../s3_ae.gif Ligne Maginot - Numérotage des équipages. Tous droits réservés © Cima 2013.
Ligne Maginot - Le numérotage, dans un ouvrage CORF. Evelyne et Raymond Cima.
Point de départ

Point de départ du dossier

Curieuse photo, n'est-ce pas ? Non pas à cause du fait que la lampe ait été déplacée par le personnel du Génie, mais à cause de ces marquages étranges rarement trouvés sur les murs d'une fortification CORF !


photos/roles.jpg Mur d'une casemate d'ouvrage CORF. Sur la droite de la photo on remarque la présence d'une barre métallique, support de l'un des deux lits installés en ce lieu.

Rappelons que le service devant être assuré 24h/24, les hommes «veillent» à tour de rôle. Rappelons aussi que, dans les ouvrages CORF, faute de place il y a moins de lits que d'hommes ; les lits sont dont occupés par roulement, par ceux qui ne sont pas de service. Ici, le lit supérieur est successivement occupé par trois hommes aux numéros respectifs : 4.101S, 4.112 et 4.103C.

Mais que cachent donc ces numéros ? Que signifient donc ces codes ? S'ils semblent sybillins pour certains, sans doute rappellent-il vaguement quelque chose aux initiés, entre autres... de la marine de guerre française.

Garnison, équipage

D'une «garnison» à un «équipage»

Avant la CORF

Avant la CORF, l'ensemble des personnels d'une fortification était appelé «garnison». Il était essentiellement composé de troupes banalisées auxquelles on adjoignait quelques spécialistes, techniciens de la fortification.

En effet, dans les ouvrages fortifiés d'avant 1914 on retrouvait les mêmes cuisines, chambres, latrines... que dans toute caserne ; aux postes de combat d'infanterie chacun venait avec son armement individuel, comme sur un banal champ de bataille. Seuls les artilleurs trouvaient sur place une partie de leur armement, souvent «classique» (canons de campagne), parfois plus «spécifique» à la fortification, surtout depuis les évolutions techniques de la fin du XIXème siècle et la mise en place de tourelles.

Comme on peut donc le concevoir, des troupes banalisées étaient largement suffisantes au bon fonctionnement des fortifications.

Révolution CORF

Dans les fortifications CORF, tout l'armement est en place, spécifique aux ouvrages ; les transports des matériels et munitions est mécanisé ; la ventilation anti-gaz de combat nécessite l'intervention constante de spécialistes, de même que l'autonomie en électricité ; même les latrines n'ont plus aucun rapport avec celles des cantonnements classiques !

La création des ouvrages CORF, techniquement si sophistiqués, nécessita donc une refonte idéologique totale de la notion même de «garnison».

Les personnels ne pouvaient plus être composés de troupes banalisées, sauf à la marge (secrétariat, comptabilité...). À chaque personne devait être assigné une fonction spécialisée précise comparable à celle en vigueur sur les navires de guerre où, depuis longtemps, il avait été jugé impératif de «fractionner» les équipages, de mettre en place des «quarts» et d'établir des «rôles».

Aussi, chaque ouvrage CORF devint-il de facto l'équivalent d'un bâtiment de guerre avec son «équipage» fractionné, ses «quarts» de services et les «rôles» allant avec. Le Titre VII de la notice relative au service dans les ouvrages précise d'ailleurs «Adaptation du décret sur le service dans les forces navales et à bord des bâtiments de la Marine militaire du 18 février 1928» !

Le numérotage

Le numérotage

Imaginez un ouvrage CORF dont l'effectif serait au complet, en nombre de personnel, mais dans lequel il n'y aurait aucun électromécanicien ! Absence d'électricité, de monte-charges pour les munitions... la fortification serait inutilisable. Son commandant a donc besoin de savoir, à tout instant, si tous les postes sont pourvus. à cet effet il dispose d'un «rôle de numérotage» (cahier, tableau...) dans lequel sont répertoriés tous les postes. Et en face de chacun d'eux doit correspondre le nom d'un homme.

Par esprit de normalisation, les postes sont repérés par des numéros.

L'avantage d'un système normalisé de numérotage est évident : la mutation d'un membre d'équipage, d'un ouvrage à un autre, ne génère aucun temps d'adaptation à de nouvelles normes ; les communications entre commandants d'ouvrages et État-majors (tout particulièrement pour demander l'affectation d'un spécialiste manquant) devraient être, ainsi, exemptes de toute erreur d'interprétation.

Exemples de numérotage

Prenons tout de suite un exemple concret, correspondant à la photo à l'origine de ce document. Trois hommes ; trois numéros : 4.101S ; 4.112 ; 4.103C

L'homme correspondant au numéro 4.101S est : L'homme correspondant au numéro 4.112 : Tant que nous y sommes, étudions l'homme correspondant au numéro 4.103C. Il est :
Repérer l'unité

Repérer l'unité, l'arme d'origine et le tour de service

Premier nombre du numéro

Il correspond à l'unité d'affectation :

Il est bien évident que, dans chaque indicatif, existent des subdivisions. Par exemple 90 correspond au personnel de commandement du service des chemins de fer ; 91 correspond au personnel de service du mouvement ; 92 au personnel du service de maintenance...

Petit exercice

Décryptez le numéro : 92.909S

Réponse : (Clic ICI ***) Il s'agit : (S) d'un sous-officier ; (92) du service de maintenance des chemins de fer ; (0) chef de son unité et, et... il nous manque effectivement encore quelques précisions, à propos des 9 de «909» !

Premier chiffre (chiffre des centaines) du deuxième nombre du numéro

Il correspond à l'arme d'origine

Dernier chiffre (chiffre des unités) du deuxième nombre du numéro

Ce chiffre correspond aux tours de service

Retour vers le petit exercice précédent

Nous disposons maintenant de toutes les informations pour décrypter le numéro : 92.909S

Réponse : (Clic ICI ***) Il s'agit : (S) d'un sous-officier ; (92) du service de maintenance des chemins de fer ; (0) chef de son unité ; (premier 9 du 909) appartenant au Génie, spécialiste des chemins de fer [il eut pût être 809, s'il avait été spécialiste électro-mécanicien affecté à la maintenance] et, enfin, (dernier 9 de 909) assurant le deuxième tour de garde, d'un service à deux tours.

Un dernier exercice, pour les opiniâtres

Décryptez le numéro : 4.753

Réponse : (Clic ICI ***) Il s'agit d'un simple soldat (ni S ni C) ; (4) affecté au bloc 4 ; (7) personnel du Génie, spécialiste dans les transmissions ; (5) de rang 5 après le chef d'unité, (3) dans le troisième quart d'un service à 4 tours.

Pourquoi ?

Pourquoi la photo du début de document est-elle peu courante ?

Les deux hypothèses les plus probables sont que :

Et, quoi qu'il en soit, nous avons ici, avec cette photo, un exemple concret (archéologique) de numérotage.

Pour en savoir plus...

Pour en savoir plus...
Etc.

Etc.

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