1921
Le fascisme devient un parti politique
Le 15 janvier 1921, au congrès du parti socialiste, modérés et extrémistes se disputent à propos de la ligne de conduite à tenir: Suivre celle dictée par Moscou ou pas? Et le congrès se termine par la scission entre socialistes (PSI) et communistes (PCI) ce qui affaiblit le socialisme dans l'opinion publique. Comme, de plus, dans plusieurs villes, les marxistes s'attaquent aux églises et aux effigies de la famille royale, comme dans les rues ils rouent de coups quelques curés et militaires, par contrecoup, le mouvement fasciste se renforce.
Ce dernier, essentiellement urbain, s'étend alors aux campagnes où les appellent les grands propriétaires fonciers qui s'inquiètent de l'ampleur prise par le syndicalisme paysan dont les "ligues agraires" s'approprient de plus en plus de droits relatifs à la culture des terres.
La terreur fasciste s'abat alors sur les campagnes où les travailleurs agricoles, dispersés, sont pratiquement sans défense. Quelques camions remplis de fascistes font irruption dans un village, les chemises noires saccagent tout ce qui ressemble à un local syndical ou tente de leur résister, puis repartent. Le raid n'a duré que quelques heures et les autorités, éventuellement bienveillantes, n'ont pas eu le temps d'intervenir. La méthode semble globalement profitable aux intérêts fascistes puisque février voit la création du millième fascio!
Le 23 mars, à Milan, au théâtre Diana, une bombe explose faisant 18 morts. Le même jour, peut-être sans rapport avec l'explosion, Mussolini écrit dans "il popolo d'Italia": "Dans quelques mois, l'Italie entière sera en notre pouvoir". Et le 3 avril, au cours de la première "fête fasciste", à Bologne, Mussolini justifie l'action plus que musclée des squadri par un discours sans équivoque: "Nous devons agir ainsi, précédés d'une colonne de feu (...) Il est évident que nous, pour imposer nos idées aux cerveaux, nous devons, au son des bastonnades, toucher les crânes réfractaires."
Pour enrôler les masses rurales, ce qui n'est pas évident vu les actions menées contre elles, en avril, à Ferrara, Italo Balbo et Dino Grandi fondent le premier syndicat fasciste de travailleurs agricoles. Puis, par démagogie, fascistes et grands propriétaires terriens concrétisent une phrase écrite le 23 mars par Mussolini ("l'unique révolution possible en Italie est la révolution agraire qui doit donner la terre à qui la travaillent") et quelques (mauvaises) terres sont alors distribuées à des cultivateurs. La propagande de Mussolini peut alors faire valoir, à peu de frais, que les socialistes "promettent" et que les fascistes "réalisent".
En avril d'Annunzio qui critique les méthodes fascistes et, après l'équipée de Fiume, n'apprécie plus du tout Mussolini, essaie de créer un "parti du travail" associant le PPI et les socialistes modérés. Les socialistes refusent et la tentative échoue.
Plus rien ne semble arrêter les fascistes et, mieux, le ministère Giolitti, indirectement et non intentionnellement, favorisera même leur entrée au Parlement. Profitant d'une conjoncture mondiale favorable, traduite par une baisse des tarifs des produits de base, Giolitti avait réussi à réduire le déficit chronique italien. Début avril, pour accélérer encore les rentrées d'argent, il pense agir contre une certaine fraude fiscale en décrétant la nominativité des actions boursières. Mais cette contrainte ôte au Vatican la possibilité d'acquérir des actions et le gouvernement perd aussitôt le soutien des catholiques du PPI, il est mis en minorité et le 7 avril Giolitti dissout l'Assemblée.
Le 15 mai les élections législatives permettent l'entrée au Parlement de 35 députés fascistes dont Mussolini, Balbo et Grandi. Le PPI gagne 7 sièges, les socialistes et communistes en perdent en tout 18 ce qui permet à Mussolini, dans son premier discours au Parlement, d'affirmer que "le socialisme n'a plus aucune chance de s'imposer".
Le 21 juin toujours au Parlement, Mussolini, farouchement athée, fait un grand pas intéressé en direction des catholiques: "La seule idée universelle existant aujourd'hui à Rome émane du Vatican. Si le Vatican renonce à ses rêves temporels -je crois qu'actuellement il est en voie de le faire-, l'Italie, le gouvernement laïc de l'Italie, doit fournir au Vatican l'aide matérielle pour les écoles, les églises, les hôpitaux et les autres établissements dont dispose le pouvoir laïc. Je dis ceci parce que le développement du catholicisme dans le monde fait que toutes les parties du monde tournent leurs regards vers Rome ce qui est un motif de fierté pour nous Italiens".
Lors des élections les "giolittiens" n'ont obtenu que 80 sièges aussi le 23 juin Giolitti démissionne-t-il. Puis il tente de reconstituer un nouveau gouvernement et abandonne le 27 juin. Le 4 juillet Ivanoè Bonomi (ex-socialiste expulsé du PSI en 1912 pour son attitude modérée) lui succède et rassemble une majorité qui n'exclut que les fascistes, les communistes et les socialistes. Alors commence une période d'inquiétudes diverses pour Mussolini. Le 6 juillet apparaissent à Rome des "arditi del Popolo" organisés par les socialistes et les communistes, sur le modèle des "squadri". C'est l'équivalent d'une guerre de gangs qui commence. Puis le 21 juillet, à Sarzana, pour la première fois la police tire sur les squadriti tuant 20 fascistes. Le 3 août, sous la pression de ses bailleurs de fonds qui commençaient à être inquiets à cause de l'atmosphère de violence nuisible à l'économie du pays Mussolini et le PSI signent le "pacte de la paix" pour que cessent les agressions violentes, mais l'aile dure du fascisme, Balbo et Grandi en tête, refuse d'appliquer cet accord. Ils organisent même une marche sur Ravenne pour venger leurs morts de Sarzana et tous les lieux "socialistes" de la ville sont saccagés.
En novembre la Société Des Nations autorise l'Italie à "protéger" l'Albanie.
Au deuxième congrès fasciste de Rome (7-11 novembre), devant l'insistance des extrémistes du mouvement Mussolini accepte de mettre fin au "pacte de paix", sous prétexte que les socialistes avaient conservé un discours révolutionnaire et que les communistes étaient trop sectaires. Puis est officiellement créé le PNF (Parti National Fasciste) qui se substitue au mouvement des "Fasci di Combattimento". Mussolini est maintenant le "Duce" du parti. Au cours de ce même congrès est créé le syndicat "Union Ouvrière du Travail" dirigé par Balbo et Grandi. Mussolini déclare alors que le PNF est prêt à se substituer à l'Etat chaque fois que celui-ci se montrera incapable de défendre les intérêts, spécialement idéaux du peuple italien, et incapable de combattre les causes de désagrégation de la nation.
L'année 1921 se termine par la publication, le 27, du programme du nouveau PNF: Politique extérieure impérialiste, économie libérale, régime monarchique sauf si cette dernière ne se montrait pas à la hauteur dans la défense des idéaux italiens.