../s3_ae.gif Ligne Maginot - Numérotage des équipages dans un ouvrage CORF. Bernard_ Evelyne_Raymond_Cima ©2013-2018.

Ouvrages CORF.
Gestion de leurs équipages.
Le numérotage.

Point de départ

Point de départ du dossier

Voici un dossier prenant son origine dans une simple photo... mais une photo peu courante !

photos/roles.jpg

Curieuse photo, n'est-ce pas ? Non pas à cause du fait que la lampe ait été déplacée par le personnel du Génie_, mais à cause de ces marquages étranges rarement observés sur les murs d'une fortification CORF_ !

Sur la droite de la photo on remarque la présence d'une barre métallique, support de l'un des deux lits installés en ce lieu. Y aurait-il un rapport entre les marquages et les lits ?

Si ces marquages semblent sibyllins pour certains, sans doute rappellent-il vaguement quelque chose aux initiés, entre autres de... la marine de guerre française !


Garnison, équipage

D'une « garnison_ » à un « équipage_ »

Avant la CORF

Avant la CORF, l'ensemble des personnels d'une fortification constituait la « garnison_ » de la fortification. Cette dernière était essentiellement composée de troupes banalisées auxquelles on adjoignait quelques techniciens de la fortification et, après 1870, quelques artilleurs spécialistes des tourelles.

En effet, dans les ouvrages fortifiés d'avant 1914 on retrouvait les mêmes cuisines, chambres, latrines... que dans toute caserne. Aux postes de combat d'infanterie chacun venait avec son armement individuel, comme sur un banal champ de bataille. Seuls les artilleurs trouvaient sur place une partie de leur armement, souvent « classique » (canons de campagne), parfois plus « spécifique » à la fortification, surtout depuis les évolutions techniques de la fin du XIXème siècle et la mise en place de tourelles.

Comme on peut le constater, dans les garnisons, les troupes très spécialisées étaient donc largement minoritaires.

L'état-major de l'armée regarde du côté de la marine

Dans les fortifications CORF, tout l'armement est en place, spécifique aux ouvrages ; les transports des matériels et munitions est mécanisé ; la ventilation anti-gaz de combat nécessite l'intervention constante de spécialistes, de même que l'autonomie en électricité ; même les latrines n'ont plus aucun rapport avec celles des cantonnements classiques !

La création des ouvrages CORF, techniquement si sophistiqués, nécessita donc une refonte idéologique totale de la notion même de « garnison_ ».

Les personnels ne pouvaient plus être composés de troupes banalisées, sauf à la marge en termes d'effectif (secrétariat, comptabilité, personnel de santé, de cuisine...). À chaque personne devait être assignée une fonction spécialisée précise comparable à celle en vigueur sur les navires de guerre où, depuis longtemps, il avait été jugé impératif de « fractionner » les équipages et de « numéroter » leurs membres.

Aussi, chaque ouvrage CORF devint-il de facto l'équivalent d'un bâtiment de guerre avec son « équipage_fractionné » et ses hommes « numérotés ».
D'ailleurs, dans son instruction du 7 octobre 1937 relative au service dans les ouvrages CORF, le Ministère de la Guerre précise-t-il bien : « Adaptation du décret sur le service dans les forces navales et à bord des bâtiments de la Marine militaire du 18 février 1928 » !


Fractionnement, rôles et numérotage

Franctionnement, rôles et numérotage

Merci Monsieur Maurice_Teller

attente/instruction_couverture2.gif

Il y a maintenant fort longtemps (en 1986), lorsque nous avons entrepris la réalisation d'une plaquette sur l'ouvrage du Barbonnet_ (SFAM), M Maurice_Teller, à l'époque Président de la fédération nationale des anciens combattants de l'Armée_des_Alpes 1939-45 (et décédé depuis lors), nous avait donné une copie du document de 1937 : « Instruction provisoire sur les services dans les ouvrages des Secteurs Fortifiés ».

C'est en nous référant à cette instruction que nous avons rédigé la suite de ce dossier.


Fractionnement_

Rien de très nouveau ici, par rapport au fractionnement à tous les niveaux des armées.
Par mesure d'efficacité, tout particulièrement en temps de guerre, l'équipage est fractionné (segmenté, découpé) en unités de combat et unités techniques, chaque unité étant elle-même fractionnée en tours de services.
Le fractionnement permet aussi de définir le ruissellement du commandement, en cascade ou en parallèle, dans l'ouvrage : qui commande directement à qui, et en quelles circonstances.

Rôles_

Rien de très nouveau ici aussi.
Un rôle est un document (cahier, tableau...) sur lequel sont notés des noms de personnes ou de fonctions. Le mot « rôle » est dérivé de « rouleau » car, jadis, on utilisait des rouleaux de papier au lieu de cahiers. « Rôle » a aussi donné le verbe « enrôler », c'est-à-dire engager quelqu'un dans l'armée en inscrivant son nom sur un rôle.

L'instruction ministérielle de 1937 demande à chaque commandant d'ouvrage d'établir, ou de faire établir, une grande quantité de rôles : rôle de couchage, rôle de défense contre les gaz, rôle d'incendie, rôle de veille, etc. Et, enfin, rôle de numérotage, qui nous intéresse tout particulièrement dans ce dossier.

Rôle_de_numérotage

Imaginez un ouvrage CORF dont l'effectif serait au complet, en nombre de personnel, mais dans lequel il n'y aurait aucun électromécanicien ! Cet état de fait entraînerait une absence d'électricité, de ventilation, de monte-charges pour les munitions... la fortification serait alors quasi-inutilisable.
Son commandant a donc besoin de savoir, à tout instant, si tous les postes sont pourvus.
À cet effet il dispose d'un « rôle_de_numérotage » dans lequel sont répertoriés tous les postes. Et en face de chacun d'eux doit correspondre le nom d'un homme.
Nous y reviendrons plus en détail lorsque nous aurons précisé en quoi consiste le numérotage.

Petit rappel indispensable sur les tours de service, avant d'en venir au numérotage

Comme il n'est pas envisageable que chaque homme soit à son poste de service 24h/24, il faut bien que lui soient accordés des temps de repos.
L'homme est alors remplacé à intervalles réguliers de temps, ce qui nécessite la mise en place de tours de service.

Numérotage

Le plus simple, avant d'entrer dans les détails, est de prendre un exemple concret : celui figurant sur le haut de la photo du début de dossier.

Trois numéros : 4.101S ; 4.112 ; 4.103C. Ils correspondent à trois postes (et trois hommes) indispensables au bon fonctionnement de l'ouvrage.
L'interprétation des numéros est à faire en lisant de gauche à droite.

Avantage d'un système normalisé

L'avantage d'un tel système de numérotage est évident. Il est visuellement concis et parlant. La mutation d'un membre d'équipage, ou d'un officier, d'un ouvrage à un autre, ne génère chez ce dernier aucun temps d'adaptation à de nouvelles normes, que l'ouvrage d'affectation soit plus petit ou plus grand que celui d'origine, qu'il comporte uniquement des armes d'infanteries ou soit mixte.
De plus, les communications entre commandants d'ouvrages et états-majors, tout particulièrement pour demander l'affectation d'un spécialiste manquant, devraient être, ainsi, exemptes de toute erreur d'interprétations.


Absence de numérotage pour les officiers

Absence de numérotage pour les officiers

Les officiers et sous-officiers faisant fonction d'officiers, au nombre relativement restreint dans les ouvrages CORF, ne sont pas concernés par le numérotage et lorsqu'on veut par exemple identifier leur lit dans un dortoir, une pancarte fixée au lit indique : « Officier ».


Compléments d'informations sur le numérotage

Compléments d'informations sur le numérotage

Le numéro déjà pris en exemple (4.103C) est constitué de deux nombres séparés par un point (4 et 103) et de la lettre C.

Premier nombre du numéro

Il est bien évident qu'à l'intérieur de chaque groupe d'indicatifs, existent des subdivisions. Par exemple 90 correspond au personnel de commandement du service des chemins de fer ; 91 correspond au personnel de service du mouvement des trains ; 92 au personnel du service de maintenance des trains...

Premier chiffre (chiffre des centaines) du deuxième nombre du numéro

Deuxième chiffre (chiffre des dizaines) du deuxième nombre du numéro

Dernier chiffre (chiffre des unités) du deuxième nombre du numéro

Lettre de fin de numéro

Elle désigne le grade de l'homme. Deux lettres sont utilisables : S pour sous-officiers et C pour caporaux-chefs et caporaux.
Les autres (les sans-grade) n'ont pas de lettre affectée, et les officiers ne sont pas concernés par le numérotage.


Retour sur le rôle de numérotage

Retour sur le « rôle de numérotage »

Dans le rôle de numérotage, tous les postes de l'ouvrage sont répertoriés sous forme de tableaux en fonction des locaux et des tours de services. On a donc quatre tableaux : un tableau pour tous les locaux où le service est effectué par quart, un tableau... et, enfin, un tableau pour tous les locaux où le service est sans remplaçant (comptabilité...).

Chaque poste est numéroté avec la norme que nous venons de voir et, en face de chaque numéro, est inscrit le nom de la personne physique lui correspondant. Les noms sont notés au crayon car ils sont susceptibles de changer au cours du temps, contrairement aux postes qui, eux, sont pérennes.

Exemple : voici une ligne du rôle de numérotage

Nous n'avons représenté qu'une seule des lignes du tableau relatif au service par quart. Cette ligne correspond à un petit bloc d'infanterie.

Précisions sur le code couleurs du rôle

À quoi correspondent donc ces points de couleur : rouge, vert et... gris ?

En période de tension internationale, l'ouvrage est occupé mais son effectif est restreint et les postes sont assurés par des militaires d'active, que l'on appelle « échelon a » et qui sont repérés par des points de couleur rouge.

Lorsque la tension internationale se crispe, le rappel des réservistes frontaliers (voisins de l'ouvrage) permet en une journée de servir l'ensemble de l'armement. Les réservistes frontaliers constituent « l'échelon b1 ». Ils sont repérés par des points de couleur verte.

Puis sont rappelés les réservistes non-frontaliers « échelon b2 » qui, en trois jours, complètent l'effectifs de guerre. Ces derniers sont repérés par des points gris ou noirs sur le rôle. Ils sont affectés en général sur un poste non-urgent à pourvoir tel, par exemple, un poste dans les cuisines, ou chez les sapeurs-mineurs...


Photo peu courante. Pourquoi ?

En quoi la photo du début de dossier est-elle peu courante ?

photos/roles.jpg

Creuser des galeries coûtant cher et le service étant par roulement, les lits, pour la plupart, servent à coucher plusieurs occupants successifs.

Par exemple, le lit du haut de la photo, dont on devine l'amorce d'un support, reçoit successivement les trois occupants dont les numéros sont inscrits sur le mur.
Il est à remarquer que ces occupants ne peuvent pas être du même quart (sauf à dormir les uns sur les autres) et donc que leurs numéros ne se terminent pas par le même chiffre.

Qu'y a-t-il de peu courant au sujet de cette photo ?

La notice d'instructions de 1937 spécifie clairement que « les occupants successifs seront inscrits sur une pancarte fixée au lit ». Peu d'ouvrages doivent avoir eu leurs pancartes de lits remplacées par un affichage mural au pochoir !

Il y a plusieurs dizaines d'années, j'ai eu un entretien avec le commandant en 1940 de cet ouvrage. Il ne se souvenait plus du pourquoi il avait enfreint la règle et autorisé ce type de marquage sur le mur.
Par contre, à propos des peintures et des finitions menées à bien, il m'a dit que l'ouvrage était très loin d'être terminé lorsqu'il avait reçu son commandement mais que, par la suite, il avait considéré le travail restant à faire comme étant une chance pour lui et son équipage. En effet, tout le monde avait ainsi participé avec entrain à de multiples travaux en tous genres, dans et hors de l'ouvrage, évitant donc l'inactivité démoralisante en dehors de la « routine militaire ».

Pour en revenir à la photo, nous avons sans doute ici un exemple concret et quasi-archéologique de numérotage.


.
Kiosque

Espace détente

Kiosque

.

.
.
.
.
.
.
.
Retour à la page d'accueil
E-R Cima, kaff.