../s3_ae.gif Retour à Menton_
Dossier réalisé par E_R_Cima, à partir essentiellement du témoignage de Mme Andrée_Fornari, jeune fille en 1940-44, du service Archives-Documentation de la Ville de Menton ainsi que de la Bundesarchiv (Allemagne) que nous remercions vivement. E_R_Cima ©2020.

Guerre de 1939-1945.
1943. Retour à Menton_
Témoignage de Mademoiselle Andrée_Fornari, évacuée en 1940.

Introduction

Introduction

Présentation

Mademoiselle Andrée_Fornari est née le 19 avril 1924. Nous avons recueilli son témoignage en juillet et août 2018, à Menton_, dans la maison de retraite où elle sejournait alors et où elle est malheureusement décédée trois mois plus tard.

L'histoire qu'elle nous a relatée concerne essentiellement son retour, en 1943, dans la ville de Menton_ qu'elle avait dû évacuer en urgence, début juin 1940. Elle avait alors 16 ans et habitait avec ses parents.

Remarque importante

Comme vous allez le constater, pour la compréhension de ce témoignage nous avons jugé indispensable de replonger ce dernier dans son contexte historique de la guerre, contexte plein de rebondissements et, sans doute, un peu long à développer.
Les interventions de mademoiselle Andrée_Fornari seront alors parfois très succinctes, voire inexistantes, car le sujet qui l'intéressait au premier chef était relatif à sa rencontre, à 20 ans, avec des soldats américains venus libérer sa ville.

Charte graphique pour ce dossier.
Ceci est la typographie utilisée pour identifier les propos de mademoiselle Andrée_Fornari dans la suite de ce document.

Évacuation de Menton

Juin 1940. Évacuation de Menton, dans la précipitation.

Menton_
Pyrénées
Orientales

Fin mai 1940. Alors que les Allemands sont en train d'infliger à la France l'une des plus importantes défaites de son histoire, l'Italie, jusque-là hors du conflit armé, s'apprête à entrer en ligne aux côtés de l'Allemagne.

Le 26 mai, les signes plus qu'avant-coureurs de cette attitude décident le général Olry, commandant l'armée des Alpes, à adresser une note au préfet des Alpes_Maritimes. Dans cette note il lui fait connaître sa décision : à réception de l'ordre « Exécutez Mandrin » le préfet devra, entre autres, immédiatement faire évacuer les civils de Menton_, cette ville située entre la position de résistance de la ligne Maginot et la frontière franco-italienne.

En mai 1940, on nous a demandé de préparer notre évacuation de Menton_. En prévision, mes parents avaient déjà fait un tri des affaires importantes à emporter avec nous, pour le cas où... en remplissant valises et malles utiles.
Puis, l'évacuation étant remise à une date indéterminée, nous avions presque repris nos habitudes quotidiennes.

Mais, le 3 juin 1940, sans nous laisser le temps de nous retourner, les autorités nous ont imposé une évacuation précipitée en car. Nous n'avions le droit d'emporter qu'un baluchon par personne et 4 jours de nourriture. Nous avons donc dû tout laisser derrière nous, à la Touquignousa (Clic=précisions) « Touquignousa » signifie « la taquine » en mentonnais.
Cette villa familiale est située sur un terrain en escaliers, à 2km du centre de Menton_, en bordure de la route de Castellar, conduisant au village de... Castellar_.
De l'autre côté de la route, un terrain lui aussi familial, surplombe la villa. Il est complanté d'oliviers et appelé, à ce titre et par sa famille : « Les oliviers ». Sur ce terrain, en 1944, stationneront quelques militaires américains (du Canada et des Etats-Unis), comme nous le verrons plus loin.
Si, pour la compréhension du témoignage, vous souhaitez bien situer géographiquement la Touquignousa, son adresse est : 115 route de Castellar 06500 Menton.
: animaux, meubles, vaisselle, linge de maison... Destination : à quelques dizaines de kilomètres tout au plus, dans l'Ouest du département [des Alpes_Maritimes], du moins se disait-on car, quelques jours plus tard, nous nous sommes retrouvés dans le département des Pyrénées_Orientales.

D'après Jean_Louis_Panicacci, historien et maître de conférence à l'université de Nice_, pour la circonstance l'administration avait mobilisé 200 cars, 130 camions et plusieurs trains pour évacuer les premiers mentonnais dans la nuit du 3 au 4 juin, puis les derniers dans la nuit suivante.
Les mentonnais (15700 personnes) sont alors tous dirigés après Nice_ vers Antibes et Cannes.
Puis, le 7 juin, ils sont emmenés dans les Pyrénées_orientales, où ils sont répartis dans 83 communes, aux alentours de la ville de Prades où un immeuble devient la « mairie de Menton_».


Retour, ou presque...

Octobre 1940. Retour des réfugiés, mais... PAS tous jusqu'à Menton

Photo : signature de l'armistice entre la France (représentée par le général Charles_Huntziger) et l'Italie (représentée par le maréchal Pietro_Badoglio), le 24 juin 1940 à Olgiata (près de Rome).

Photo dont nous n'avons pas pu déterminer l'auteur.


Menton annexée par l'Italie

Après la défaite française et les armistices de juin 1940 qui s'en suivent, avec l'Allemagne (22 juin 1940) et l'Italie (24 juin 1940), la France est divisée en plusieurs zones. Certaines sont annexées par l'Allemagne, d'autres sont sous contrôle strict allemand et le reste est, grosso modo, divisé en deux grandes zones officiellement administrées toutes deux par le « gouvernement français de Vichy ». Mais la partie Nord, « zone occupée » par les Allemands, est sous le contrôle de ces derniers ; la partie Sud, « zone libre », ne l'est pas.

En juin 1940, malgré la résistance de l'Armée des Alpes demeurée invaincue face à l'Italie, ce dernier pays occupe quelques bribes frontalières et, surtout, annexe la ville de Menton_ et en italianise tout : l'administration, la justice, la langue, l'enseignement, la monnaie, les rues, le chemin de fer...

Octobre 1940

À partir d'octobre, la plupart des mentonnais réfugiés dans les Pyrénées_Orientales retournent vers Menton_ Mais... à quelque chose près, ceux ne faisant pas allégeance à l'Italie et aux contraintes qui leur sont imposées par la « Commissione Italiana d'Armistizio con la Francia » [Commission Italienne d'Armistice avec la France], restent réfugiés en zone libre et leurs biens sont distribués à des italiens.
C'est ainsi qu'Andrée_Fornari part des Pyrénées_Orientale mais ne rentre pas chez elle !

Les Italiens ne nous ont pas permis de retourner chez nous et nous avons dû nous arrêter dans le département du Var. Plus tard, nous avons su que notre villa Touquignousa avait été donnée à des italiens !


1942. Les Italiens occupent tout le Sud-Est

1942. Les Italiens occupent tout le Sud-Est de la France.

8 Novembre 1942. Opération Torch sur l'Afrique du Nord.

Le 8 novembre 1942. Opération Torch : des troupes américaines débarquent au Maroc et des troupes anglo-américaines débarquent en Algérie.
Si, en Algérie, la prise d'Alger est rapidement menée, celle d'Oran se heurte à une résistance importante des troupes françaises de Vichy. Il en va de même au Maroc.
Quoi qu'il en soit, quelques jours après les débarquements, le 10 novembre, les troupes françaises de Vichy signaient un cesser le feu avec les anglo-américains.
Quant à la Tunisie, troisième pays d'Afrique du Nord lui aussi lié à la France de Vichy et sous protectorat, elle allait passer sans incidents sous contrôle Allemand et Italien suite à l'opération Anton. Anton ?

10 Novembre 1942. Opération Anton sur la « zone libre ».

Sur ordre d'Hitler, en réplique à l'opération anglo-américaine sur l'Afrique du Nord, et pour s'en « protéger », les Allemands et les Italiens lancent alors l'opération Anton dont l'objectif est d'occuper, en France, l'ensemble de la « zone libre ».
Dans le contexte de cette action, l'opération_Lila, sur Toulon, consiste à s'emparer de la flotte de guerre du gouvernement de Vichy.
Mais, le 27 novembre, à l'arrivée des Allemands, l'amiral Jean_de_Laborde ordonne le sabordage de la flotte.

Voici quelques photos de la Bundesarchiv au sujet du sabordage ayant entrainé, ce jour-là, la perte de 58 vaisseaux de Vichy.

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Photo du 27 novembre 1942. Toulon. Sabordage du croiseur Colbert.
Photo Bundesarchiv. © Clic.Photographe : Vennemann, Wolfgang.
Titre : Au Sud de la France, Toulon. - "Opération Lila". - Navire de guerre français en feu dans le port (croiseur lourd "Colbert").
Reproduction et diffusion interdites sans accord de la Bundesarchiv.


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Photo du 27 novembre 1942. Toulon. Sabordage de destroyers.
Photo Bundesarchiv. © Clic.Photographe : Vennemann, Wolfgang.
Titre : Au Sud de la France, Toulon. - "Opération Lila". - Navires de guerre français (destroyers) auto-coulés dans le port.
Reproduction et diffusion interdites sans accord de la Bundesarchiv.

Panorama spectaculaire !
Raymond_Cima : remarque personnelle. « en 1950, j'avais 7 ans et mes parents, pour me récompenser d'avoir été « sage » pendant le trajet depuis Nice, m'ont emmené en petit bateau de tourisme, voguer dans la rade de Toulon. Il restait encore, à l'époque, quelques bâtiments coulés dont seules les cheminées étaient à fleur d'eau et très près desquelles on pouvait naviguer. Devant ce spectacle... qui m'a fait peur, j'ai regretté d'avoir été « sage » en auto ! »


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Photo du 27 novembre 1942. Toulon. Sabordage de destroyers. Au premier plan, un soldat allemand contemple le spectacle.
Photo Bundesarchiv. © Clic.Photographe : Vennemann, Wolfgang.
Titre : Au Sud de la France, Toulon. - "Opération Lila". - Navires de guerre français (destroyers) auto-coulés dans le port.
Reproduction et diffusion interdites sans accord de la Bundesarchiv.


Pour la situation d'Andrée_Fornari...

En résumé, le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord (au Maroc et en Algérie) eut pour conséquence, en France métropolitaine, que les Allemands et les Italiens, « pour protéger le régime de Vichy » contre une éventuelle agression anglo-américaine, occupèrent aussitôt la « zone libre » et se la partagèrent : Sud-Ouest aux Allemands et Sud-Est aux Italiens.
Mais, pour Andrée_Fornari... cette situation ne changea rien car le statut de Menton_, annexée en 1940 par l'Italie, ne fut pas modifié pour autant. La ville resta annexée à l'Italie. De son côté, Andrée_Fornari était réfugiée et resta réfugiée !


Septembre 1943. Première libération de Menton_

8 septembre 1943. Première libération de Menton_

« Problèmes » militaires et politiques en Italie

Après le débarquement anglo-américain de 1942 en Afrique du Nord, les troupes des Alliés auxquelles se sont jointes celles de la France_libre (dissidentes par rapport au gouvernement de Vichy), ont refoulé les troupes italiennes et allemandes vers l'Italie du Sud. Puis, début juillet 1943, elles sont elles-mêmes passées en Italie du Sud (Sicile).

Fin juillet 1943, le « Grand Conseil du Fascisme » (organe le plus important du pouvoir fasciste) constate que, militairement parlant, les Italiens sont en train de perdre la guerre. Il vote alors la remise du pouvoir du Duce entre les mains du roi d'Italie. Le roi l'accepte, fait arrêter Mussolini et nomme à sa place, comme chef du gouvernement, le maréchal Badoglio. On entre alors, en Italie, dans une période de pleine confusion assimilable aux prémices d'une guerre civile entre les tenants de la légalité, c'est à dire de la fidélité au roi d'Italie, et les tenants du fascisme, derrière Mussolini.

Le maréchal Badoglio_ entame aussitôt des pourparlers avec les Alliés afin de cesser les hostilités contre eux. L'armistice est secrètement signé le 3 septembre 1943, dans la ville de Cassibile_ (en Sicile), puis rendu effectif le 8 septembre 1943. Les troupes italiennes, fidèles au nouveau gouvernement, quittent aussitôt le Sud-Est de la France, Menton_ comprise. D'autres troupes italiennes passent sous commandement allemand.

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Photo septembre 1943. Soldats allemands (mal visibles, en bas à droite de la photo) sur la route nationale italienne n°1 (SS1), donc côté Italie, juste après la frontière. Les Alpini, un peu rapidement « poussés » par les Allemands pour quitter Menton_ (à gauche de la photo), ont fait sauter la route derrière eux, le 10 septembre 1943.
Photo Bundesarchiv. © Clic.Photographe : Jesse.
Titre : Italie, Mentone / France, Menton.- Soldats allemands sur la SS1 (Italie) Via Aurelia détruite. PK Assistant de guerre Groupe D.
Reproduction et diffusion interdites sans accord de la Bundesarchiv.


Andrée_Fornari retourne enfin dans sa maison !

Les Allemands ont alors immédiatement remplacé les Italiens en France. Du coup Menton_, qui avait été annexée par les Italiens en 1940, est redevenue française à part entière et est passée au gouvernement de Vichy. [NDLR : sous contrôle, bien sûr, des armées d'occupation allemandes.]

Aussi, nous avons alors pu revenir habiter chez nous, à la villa Touquignousa.
Nous avons retrouvé notre villa totalement pillée et saccagée. Vaisselle disparue ou cassée ; même celle de prix que mon père avait soigneusement cachée dans le pigeonnier, situé au-dessus de la maison et inutilisé. Les quelques rares meubles qui restaient étaient en mauvais état.

En ce qui concernait l’eau, je pense qu’elle n’avait pas été coupée. De toute façon, si elle l'avait été, nous avions une source dans le terrain des « oliviers » surplombant notre villa, de l'autre côté de la route.

Par contre, je me souviens qu'il n’y avait plus d'électricité, mais ce ne fut que très momentané car les Allemands en arrivant, ou les Italiens en partant, n'avaient certainement que coupé le courant dans la ville sans faire de dégât aux installations. L'électricité fut rétablie très rapidement.
Quoi qu'il en soit, le premier soir où nous avons réintégré notre villa, nous avons mangé sur une caisse en bois avec, pour tout éclairage, une bougie. Mais… nous étions chez nous !

Au début de cette période, mes parents ont tenté d’élever des cochons d’Inde pour les manger mais… ils ont très vite arrêté car on avait l’impression de manger des rats au goût horrible ; c’était loin d’être appétissant.

Mon père a, petit à petit, tout remis en ordre de marche. Il a cultivé notre jardin et réaménagé le poulailler et le lapinier, ce qui fait qu’au bout de quelques semaines de dur travail et l'aide des services de la Préfecture qui distribuait un peu de nourriture, nous ne pouvions plus nous plaindre de la faim, sauf au sujet du pain, toujours rare.


Occupation allemande

Septembre 1943- Septembre 1944. Menton_ sous l'occupation allemande.

Nous n'avons pratiquement jamais eu affaire aux soldats Allemands. Certains d'entre eux logeaient à la « villa_rouge ». [NDLR : grande villa peinte en rouge, à l'origine propriété d'Anglais fortunés, située à 200m après la Touquignousa en venant de Menton_].

On les voyait donc passer devant notre portail, mais ils étaient la plupart du temps en voiture et lorsqu'ils étaient à pieds ou à vélo, ils nous saluaient en passant.

Une fois, une de leurs voitures était en panne, juste devant notre portail. Je suis allée voir ce qui se passait. L’un de ses occupants est sorti et m’a proposé du pain. Comme j’ai refusé, j'ai eu peur de l'avoir froissé mais, si c'était le cas, il n'a rien laissé paraître et est remonté dans l'auto.

Des hurlements !

De temps à autres, la nuit, j’entendais des hurlements provenant de la « villa_rouge ». Je suis allée dire à la police qu’ils devaient torturer des gens dans cette villa mais personne ne m’a cru, ou on a fait semblant de ne pas me croire ; cependant, même à l’heure actuelle, je reste persuadée qu’il se passait parfois des choses étranges et inavouables dans cette villa !

Enfin du travail !

Comme l'Administration française était de retour à Menton_, tous les services français étaient à réorganiser et à pourvoir. Mon père et moi avons alors trouvé du travail au commissariat de police.

Moi, je m'occupais du rationnement de la population et de la distribution de nourriture. Mon père, lui, avait une très belle écriture aussi avait-il été employé comme civil au secrétariat du commissariat. Il était chargé, entre autres, des cartes d’identité.

Zone Réservée Alpestre

En février 1944, les Allemands inquiétés par l'avancée des Alliés par le Sud de l'Italie ainsi que par un éventuel débarquement Allié dans le Sud de la France, décrètent le littoral de la Côte d'Azur « Zone Réservée Alpestre ». A ce titre, ils y renforcent la sécurité ainsi que leurs positions. Et pour ces raisons, de nombreux mentonnais, vivant en bordure de mer, sont alors de nouveau déplacés.
Ce ne fut pas le cas pour Andrée_Fornari habitant sur les hauteurs de Menton_.

La Gestapo

En juillet 1944, la Gestapo a tout à coup fait irruption dans le commissariat. Les allemands sont allés dans le bureau du commissaire Harang_, l’ont arrêté et sont aussitôt repartis. Moi je n’y étais pas.

Plus tard, la Gestapo est venue à la Touquignousa. Ses hommes nous ont dit qu'ils cherchaient des renseignements au sujet des italiens qui avaient occupé notre villa pendant tout le temps que nous étions réfugiés.
Heureusement mon père était dans le jardin et ne les a pas vus. Autrement, en tant que salarié du commissariat et vue l'arrestation récente du commissaire, il aurait été très inquiet en les voyant arriver chez nous.
Comme ma mère et moi ne savions rien sur ces italiens, à part qu’ils avaient laissé notre villa dans un triste état, ils sont vite repartis.

Le commissaire a été fusillé quelques temps après. Les Allemands lui reprochaient son intelligence avec l'ennemi et les fausses cartes d'identité qu'il aurait fourni à certains, mais, personnellement, je n'ai jamais rien su à ce sujet.

15 août 1944. Débarquement Allié en Provence (opération Dragoon).

L'opération Dragoon (débarquement Allié en Provence, le 15 août 1944), moins médiatisée que l'opération Neptune (débarquement Allié en Normandie, le 6 juin 1944), ouvre un 4ème front européen face aux armées allemandes (1er en Russie, 2ème en Italie, 3ème en Normandie, 4ème en Provence).

En représailles, à Nice, la Gestapo fusille plusieurs otages, dont le commissaire Harang.

Plaque commémorative à Menton_ : « à la mémoire de Victor HARANG commissaire central de Menton mort au champ d'honneur. Fusillé par les Allemands le 15 août 1944. La Patrie reconnaissante. »

Sur le site Internet http://maitron-fusilles-40-44.univ-paris1.fr/spip.php?article177207 il est noté : « Policier à Nice sous l’occupation italienne, il fournissait de fausses cartes d’identité et aidait à se cacher les israélites et les patriotes traqués par la Gestapo. Il devint commissaire central de Menton en 1943 [...]. Il fut arrêté par la Gestapo le 7 juillet 1944 [...]. À l’annonce du débarquement en Provence le 15 août 1944, la Gestapo niçoise sélectionna 23 otages dont Victor Harang, pour être exécutés en représailles. »


Septembre 1944. Deuxième libération de Menton_

6 Septembre 1944. Deuxième libération de Menton_

Fin août 1944. La population de Menton_ vit dans l'inquiétude

Les armée alliées, débarquées en Provence, ont pour mission première de foncer vers le Nord (Lyon), afin de ralentir les éventuels renforts Allemands envoyés en Normandie. C'est ce qu'elles font.
En même temps, pour protéger leur flanc droit, de petites Unités progressent vers la frontière italienne, se heurtant à une résistance Allemande non négligeable.

Dans ce contexte, les Allemands et les milices fascistes se vengent parfois sur les civils. Le quotidien du Sud-Est « Combat » (que nous avons consulté au service des archives de la ville de Menton_), publie par exemple dans son édition du 12 septembre : « Menton aura lourdement payé sa libération (...) Le 29 août, vers 18 heures, (...) la Maison Taglioni était attaquée. Résultat : cinq hommes massacrés littéralement à coup de crosses, de talons et de mitraillettes [par les Allemands]. (...) Le soir même, les miliciens fascistes [celles non fidèles au roi d'Italie] (...) fusillaient à bout portant le «chef» Deparday alors qu'il venait très paisiblement de surveiller ses lapins et ses poules.
Pendant plusieurs jours Menton vécut d'ailleurs dans la plus intense terreur. (...)
».

Le 6 septembre 1944 - Les allemands quittent Menton_

Devant l'avancée des troupes alliées, les Allemands préfèrent quitter les zones côtières étroites et difficiles à défendre. Ils se réfugient à l'Est, derrière la frontière italienne, et au Nord, dans les montagnes environnantes du mentonnais.

Les Allemands sont partis tard le soir. Mon père était près du portail de la Touquignousa et il a vu passer le dernier Allemand qui descendait rapidement vers Menton_, à bicyclette. Il nous a dit, juste après : « je me suis demandé ce qu’il faisait seul à descendre aussi vite. Puis j’ai aussitôt entendu une énorme explosion ».

Il y eut ensuite une grêle de petits cailloux autour de lui. Le pont du Baousset_, situé à 100m après notre villa, venait de sauter, coupant la route conduisant à Castellar.

Une grosse pierre a traversé le toit, au niveau de ma chambre où j’étais couchée, avec ma cousine Monique. La pierre a failli nous tomber dessus. Lorsqu’elle a traversé le plafond elle a fait un gros trou et de nombreux gravats. La moustiquaire que j’avais au-dessus du lit a évité que je ne reçoive les gravats.

En partant, les Allemands ont aussi détruit le bloc 3 de l'ouvrage du Cap_Martin (ligne Maginot) dont les obusiers de 75/29 étaient orientés vers la montagne, une de leurs destinations de repli.
Photo Jean_Jacques_Moulins. © Clic.Reproduction et diffusion interdites sans accord du photographe.


Après le départ des Allemands, nous avons eu une importante coupure d'eau et d'électricité.

Le journal « Combat » écrit, à ce sujet, que l'électricité a été rétablie le samedi 9 au matin et que l'eau ne l'a été que le 12 !

Un pont provisoire remplace celui du Baousset

Le pont de pierre du Baousset_, qui a sauté près de la Touquignousa le 6 septembre 1944, est remplacé quelques semaines plus tard, par un pont provisoire de bois.

Sur cette photo © ClicReproduction et diffusion interdites sans accord des ayant-droit d'Andrée_Fornari., Mlle Andrée_Fornari et sur ce pont provisoire. À ses côtés un homme, dont elle ne se souvient plus du prénom, pose, un panier à provisions bien garni en main. Il fait partie de l'Unité à l'origine de la construction de ce pont provisoire.

Mais de quelle Unité s'agit-il ? Une célèbre Unité de commandos, comme nous allons le voir.


La « Brigade du Diable » entre dans Menton_

Le 8 septembre 1944, la « Brigade du Diable » entre dans Menton_

Un matin, au réveil, en sortant de chez nous, nous nous sommes trouvés face à une troupe d’américains et de canadiens, à pieds. Ils montaient de Menton_ lentement et avec précaution, passant en file indienne devant notre villa en rasant le grand mur de soutènement des « oliviers ».

La « First Special Service Force » (FSSF), surnommée « Brigade du Diable » ou « Devil's Brigade », venait d'entrer dans Menton_

Quelques mots sur cette FSSF

Photo : insigne de la « Brigade du Diable ».

C'est une unité de forces spéciales américano-canadiennes intégrée à l'armée de terre des États-Unis. Ses commandos devaient être parachutés sur des objectifs arrière de l'ennemi ou devaient attaquer leurs fortifications entre autres en montagne.

Créée en juillet 1942, après un entrainement exceptionnel elle était opérationnelle un an plus tard.
-En août 1943 elle était envoyée dans le Pacifique.
-Entre décembre et juin 1944 elle combattait en Italie où elle a été l'une des premières Unités à entrer dans Rome.
-Le 14 août 1944 elle débarquait sur les îles d'Hyères où elle neutralisait les cinq forts de la défense côtière allemande, zone redoutable du débarquement en Provence.
-Le 8 septembre 1944 elle entrait à Menton_ et y restait jusqu'à sa dissolution le 5 décembre 1944.

La FSSF a reçu la Croix de Guerre française, pour son héroïsme. Dans les années 1950 son souvenir fut à l’origine de la création des Forces spéciales américaines, et en 2013, le Congrès des États-Unis adopta un projet de loi afin de lui attribuer la médaille d'or du Congrès.
Clic : info+ sur la FSSFPour avoir plus d'informations sur la FSSF, on peut consulter par exemple le site Wikipedia.
Nous vous conseillons celui en anglais, énormément plus documenté que celui en français.
En anglais. | En français.


Plaque commémorative à Menton_. « In Memoriam. La "First Special Service Force" américano-canadienne libéra Menton le 8 septembre 1944, précédant trois mois de difficiles combats à la frontière franco-italienne pour soutenir le flanc droit des armées Alliées. Au cours de ces opérations pour la libération du Sud de la France 66 soldats furent tués et plus de 200 gravement blessés. Ce mémorial leur est dédié en témoignage de reconnaissance et pour ne pas les oublier. »


Relations avec la FSSF

Andrée_Fornari et les hommes de la FSSF

Quelques jours plus tard, j’étais avec certains des Américains qui campaient dans « les oliviers », lorsque ma mère m'appelle, affolée. Je suis alors vite descendue. Elle était avec un Américain et, en pleurs, elle me dit qu’on allait nous évacuer de nouveau pour miner notre campagne.

Je dis alors à l’Américain (j'ai su plus tard qu'il s'appelait William) : « on a déjà été évacués pendant presque 4 ans et maintenant vous voulez nous faire repartir pour mettre des mines chez nous ! »
L’Américain, semble-t-il compatissant, nous a alors répondu qu’il allait en référer à son chef.
Le lendemain, William est revenu et nous a dit qu’on pouvait rester chez nous car il ne minerait pas notre campagne.

Sur cette photo (collection Andrée_Fornari) © ClicReproduction et diffusion interdites sans accord des ayant-droit d'Andrée_Fornari., nous voyons trois hommes de la FSSF.

Nous sommes ensuite devenus amis avec ces Américains. La première chose qu’ils nous ont offerte était du sel de cuisine ! Je n’ai jamais ni su ni compris pourquoi !

Ils venaient à la maison. On jouait du piano, rare meuble que les italiens nous avaient laissé en partant en 1942 ; il devait être trop lourd ou trop encombrant pour eux au moment de leur fuite.

Presque chaque fois, en repartant de chez nous, ils nous laissaient du chocolat en cadeau et je n’ai jamais su qui le laissait car je trouvais le paquet sur le piano, après leur départ.


Photo de William à Menton_ (collection Andrée_Fornari) © ClicReproduction et diffusion interdites sans accord des ayant-droit d'Andrée_Fornari.

J’ai revu ensuite William en particulier. Il était très sympathique et nous nous sommes rencontrés très fréquemment.


Autre photo de William, mais cette fois-ci en Italie, quelques mois plus tôt.© ClicReproduction et diffusion interdites sans accord des ayant-droit d'Andrée_Fornari.

Photo qu'il m'a donnée un jour.


Cette autre photo de William, que nous avons retrouvée dans l'album d'Andrée_Fornari, ne portait pas d'autre annotation que « At Home ». © ClicReproduction et diffusion interdites sans accord des ayant-droit d'Andrée_Fornari.


William logeait avec toute une équipe dans une maison à l'extrémité du Boulevard de Garavan près du pont Saint_Louis [NDLR : donc près de l'avant-poste « Maginot » du Pont_St_Louis et de la frontière italienne] et j’allais le rejoindre à bicyclette.
Lorsque j'allais le voir, il était souvent avec des soldats qui me faisaient la cour, mais (par jalousie ?) il me disait de ne pas les écouter et de m’éloigner d’eux car ils étaient « japonais » !!!

Photo dans le jardin de la maison occupée par William et son équipe. Andrée_Fornari est assise à côté d'un certain Pucy, lui aussi de la 1st Special Service Force.

« Pucy » est photographié seul sur la photo de droite. © ClicReproduction et diffusion interdites sans accord des ayant-droit d'Andrée_Fornari.


Les Allemands n'étaient pas très loin, dans les montagnes

Extrait du journal « Combat » du dimanche 17 et lundi 18 septembre 1944 : « Durant toute la nuit du Samedi au Dimanche, l'artillerie ennemie n'a pas cessé de pilonner Menton sur laquelle près de 200 obus sont ainsi tombés. Fort heureusement, si on signale de nombreux dégâts, on ne déplore aucune victime. »

Et encore... Extrait du journal « Combat » du jeudi 21 septembre 1944 : « (...) les duels d'artillerie se poursuivent nuit et jour.
Menton la douce, la ville calme par excellence, ne cesse de connaître, depuis plus de 20 jours, le bruit infernal du canon, dont les salves répercutées par tous les échos d'alentour résonnent sans arrêt dans les vallées et sur les collines (...)
Menton qui a déjà tant souffert en 1940, dont la population a eu deux occupations successives, continue néanmoins, avec un grand courage, à supporter son triste sort. Menton aura bien mérité de la Patrie !
»

Andrée_Fornari ne semblait pas avoir peur

Les tirs Allemands étaient incessants sur Menton_. Mais ils étaient dirigés sur la ville et les villages alentours. Et à la Touquignousa nous ne recevions pas d'obus et nous étions... relativement tranquilles.

J'ai eu peur un jour. J'allais rejoindre William. Les Allemands ont tiré sur une charrette à cheval qui circulait sur le boulevard de Garavan, pas loin de moi, et le cheval a été tué. Là j'ai eu peur, mais sans plus ! Était-ce à cause de l'habitude des bombardements ou de l'insouciance de mes 20 ans ?...

...Où d'une certaine indifférence forgée par les circonstances, car la vie à Menton_ était très difficile à tous points de vue : économique, politique, sociale. Les disputes, voire plus, engendrées par les ressentiments liés aux deux occupations successives, étaient courantes, entre autres entre pro et anti-fascistes supposés.

Dans Menton, de temps à autres, sur les escaliers de la mairie, une foule se massait pour voir des maquisards tondre des femmes qui avaient été convaincues d’avoir couché avec des Italiens ou des Allemands. Moi, je n’aimais pas voir ce spectacle que je trouvais odieux et inutile. Lorsque je passais par hasard au mauvais moment, je m’en éloignais.
Qu’est-ce que ça apportait de plus à la population de Menton ? Un jour, une femme au crâne rasé, s’est d’ailleurs parait-il vantée de plaire encore plus aux hommes que lorsqu’elle avait ses cheveux !


Fin du témoignage

Fin du témoignage

Dernières photos

Début décembre 1944, leur Unité a été dissoute et, avant leur départ de Menton_, nous avons fait toute une série de photos-souvenirs, entre autres sur le pont du Baousset.

Photos prise début décembre 1944 à l'entrée Sud du pont provisoire. © ClicReproduction et diffusion interdites sans accord des ayant-droit d'Andrée_Fornari.. On y voit Andrée_Fornari aux côtés de l'un des membres de la FSSF, sur le capot de son véhicule.

Nous avons photographié le même endroit 74 ans plus tard, en août 2018 !
Il n'a pas trop changé d'aspect mis à part le pont du Baousset reconstruit en pierres et, à gauche, l'autoroute A8 dont on aperçoit un petit bout de pont.


Photo prise sur le pont du Baousset, le même jour que la précédente © ClicReproduction et diffusion interdites sans accord des ayant-droit d'Andrée_Fornari..

La photo d'adieu.
Après-guerre William est retourné aux États-Unis où il a fondé une famille avec laquelle j'ai continué à communiquer de temps à autres.
Je ne l'ai plus jamais revu mais je ne l'ai jamais oublié !


Épilogue

Épilogue

Mademoiselle Andrée_Fornari, ne semble pas avoir souhaité nous en dire plus au sujet de la vie à Menton_ à cette époque et jusqu'à la signature de l'armistice de 1945, page d'histoire locale très tourmentée. Nous avons donc décidé, nous aussi, de refermer notre dossier sur les dernières images d'une rencontre éphémère mais ayant laissé un souvenir plus que durable.

Cependant, pour ceux qui souhaiteraient approfondir l'histoire de la ville de Menton_ pendant la guerre, ainsi que celle de la « First Special Service Force », nous leur proposons une sélection de quelques documents :


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Pour en savoir plus...
Commentaires

Commentaires

Commentaires d'internautes

Chouette article à lire. S-L. L.
Merci ! Bien cordialement. Inge W.
Bonjour Raymond, bravo pour ce reportage que, comme toujours, tu as su rendre vivant dans le contexte de l'époque. Bien amicalement. Jacquy.
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E-R Cima, kaff.