Transmissions dans la Ligne Maginot. Radio : utilisation en 1940
Sources : SHAT et SHAA de Vincennes, documents MM. Philippe et Michel Truttmann et personnels. E-R Cima ©2008-2013
Introduction

Introduction

Il est patent que le Haut Commandement français de 1940 voyait la TSF d'un mauvais œil, voire y était hostile !

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Maurice Gamelin (1872-1958) est chef d'état-major général de l'armée française entre 1935 et le 19 mai 1940, date à laquelle il est limogé et remplacé par le général Maxime Weygand (1867-1965). Les erreurs de jugement du Général Gamelin (à faire partager par de nombreux politiques et officiers supérieurs de l'époque), tant sur la stratégie à adopter face à l'Allemagne que sur la tactique à mettre en œuvre face aux armées mécanisées, font partie des causes de la défaite française de mai 1940.

Comme depuis son PC du château de Vincennes, Gamelin se refuse à communiquer par radio (trop indiscrète), ses messages en direction des troupes et ses informations reçues ne transitent donc que par téléphone ou par estafettes. Le téléphone convient peu à des troupes en mouvement et les estafettes manquent sérieusement de rapidité...


TSF en 1939-1940
Instruction Ministérielle

TSF en 1939-1940

Instruction Ministérielle du 7 novembre 1936. (Extraits)

Radiotélégraphie

Elle ne permet de communiquer qu'en morse (graphie).

§80.Avantages- Les installations radiotélégraphiques sont peu visibles et peu vulnérables. La radiotélégraphie permet:
-de maintenir les relations entre deux autorités, lorsque la distance, le terrain, les tirs ennemis ou tout autre motif empêchent l'établissement ou le bon fonctionnement des autres moyens de transmission;
-de faire suivre une autorité dans tous ses déplacements par un poste qui peut la desservir dans un court délai.
Certains postes sont même capables d'émettre et de recevoir en marche. Ils permettent au commandement d'assurer la continuité de ses relations pendant les mouvements. Seule, parmi tous les procédés de transmission, la radiotélégraphie permet la diffusion simultanée, à un nombre illimité de correspondants, d'un même télégramme.
§81.Inconvénients- L'inconvénient capital de la radiotélégraphie est son indiscrétion.
- L'ennemi peut écouter, loin à l'arrière (la sensibilité des appareils d'écoute spécialisés est beaucoup plus grande que celle des récepteurs des corps de troupe, de sorte que les radiotélégrammes ennemis peuvent être captés à une distance dépassant notablement la portée officielle des postes émetteurs), dans de très bonnes conditions, les émissions adverses, ce qui oblige à chiffrer en principe les télégrammes expédiés par radiotélégraphie, et même il peut, par radiogoniométrie, déterminer les emplacements des postes entendus et, par voie de conséquence, les emplacements des postes de commandement. L'ensemble des renseignements recueillis par les écoutes ennemies peut fournir à l'adversaire des données importantes sur l'ordre de bataille et, dans une certaine mesure, sur les intentions du commandement. Aussi, dans certaines circonstances, le commandement est-il conduit à interdire partiellement ou totalement l'emploi de la radiotélégraphie.
Malgré le nombre élevé de longueurs d'ondes réalisables à l'heure actuelle, la nécessité d'éviter les brouillages limite le nombre des réseaux qui peuvent être constitués dans une unité.
La réception des postes radiotélégraphiques peut être brouillée:
- par des émissions normales de l'ennemi;
- par des émissions systématiques de ce dernier - s'il consent à supporter lui-même les conséquences de ce brouillage;
- par des parasites atmosphériques.
Les relations établies par radiotélégraphie sont, en comparaison des relations téléphoniques, d'un faible rendement, par suite de la nécessité:
- de faire, le plus souvent, travailler les postes en réseau, ce qui implique qu'un seul poste puisse émettre à un instant donné;
- de chiffrer en principe les télégrammes;
- d'échanger pour les postes correspondants des communications de service avant et après la transmission du télégramme proprement dit (Appel du poste expéditeur, indication que le destinataire est prêt à recevoir, signal de fin de télégramme, accusé de réception du destinataire, etc.)
L'ensemble de ces contingences peut réduire le débit utile d'un poste radiotélégraphique à moins de 100 groupes (de 5 lettres ou chiffres) à l'heure.
En conséquence, tout télégramme à expédier par radiotélégraphie devra être aussi condensé que possible et rédigé à l'aide de documents spéciaux établis à cet effet.
Les postes radiotélégraphiques ne peuvent être utilement mis en œuvre que par un personnel soigneusement instruit.
Enfin, le matériel ne comportant pas d'appareils d'appel, il est nécessaire d'assurer une permanence de l'écoute à chaque poste.

Radiotéléphonie

Elle permet de communiquer par morse et par la voix (phonie).

§85. D'une manière générale, la radiotéléphonie a les mêmes caractéristiques d'emploi que celles exposées ci-dessus pour la radiotélégraphie. Toutefois la première présente, par comparaison avec la seconde, les avantages et les inconvénients suivants:
Avantages- les postes de radiotéléphonie peuvent être exploités par un personnel ne sachant pas lire au son (Comprendre le morse). Éventuellement, ce procédé permet à deux autorités de converser entre elles;
Inconvénients- Toutes choses égales d'ailleurs:
- la portée des postes de radiotéléphonie est dans l'état actuel de deux à trois fois moins grande que celle des postes de radiotélégraphie;
- le nombre des longueurs d'ondes disponibles est deux fois plus faible qu'en radiotélégraphie;
- le réception peut être plus facilement brouillée;
- les risques d'indiscrétions sont encore plus grands, surtout si les postes sont utilisés pour des conversations.
La discipline d'exploitation doit donc être très stricte. Elle est très difficile à assurer. Elle doit être soigneusement contrôlée par l'organisation obligatoire d'un système d'écoute des transmissions amies. La conversation ne doit en principe être pratiquée qu'en poste-à-poste.

Comme on le constate, la radio ne semble pas avoir les faveurs du ministère de la guerre, porte-parole ici du Haut-Commandement français.


Triangulation

Triangulation. Repérage par radiogoniométrie.

Radiogoniométrie

La radiogoniométrie est la technique de repérage de la direction de déplacement des ondes électromagnétiques (dont les ondes radio font partie). Elle s'appuie sur plusieurs phénomènes physiques et appareils associés ; tout particulièrement les antennes «directionnelles»

Antennes directionnelles

Ces antennes captent préférentiellement les ondes radio leur arrivant de face. Aussi, en faisant pivoter sur elle-même une antenne directionnelle, on peut déterminer la direction de l'émetteur : c'est celle vers laquelle le signal reçu est le plus fort.

Repérage par triangulation avec des antennes directionnelles

En utilisant simultanément deux antennes directionnelles, on peut déterminer la position de l'émetteur : c'est le point d'intersection des deux directions obtenues avec les deux antennes.

Ici l'émetteur semble être situé vers le Bichel-Nord, Bichel-Sud.


Comme les repérages ne sont pas d'une précision absolue, la position trouvée n'est qu'approximative ; une troisième antenne directionnelle utilisée simultanément avec les deux premières permet d'augmenter la précision de la position de l'émetteur.

L'émetteur est au Bichel-Sud ou dans son voisinage immédiat.


Remarque : si l'émetteur émet pendant longtemps, une seule antenne directionnelle est suffisante pour le repérer. Il suffit de faire plusieurs relevés successifs en déplaçant l'antenne. Cette méthode est utilisée, par exemple, pour détecter des émetteurs radio clandestins.


Radio française peu brillante

1940. Radio française peu brillante

Le Colonel Philippe Truttmann, grand spécialiste «Maginot» a d'ailleurs une phrase qui semble résumer la situation :

«On touche là un aspect assez peu brillant de notre fortification, bien qu'elle n'en eut pas l'exclusivité.»

Le Lieutenant Cinto Kohenoff (chef des transmissions de la 58eDBAF en 1940 -SFAM-) nous a confié qu'avec le matériel radio dont il disposait il avait eu de grosses difficultés à établir des communications fiables, par exemple, entre l'ouvrage du Mont-Agel (SFAM) et celui du Cap-Martin distants de 5km à peine à vol d'oiseau et séparés l'un de l'autre par aucun obstacle notable !

«Les problèmes auxquels nous étions confrontés [nous a-t-il dit au cours d'un entretien] étaient le manque de puissance des postes et la difficulté d'isoler les antennes lors de leur passage au travers du béton souvent humide. Plus tard, en Afrique du Nord, j'ai été impressionné par les hautes performances des matériels radio américains à côté desquels les nôtres faisaient pâle figure! Mais c'était déjà une autre époque et les technologies avaient eu le temps d'évoluer!»

Secret, mais jusqu'où ?

Secret, mais jusqu'où ?

Ultra-secret en France

La 1e Brigade de Spahis, commandée par le Colonel Paul Jouffrault, fait partie des premières unités ayant pris contact avec les Allemands (au Luxembourg) dès le matin du 10 mai 1940.

À propos des transmissions sur le champ de bataille, dont on se doute que la précision et la rapidité étaient des facteurs d'autant plus prépondérant que les Allemands furent trouvés où ils n'étaient pas supposés être, Jouffrault écrit :

«Il faut avouer ici que les seules transmissions qui fonctionnent "en dehors du réseau civil [luxembourgeois]" sont les transmissions par auto, motos ou estafettes montées. La prescription de chiffrer tous les messages de TSF supprime l'emploi des ondes en cours d'opérations actives. La 1e Brigade voulut, comme le faisaient les Allemands, essayer de parler en clair, puis en sabir [dialecte nord-africain] : elle fut immédiatement et sévèrement rappelée à l'ordre par les services de contrôle de l'armée.»

En cas d'imprévus, et il y en eut pas mal ce 10 mai 1940, il est sans doute plus efficace de pouvoir émettre des renseignements précis [en clair et de courte durée] immédiatement utilisables, sur les positions ennemies, que d'attendre des dizaines de minutes, voire des heures, une circulation obsolète d'informations sécurisées.

Ultra-clair en Italie

À l'inverse des français, en 1940 les unités mobiles italiennes disposaient de postes radiophoniques qu'elles utilisaient en clair et à profusion, au cours de leurs attaques. Les conversations étaient, bien évidemment, écoutées et exploitées par les stations françaises. Voici quelques exemples significatifs de messages captés (et traduits), le 22 juin 1940, en pleine attaque italienne :

«14h05. Colonel Bernini, PC. Major Serres, Bataillon 42e, encore de pied ferme à Colla Bassa. Colonne de droite a débouché sur Passo di Cuore. Mon avance est empêchée par tirs venant de Basso Vina [Cuore ]. Action pour Passa Vacca [500m sud du Grammondo ] commencera d'ici peu. Tentons d'agir par surprise. Signé Falconieri.»
«14h10. Ici Colonel. Le Bataillon va montant pour tourner obstacle de Colla Bassa. Le 1e Bataillon va vers Castellar.»
«18h. Colonel Bernini. 5.CP. suite 1CP CCNN a dépassé le crête de Butetta et cherche à descendre pour contourner le réseau Colla Bassa. 7e Compagnie a rejoint le Mont Razet. Une se trouve en condition critique et demande munitions.»

Il est évident que, chaque fois, l'artillerie française a profité de ces informations (exactes et aux lieux non codés) pour orienter ses tirs.

Un juste milieu ?

Entre les deux «principes» (français et italien) il y a sans doute un juste milieu ne pouvant être atteint qu'en laissant aux chefs d'unités, sur les théâtres des opérations et en fonction des circonstances, une latitude encadrée de communication comme ils ont une latitude encadrée de mouvement...

Ce fut d'ailleurs le cas, entre autres le 10 mai 1940 et les jours suivants, par exemple pour le GAO (Groupe Aérien d'Observation) 3/551 (Forces Aériennes 27) travaillant pour le compte de la 3eDLC (Division Légère de Cavalerie, stationnée face au Luxembourg et dont les éléments furent les premiers au contact des allemands) :

10 mai 1940. «3 missions (Potez 63) ont eu lieu en Luxembourg au profit de la 3eDC [...]. Au cours de ces missions les observateurs communiquent en "phonie" à la DC les résultats de leur reconnaissance qui révèlent un mouvement vers l'Ouest des forces ennemies.» (source SHAA)

Il s'agit de l'une des premières missions aériennes effectuées au-dessus du Luxembourg, le 10 mai 1940.

Observateur : S/Lieutenant THERON
Pilote : Adjudant-Chef HERLAND
Mitrailleur : Sergent GIRARD
Avion : POTEZ 63 - 11 n° 389
Heure de départ : 9h30
Heure d'atterrissage : 11h
Altitude moyenne : 1.300m

Extrait du compte rendu notant les messages envoyés par radio au PC de la DLC.

1° Message : Garnich-Kahler. 1 colonne motorisée vers l'ouest

2° Message : Colonne motorisée Mamer - Capellen. Direction Capellen

3° Message : Urgent. Colonne très importante débouchant de Luxembourg (sans doute autos mitrailleuses). Direction Dippach

4° Message : Rien sur l'itinéraire Luxembourg - Hesperange -Bettembourg - Dudelange beaucoup de colonnes au Sud de Dudelange mais ces colonnes sont hypomobiles et sans doute civiles. (Voitures d'évacués) se dirigeant vers le Sud.


Remarque

Pourquoi nombre d’historiens prennent-ils un malin plaisir à dénigrer les moindres faits et gestes de l’armée française au 10 mai 1940 ?

Il existe suffisamment de points « surprenants », dans la manière dont la France et ses alliés ont mené leurs opérations militaires ce jour-là et les autres, pour ne pas aller chercher des poux dans les têtes qui n’en ont pas.
Dans le livre de 1986 "Seconde guerre mondiale" écrit par l'historien Pierre Miquel (publié par Fayard), à propos des observations aériennes sur le Luxembourg, le 10 mai 1940, on peut lire :

« Les armées françaises ne disposent, il est vrai, que d’avions désuets pour cet usage : les Mureaux 115 et les Potez 390 sont des cibles pour les chasseurs. Ce matériel, écrit dans un rapport le colonel Bourdier, est périmé, servi par des pilotes qui n’ont pas reçu une instruction manœuvrière adéquate. »

Si l’on étudie en détail les journaux de marche des unités en contact avec les allemands, ce 10 mai 1940, la réalité semble toute autre.

La 3e DLC (Division Légère de Cavalerie), 3e armée, qui a en charge la protection de la frontière franco-luxembourgeoise, et qui est lancée au contact de la 34eDI allemande, dispose du GAO 3/551 (Groupe Aérien d’Observation) équipé de 6 Mureaux 117 (effectivement désuets eux aussi) mais, ne le passons pas sous silence, de 6 Potez 63-11 de 1939, excellents avions d’observation aérienne. Et ce sont naturellement ces Potez 63-11 qui effectuent toutes les missions d’observations demandées par la 3eDLC.
Et les autres GAO de la région sont lotis de la même manière que le 3/551.

Que ces GAO n’aient pas été employés comme il aurait convenu qu’ils le fussent, que les missions n’aient pas été menées avec toute l’attention voulue, on peut en débattre bien que, face au Luxembourg, la lecture des comptes rendus des unités ne laisse paraître aucune « erreur » flagrante ; mais surtout que l’on ne dénigre pas le matériel et ses servants, lorsqu’il n’y a pas lieu de le faire.

Alors, quel est le but réel recherché par ceux qui critiquent le manque de moyens des GAO ? Est-ce celui de dédouaner certains rouages de la hiérarchie militaire de l’époque, ou de faire de la politique politicienne, ou quoi ? Mais dans ce cas font-ils encore de l’Histoire ?


Exemple de lenteur en 1940...

Exemple de lenteur dépassant le cadre de la radio...

Transmissions d'ordres dans l'armée française en mai 1940

photos/ordre_lent.jpg Source du document : ouvrage fortifié du Chesnois, 2ème armée (Service Historique de Vincennes).

Lorsqu'on consulte les historiques de certaines unités françaises on est parfois surpris par les lenteurs constatées dans la chaîne de commandement.

Ici nous ne faisons pas allusion au 10 mai 1940, journée spéciale au cours de laquelle on pourrait penser que les français aient appris à leurs dépens que la rapidité des transmissions était un facteur déterminant dans le succès des batailles. Ce serait trop facile. Nous avons choisi un document produit le 13 mai 1940 par le Général Gamelin, Général en chef français qui avait proscrit la radio de son PC. Le 13 mai 1940, donc, il édicte son ordre général [important et urgent] suivant :

«Il faut maintenant tenir tête à la ruée des forces mécaniques et motorisées de l'ennemi. L'heure est venue de se battre à fond sur les positions fixées par le Haut-Commandement. On n'a plus le droit de reculer. Si l'ennemi fait localement brèche, non seulement colmater, mais contre-attaquer et reprendre. Signé : GAMELIN»

Nous pouvons constater que cet ordre, dont nous n'analyserons pas le contenu, est parti le 13 mai et est arrivé après le 19 mai dans la plupart des unités combattantes [il arrive alors que Gamelin a été limogé et ne commande donc plus !].
Pour se consoler, on peut toujours espérer que ce «papier» ne serait que la confirmation écrite d'un ordre transmis par téléphone !


L'histoire personnelle de ce document est par ailleurs très mouvementée.
Il est donc envoyé depuis le château de Vincennes (PC du Général Gamelin), puis est reçu par son destinataire, l'ouvrage fortifié du Chesnois (SF Montmedy).
Suite à la défaite française il est emmené en Allemagne avec beaucoup d'autres archives françaises.
Puis, à la fin de la seconde guerre mondiale, il est pris par les soviétiques qui le classent dans leurs archives «armée française».
Et en 1995 les Russes le vendent au SHAT (Service Historique de l'Armée de Terre) situé, justement, au château de Vincennes !
55 ans après sa rédaction ce document revient ainsi d'où il était parti. La boucle est bouclée !


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