Ligne Maginot - Transmissions - Radio OTCF 1939
Dossier réalisé à partir d'informations recueillies par Michel Truttmann et Raymond Cima. E-R Cima ©1998-2013
Introduction

Introduction

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Le poste OTCF, type 1939, est le dernier né des appareils de TSF qui équipent la Ligne Maginot en 1940. C'est dire s'il est intéressant à étudier, ne serait-ce que pour se faire une idée sur le rôle que le Haut commandement français de l'époque compte faire jouer à la radio. En effet, le degré de technicité d'un matériel est souvent intimement lié à l'intérêt qu'on lui porte.

Le second intérêt du poste OTCF est personnel. Au cours de ses recherches, le Colonel du Génie Philippe Truttmann (connu de tous les amateurs de fortification) n'ayant pas réussi à dénicher d'informations significatives sur le poste OTCF, il était tentant, pour son fils Michel et moi-même, de relever le défi. Nous avons eu finalement la chance d'en croiser quelques traces dont nous vous faisons part. (R.Cima)


Généralités

Généralités

L'OTCF est un poste Émetteur-Récepteur, transportable [à cause de son faible encombrement], mais non portatif [inutilisable par des fantassins en mouvement à cause de son alimentation conséquente]. Son exploitation se fait uniquement en phonie, sur toutes longueurs d'ondes comprises entre 4m et 7,5m. Son emploi normal est en poste-à-poste, l'emploi en réseau est tout à fait exceptionnel.

Le poste OTCF est utilisé :

- soit pour les liaisons d'ouvrage à ouvrage ;

- soit pour assurer des liaisons entre ouvrages de la PR et troupes d'intervalle, ou tous éléments extérieurs dotés de matériel ER40 ou ER41 ;

- soit pour la liaison entre ouvrage et avion.


Présentation

Présentation du poste OTCF

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Dimensions du poste: 42 x 26 x 20cm. Les boutons de droite sont réservés à l'émission, ceux de gauche sont pour la réception.


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Le micro (à droite) est suspendu à une potence. Au centre deux emplacements pour fiches jack permettent d'utiliser simultanément deux casques écouteurs (l'un d'eux est en place). A gauche les fils d'alimentation sont à relier à une batterie de piles.


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Alimentation. Si le faible encombrement de l'appareil le rend portable, son alimentation en électricité, moyenâgeuse et encombrante, lui interdit d'être portatif. En effet, on voit mal des troupes à pied faire mouvement avec les batteries d'un OTCF !


Antenne

Antenne et emplacement du poste OTCF dans une fortification

Le poste OTCF doit être relié à une antenne au moyen d'un feeder constitué par un câble (fil électrique lumière) torsadé (pour éviter qu'il ne fasse antenne à son tour) à deux conducteurs, dont la longueur ne peut excéder 15m environ, car au-delà de 15m les pertes de puissance en ligne deviennent trop importantes. Or l'antenne doit être à l'extérieur de la fortification car les fréquences utilisées ne traversent pas le béton armé. Tout ceci pour dire que le poste OTCF, malgré sa portabilité, ne peut pas être installé n'importe où. Il doit être positionné près de l'extérieur. Ceci ne pose aucun problème majeur si ce n'est le fait qu'il aurait été préférable que ce type de matériel soit directement manipulable par les officiers du PC, généralement loin de la surface. On peut, en effet, supposer que ces derniers aient besoin de converser en direct, par exemple avec un avion de reconnaissance ou des troupes en mouvement, ne serait-ce que pour régler un tir.

Antenne normale

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L'antenne est un mât dipôle de 2,5m de haut, monté à demeure à l'extérieur de l'ouvrage, ce qui oblige à installer le poste dans un local déterminé et, en principe, toujours le même.

La forme et l'orientation de l'antenne sont imposées par les choix technologiques. Toute antenne est directive et sélective. Suivant sa forme et sa position elle rayonne (ou reçoit) dans des directions privilégiées et filtre certaines longueurs d'ondes. En d'autres termes, plus l'antenne est adaptée à la situation plus elle fournit de puissance utile. Ainsi doit-elle avoir une géométrie et une orientation d'autant plus impératives que l'appareil sur lequel elle est branchée est de faible puissance.

La solution retenue pour l'OTCF est la plus simple qu'il soit. L'antenne, linéaire à deux brins (mât dipôle), est appelée demi-onde car avec ses 2,5m de long elle est intrinsèquement accordée sur les ondes de 5m (60MHz) qu'elle sélectionne de façon préférentielle.

De plus, pour que les ondes utilisées ne soient pas fortement absorbées et atténuées par le sol, les brins de l'antenne sont perpendiculaires au sol (des brins horizontaux captent mal les ondes).


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Sur cette photo on voit l'antenne fixe, en place sur le mur de la casemate du Pont Saint Louis (Elle est verticale, à gauche du créneau pour canon de 37mm).

Les photos d'antenne OTCF en place sont extrêmement rares! Celle-ci, on la doit au caporal Lucien Robert (membre de l'équipage du Pont Saint Louis en 1940). Il l'a prise le 25 juin 1940, jour de l'entrée en vigueur de l'armistice et l'a confiée à Michel Truttmann. Nous l'avons publiée en 1995 dans notre plaquette «La glorieuse défense du Pont St Louis» (ISBN 2-9508505-2-9).


Antenne de secours

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Chacun des deux brins (extrémités) de cette antenne est un tube en duralumin ou en laiton de 1,5m de long. L'un des deux brins (le vertical ici) est monté sur un axe qui permet de le déployer lorsque l'antenne est sortie par l'ouverture d'un bloc. La poignée est constituée par un assemblage de rallonges que l'on peut ajouter à volonté.

La géométrie non linéaire des deux brins de cette antenne de secours rend cette dernière moins performante que l'antenne normale fixe.

L'antenne de secours permet de déplacer le poste (à condition de rester toujours au voisinage de l'extérieur) car elle peut être déployée au travers d'un créneau de cloche GFM, un créneau de porte, etc.


Ondes Très Courtes ?

Ondes Très Courtes (OTC).
Pourquoi ce choix ? (par Lionel CIMA)

De nombreux paramètres influent sur le choix de la fréquence porteuse. Ils ne vont pas tous dans le même sens et imposent un compromis. L'un des premiers facteurs à prendre en considération est celui de la puissance du poste. Avec leurs groupes électrogènes les ouvrages peuvent subvenir à tous les besoins mais certaines casemates, isolées, n'ont aucune source importante d'énergie. Elles ne disposent que d'accumulateurs dont on ne peut espérer tirer qu'une dizaine de Watts. L'antenne, de son coté, doit être très courte afin d'offrir le moins de prise possible tant aux tirs adverses qu'aux tirs d'épouillage amis. Faute de place dans les blockhaus l'encombrement du poste et de ses annexes doit être réduit à son strict minimum. Enfin, par manipulations simples de l'appareil, un personnel rapidement formé doit pouvoir obtenir un signal audible et stable.

Afin d'assurer les transmissions dans de bonnes conditions le manque de puissance du poste plaide en faveur d'une onde porteuse de basse fréquence : 50kHz à 1,6MHz. Mais, à qualité de réception égale, plus la fréquence est petite et plus l'antenne doit être longue! Les dizaines de mètres d'antenne imposés ici rendent les basses fréquences prohibitives.

L'environnement géographique conditionne fortement le choix de la porteuse. En effet, le sol absorbe une certaine quantité d'énergie des ondes électromagnétiques émises, et le phénomène s'accroît avec la fréquence, réduisant d'autant la portée de l'émetteur. Pour la gamme d'ondes comprise entre 1,6 MHz et 30 MHz, on contourne le problème de cet -effet de sol- en émettant en direction du ciel. Les ondes réfléchies sur les couches ionosphériques peuvent être totalement renvoyées vers la terre sans être atténuées. Aussi cette méthode dite de propagation indirecte peut être utilisée pour couvrir une zone située à plusieurs milliers de kilomètres du point d'émission. Cette solution, adaptée à la fortification, pourrait donc palier les inconvénients causés par le relief montagneux. Cependant la transmission indirecte rallonge énormément la distance entre l'émetteur et le récepteur et est très dépendante des conditions atmosphériques et météorologiques rendant les liaisons instables et hasardeuses.

Par éliminations successives on en arrive à la solution des hautes fréquences, retenues par le service des Transmissions Militaires, pour assurer les liaisons radiophoniques entre les ouvrages de la Ligne Maginot. Les postes OTCF (Ondes Très Courtes de Forteresse) sont ainsi baptisée car ils utilisent une porteuse à fréquence située entre 40MHz et 75MHz ce qui, en d'autres termes, correspond à des longueurs d'onde comprises entre 4m et 7,5m (très courtes par rapport, par exemple, aux grandes ondes des fréquences inférieures à 1,6MHz).

Ainsi les appareils OTCF n'ont-ils besoin que d'une antenne d'au plus 4m de long, peu encombrante à stocker et facile à changer en cas de destruction. De plus les variations météorologiques n'influencent presque plus les ondes de fréquences supérieures à 30 MHz, rendant la transmission assez stable. Mais l'absence de réflexion de ce type d'ondes sur les couches ionosphériques interdit toute transmission indirecte. Aussi, avec leur faible puissance d'émission de 10W les postes OTCF ne peuvent-ils être captés qu'à environ 10km en terrain plat et 25km en sommets dégagés. Autant dire que leur utilisation optimale se fait par visibilité directe, lorsque-aucun obstacle naturel ne s'interpose entre les antennes. C'est pratiquement toujours le cas entre ouvrages voisins.


Manipulation du poste OTCF

Manipulation du poste OTCF

Utilisation normale

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Si le poste est connecté à son alimentation et à son antenne et s'il est accordé sur la fréquence d'émission de son correspondant, sa manipulation est d'une grande simplicité. Pour le mettre en fonction il suffit de décrocher son micro, suspendu à l'interrupteur général. L'émission se fait alors en appuyant sur le bouton poussoir du micro. Les petites oscillations de l'aiguille du milliampèremètre de façade attestent du bon fonctionnement de la lampe HF d'émission.


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Lorsqu'on cesse d'appuyer sur le bouton le poste se met en mode réception. Là, pour obtenir une qualité de son optimale, quelques très légers ajustements des boutons -accord- et "super réaction" risquent d'être rendus nécessaires par les conditions ambiantes (humidité, etc.) et météorologiques.


Émission en continu

Tout en n'ayant aucun message à faire passer, il peut être opportun de maintenir le contact ou de permettre le réglage du récepteur d'un correspondant occasionnel, entre autres celui d'un avion. Pour ce faire on a la possibilité de réaliser des émissions prolongées sans monopoliser le personnel de service. En effet, au centre de la façade du poste OTCF, un commutateur mis en position modulée active la lampe BF qui oscille et émet un son continu à fréquence fixe.


Changement de fréquence

Changement de fréquence

Dans ce cas, la complexité des manipulations résulte de l'ultra simplicité du poste dont les composants sont réduits à leur strict minimum ; il n'existe en effet aucun circuit de réglage intégré. Pour accorder les fréquences autrement qu'à "vue de nez" on doit ouvrir le poste, et s'aider d'un ondemètre accessoire en couplant ce dernier avec le circuit oscillant à régler.

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Ondemètre pour le réglage du poste OTCF.

Au cours d'un échange de documents, en 2004 notre ami Aimé Salles (que nous saluons ici) nous a fait part de cette rare trouvaille. L'ondemètre était dans son étui, en cuir, d'origine.


photos/otcf_22.jpg Ondemètre. Photo de la documentation officielle.

Ce dernier, de 120mm de long et de 65mm de diamètre, possède un circuit oscillant sélectif dont on peut modifier la fréquence d'accord. Un tambour gradué permet de lire directement la longueur d'onde choisie. Ce type d'ondemètre utilise le principe d'absorption, c'est-à-dire qu'il n'absorbe de l'énergie qu'à la fréquence choisie. Son circuit est passif et ne nécessite donc pas d'alimentation.


Utilisation de l'ondemètre (Extrait de la notice de 1939)

La boîte-poste étant démunie de son couvercle, laisser le couplage de l'antenne assez lâche, et mettre le poste sur "Émission" en plaçant le commutateur "Phonie Modulées" sur "Modulées" ou en bloquant le bouton-poussoir du microphone, le commutateur étant sur la position -Phonie-.
Tenir l'ondemètre dans la main droite, la spire de couplage vers le bas. Introduire cette spire à l'intérieur de la boite poste, après avoir placé le tambour gradué de l'ondemètre sur la position correspondant à la longueur d'onde à obtenir, et la coupler avec la self d'émission du Poste. Manœuvrer alors le condensateur variable d'émission.
On notera que l'accord entre le circuit absorbant étalonné de l'ondemètre et le CO d'émission du poste, se manifeste par un maximum de courant-plaque au milliampèremètre du Poste. Dans ces conditions, après avoir recherché le couplage minimum entre la self d'ondemètre et le CO, arrêter le condensateur variable d'émission à la position qui correspond à ce maximum. Si on retouche par la suite le couplage de l'antenne on aura soin de vérifier de nouveau la longueur d'onde.

Comme on le constate, la manipulation n'est pas à la portée de tout le monde !


Circuits et composants

Circuits et composants de l'OTCF

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Dessus du poste ouvert. Chaque compartiment correspond essentiellement à un circuit : émission à droite, réception à gauche, basse fréquence et antenne au centre.

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Le poste OTCF est essentiellement constitué de trois circuits à une lampe chacun :

- un circuit BF (pour Basses Fréquences, ou encore pour fréquences vocales) est utilisé comme amplificateur du signal audible. Il est placé après le micro lors de l'émission ou avant les écouteurs lors de la réception ;

- deux circuits HF (pour Hautes Fréquences), réalisent l'un la modulation et l'autre la démodulation sur la porteuse.

Un relais multiple, commandé par un bouton poussoir logé dans la poignée du micro, assure la commutation micro/écouteurs. Par la même occasion ce relais connecte le circuit d'antenne soit sur le modulateur, soit sur le démodulateur.

Les 3 lampes des postes OTCF (une par circuit) sont identiques entre elles, ce qui facilite la maintenance. Ce sont des tubes à vide TMDT (triode universelle à faible consommation) dont les caractéristiques générales du circuit de chauffage sont les suivantes: Ef=4V ; If=70mA.


Schéma des circuits

Schéma des circuits

Circuit émetteur

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En façade du poste le bouton -accord- fait varier le condensateur C et le bouton -couplage- agit sur le couplage magnétique entre L et l'antenne.


Circuit récepteur

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En façade du poste le bouton -accord- fait varier le condensateur C et le bouton -couplage- agit sur le couplage magnétique entre L et l'antenne. Le bouton "super réaction" fait varier la résistance R.


Super-réaction

Le démodulateur utilise le principe de "super réaction" (ou contre-réaction). Ainsi la tension de plaque de la lampe HF est-elle asservie par le signal modulant la porteuse. L'information obtenue est amplifiée par la lampe BF avant de rejoindre les écouteurs. Le rôle de la résistance variable R est d'améliorer la qualité du son. Sa valeur optimale dépend de la puissance reçue et se détermine -à l'oreille-.


Témoignages
Pierre Pointue

Témoignages

Témoignages sur Pierre Pointue (SFAM) recueillis par R.Cima

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Photo de l'une des deux entrées de l'Avant-Poste de Pierre Pointue. L'entrée est de face, encadrée par deux baraques du casernement extérieur, utilisé en l'absence d'attaque.

Pierre Pointue est l'un des Avant-Postes du SFAM, face au fort de Castillon où en juin 1940 les Italiens prononcent leur plus forte attaque. L'OTCF y a joué un rôle important, sinon capital.

Le 22 juin 1940. 22h45.

«Il faisait nuit noire [déclare le Sgt Léon Bosio] car la nuit venait de tomber lorsque ces événements se sont produits. [Par ailleurs l'Adj/Chef Lanteri écrit qu'à 22h45, alors que tous sont à leur poste] l'ennemi surgit brusquement [-] Je fais entrer dans l'ouvrage tout le personnel que je peux toucher. Je suis obligé de faire évacuer les 2 chambres de tir [dont les embrasures ne sont pas étanches et sont la cible de grenades] et j'organise la défense des entrées. Je me mets en liaison par TSF avec le Cdt de l'ouvrage de la PR de Castillon et je lui rends compte que l'ennemi occupe les dessus de l'ouvrage. Je lui demande l'appui des tirs de l'Artillerie et de faire tirer si possible sur l'ouvrage même. Ces tirs sont déclenchés quelques instants après.»

La vive réaction de la PR, alertée par OTCF, permet de contenir les italiens jusqu'à ce qu'au matin les hommes de l'Avant-Poste se dégagent, faisant même quelques prisonniers.

Pourquoi les italiens n'ont-ils pas neutralisé l'OTCF, en détruisant son antenne par exemple ?

«Lors de leur attaque, [m'explique le Lieutenant Médecin Dominique Leca] les italiens ont neutralisé le téléphone de l'Avant-Poste mais n'ont pas détruit l'antenne radio [-] qu'ils ont confondue avec une hampe pour drapeau. Ainsi, comme nous l'avons vu, Pierre Pointue est resté en communication avec Castillon. Mais dans la nuit [rajoute le Médecin] le poste radio que nous avions à l'intérieur de l'ouvrage, tombe en panne ! Effectivement [précise le C/C Clément Michel], les obus que nous avons reçus ont fait voler en éclats notre antenne et nous sommes restés isolés.»

Cependant, le lendemain matin, après leur sortie de l'abri, l'Alpin Jean Bellon rétablit les communications avec la PR et l'Adj/C Lanteri le cite en ces termes :

«Chargé d'assurer la liaison par OTCF avec l'arrière, a accompli sa tâche avec dévouement, faisant le coup de feu lorsque ses fonctions ne le retenaient pas auprès de son appareil.»

Et c'est ainsi que le 23 juin à 9h50 l'Adj. Malfroy (observatoire du Garuche) peut rassurer le RSO du Sainte Agnès par ce message :

«Par OTC Pierre Pointue fait savoir qu'il tient toujours.»

Pour plus d'informations on peut se reporter à notre livre «CASTILLON 76ºBAF» ©1991-1993. B-R Cima.


Pont Saint Louis

Témoignages sur Pont St Louis (SFAM), recueillis par R Cima et M Truttmann

photos/otcf_51.jpg Cette photo de l'équipage du Pont St Louis a été prise le 25 juin 1940 aux alentours de leur casemate qu'ils ont défendue jusqu'au bout. Photo Lucien ROBERT.

Pont St Louis est l'Avant-Postes du SFAM situé face à la seule route reliant l'Italie à Menton. Au cours des combats les italiens contournent l'Avant-Poste qui se retrouve alors privé de ses communications [par estafettes et téléphone] vers l'arrière. Son seul lien est alors l'OTCF.

Le soir du 22, à 18h45, note Cap-Martin, alors que les hommes de Pont St Louis savent que les italiens sont dans Menton, donc derrière eux, leur radio tombe en panne les coupant définitivement de toute information. Les Alpins de repos s'allongent sur leurs paillasses sans trouver le sommeil. Pour prendre leur tour de garde les hommes enjambent péniblement les corps de leurs camarades. Tous sont barbus et dégagent une odeur forte. L'air n'est respirable que grâce à la ventilation forcée actionnée régulièrement par l'un d'entre eux. Mais la préoccupation est ailleurs! Ils scrutent fébrilement l'espace visuel de leur faible champ d'observation.

«Ce qui nous inquiétait alors le plus [nous confie le S/Lt Gros] c'était l'éventualité d'une attaque par les côtés et les dessus de l'ouvrage.»

Les événements leur donnent raison car ils sont alors la cible de plusieurs attaques. Mais chaque fois qu'ils se mettent à tirer, Cap-Martin, attentif au moindre de leurs bruits, les soutient de ses feux.

Le problème, lié à la panne d'OTCF, n'est pas celui de l'information à donner mais celui de l'information non reçue. En effet, le 25 juin à 0h35 l'armistice entre en vigueur et Pont St Louis ne le sachant pas continue ses tirs, au risque de causer un incident diplomatique ou, plus grave pour lui, une vive réaction militaire des italiens. Dans le résumé des opérations de l'Avant-Poste on peut lire, à propos du 25 juin :

«6h05, sans l'avoir vu arriver, un soldat italien venant de Garavan s'avance vers la barrière. Deux ou trois autres s'apprêtent à le rejoindre. Des rafales de FM les dispersent. Une fusée verte est lancée pour demander les tirs d'artillerie [qui pour une fois ne viennent pas, et pour cause !]. À 6h20, un officier et un groupe de quelques soldats, également venus de Garavan, cherchent à nouveau à s'approcher de la barrière. Guzzi, qui est au FM, tire. Un soldat semble avoir été tué et deux ou trois autres blessés. Les autres se retirent. À 8h25, le Sergent Bourgoin, qui observe à la lunette du canon, signale deux officiers, les mains dans les poches, descendant au milieu de la route. Ils sont suivis d'un civil (M. Acquaranne). Guzzi reçoit l'ordre de tirer en l'air car les officiers n'ont ni arme ni casque et se montrent ostensiblement. Les officiers et le civil se replient et disparaissent derrière le tournant de la route. À 8h45, le Sergent Bourgoin signale l'apparition d'un grand drapeau blanc au coude de la route. Des sonneries de trompettes se font entendre. Trois ou quatre minutes après deux soldats apparaissent agitant la hampe de ce drapeau. Un court instant et ils descendent la route en direction du pont, suivis par 150 soldats environ précédés par le trompette continuant à sonner. Intrigué (il n'y a aucun tir sur cette troupe qui suit le grand drapeau blanc et semble vouloir s'arrêter avant le pont), le Commandant de la casemate fait alors ouvrir la moitié supérieure de la porte [dont le bas est coincé par des gravats dus aux bombardements].»

Puis ayant donné ordre au Sergent Bourgoin d'ouvrir le feu au moindre signe de son bras, le S/Lt Gros s'avance vers l'adversaire et lui demande qu'un seul officier franchisse le pont et s'approche. Deux ou trois officiers s'avancent. Le dialogue avec un Colonel est à peu près le suivant :

«Nos gouvernements ont signé l'armistice et les hostilités sont terminées depuis 1h35, à notre heure ; mais vous continuez à tirer, il faut cesser le feu.»

La réponse du Saint-Cyrien tombe comme un couperet :

«Je n'ai aucun ordre de cesser le feu, je ne connais pas l'armistice et je vous prie de vous retirer avec vos hommes sinon je vais reprendre le tir».

C'est alors que le Sergent Bourgoin arrive en disant :

«Mon lieutenant, il y a des officiers français qui viennent d'arriver.»

Effectivement, dans l'un de ses manuscrits (que sa veuve m'a fait parvenir) le Capitaine Jean Blisson note que c'est le Lieutenant Girardot, officier de renseignements de la 58eDBAF, et lui-même qui arrivent à Pont St Louis apportant l'ordre écrit de cessez-le-feu. Le Lieutenant Malavielle et le Médecin-Lieutenant Le Duc les accompagnent. Pour l'équipage c'est la fin d'une tension nerveuse qui n'a fait que croître au fil des jours.

«Les officiers italiens, aussitôt venus au-devant des Français, exprimèrent leur admiration pour les défenseurs. [écrit le Général Montagne. Puis il ajoute :] Ils demandèrent ensuite l'ouverture partielle de la barrière pour permettre le passage d'ambulances destinées à évacuer les très nombreux blessés de Menton.»

Cette demande est acceptée à la condition que le Commandement italien admette la relève, le soir même, de la garnison de l'ouvrage par un effectif égal, en armes, et qui reprendrait la mission. Le Lt-Colonel Moltoni, Chef de l'E.M. du Général Mondadori, commandant la 5e Division Cosseria, ayant apporté l'accord de son Chef, la relève du poste, encerclé depuis le 20 juin, est faite à 18 heures par un nouvel équipage confié au S/Lt Etienne Piedfort. C'est avec fierté que le S/Lt Gros et ses hommes, après avoir fait un brin de toilette, quittent alors leur casemate. Armés et en ordre de marche ils sont escortés par les italiens jusqu'à la ligne de démarcation d'où ils rejoignent le Cap Martin. Ils ont rempli leur mission au-delà de toute espérance. En effet, le Général Besson inspectant l'ouvrage en avril 1938 aurait dit : ce blockhaus ne tiendra pas 5 minutes !

Pour plus d'informations on peut se reporter à notre livre «La glorieuse défense du Pont St Louis» ©1995. B.R.Cima - M.Truttmann.


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