comte Carlo Sforza, ex-ministre des Affaires étrangères, démissionne et s'exile.

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Le 31 octobre au matin Mussolini calme ses Chemises noires qui piétinent aux portes de Rome depuis 3 jours.
Pour leur donner l'illusion qu'elles ont remporté une grande victoire il fait organiser une parade devant le palais royal et, le soir même, alors que la foule crie « Viva l'Italia ! Viva il Duce ! », par trains spéciaux, il renvoie chaque « fascio » dans sa région d'origine. (Photo : parade du 31 octobre 1922 extraite du site espagnol : https://tuscienciassociales-teodosio.blogspot.fr/)


Mussolini vient de recevoir légalement le pouvoir. Il ne lui reste plus qu'à faire lentement glisser les institutions vers la dictature.

Le mouvement du Duce, encore quasiment inconnu trois ans auparavant, s'est imposé à bon nombre d'Italiens par la force, dans les urnes, et enfin à la royauté italienne.


Fin du document

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Conclusion

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Conclusion momentanée...

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Chronologiquement parlant, le premier différend ayant éloigné la France de l'Italie est diplomatique. Il est relatif au non-respect par la France des promesses faites à l'Italie lors de la signature du traité de Londres.

Le deuxième problème est plus philosophique que le précédent. Comment la France, chantre de la Liberté et de la République, pouvait-elle voir d'un bon œil un régime dictatorial s'établir à ses frontières du Sud-Est ? C'est cette prise de pouvoir fasciste musclée que nous avons voulu développer dans ce document afin de vous mettre dans l'ambiance du début des années 20.

Mais, direz-vous, dès 1923, le général Primo de Rivera, s'inspirant de Mussolini, instaure lui aussi une dictature aux portes de la France (en Espagne) ; pourtant la France n'a pas construit de ligne Maginot face à lui. Alors ?

Alors, contrairement aux rapports franco-espagnols, les rapports franco-italiens n'ont fait que se dégrader tout particulièrement à cause de l'expansionnisme voulu italien et de ses revendications territoriales difficilement compatibles avec la politique coloniale française.

Si l'on ajoute, à ces revendications, une susceptibilité extraordinaire des médias de l'époque tant italiens vis-à-vis de la France que français vis-à-vis de l'Italie, on aboutit à un mélange explosif que nous vous invitons à lire dans notre livre papier et numérique : « KAFF.1.1 La ligne Maginot face à l'Italie. Pourquoi ? » (Pub ci-dessous)

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Notre livre (2017) est coécrite par Evelyne, Bernard et Raymond Cima. Il est en deux parties :
Commentaires

Commentaires d'internautes

Bonjour, lu l'article sur Mussolini, tres bon. Cordialement. O. F
xBonjour Raymond,
les photos sont certes toujours intéressantes, mais le texte est généralement encore plus indispensable.
Toujours très intéressé à suivre le site.
Je viens de finir de lire un livre épuisé, trouvé chez Emmaus en Suisse, écrit en 1947 par Walter Stucki (un suisse allemand) qui était à la tête de la légation suisse auprès du gouvernement français à Vichy jusqu'à son retour en Suisse en septembre 1944 après avoir notamment négocié avec les représentants allemands que la ville et une autre soient abandonnées sans être défendues par les troupes allemandes, et que Pétain a voulu qu'il soit le témoin direct de sa déportation vers Belfort (avant Sigmaringen). On y lit, presque au jour par jour, les derniers mois de Vichy jusqu'à l'arrivée des FFI et le transfert du pouvoir au nouveau préfet avec toutes les rivalités. Il y a quelques photos d'archives, mais le texte est plus poignant et stimulant encore.
Amitiés, Roland M
www.toblerones.ch
www.fort.ch
Légende de la photo : Le chef des FFI remercie le ministre de Suisse, 27 août 1944.
Merci Raymond pour votre mail. Cordialement. Inge et Dieter W.
Très beau travail !!! A.L.
Bonjour
Avant de lire , déja merci beaucoup !
Rimplas et votre photo me fait rever à cette place où mon camping car dort à merveille, eau disponible et vue superbe en avant du tennis !
Au loin Tournefort et fort du pic Charvet et la chiuse si belle de Bauma Négra , alors votre message va bien préparer mon voyage de Septembre entre Briançon Claviéres Bardonnechia , Tournoux et Vinadio, Primavéra Col de tende et Authion sans oublier Peira Cava sans feux de forêts en pensant au Gal Estienne et ses chars !
Amitié
Denys

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E-R Cima, kaff.