../s3_ae.gif Ligne Maginot - ARMEMENT. Lance-flammes
Documents SHAT, Philippe et Michel Truttmann, Raymond Cima, etc. E-R Cima ©2002-2013.
Généralités

Généralités sur les lance-flammes

lf_titre.jpg

Applications du lance-flammes

En attaque le lance-flamme est utilisable en toutes circonstances, entre autres contre le personnel, en tir direct ou courbe où il peut remplacer avantageusement les grenades, ne serait-ce que par son effet prolongé. Son liquide enflammé s'insinuant avec facilité à travers le moindre interstice son emploi est particulièrement efficace contre les engins motorisés, les tranchées, les abris et blockhaus, sauf si la cible est hermétiquement close.

En défense, il peut être efficace contre l'infanterie utilisant des trous d'obus pour progresser par bonds successifs. Mais en défense il peut aussi être remplacé par l'association classique : mitrailleuse, mortier de petit calibre, grenades.

Lance-flammes et fortification CORF

Le principe de l'installation de lance-flammes est envisagé par la CORF, dès la conception des ouvrages. Mais faute de matériels performants et surtout compte tenu du manque d'intérêt du lance-flammes dans la défense rapprochée de la fortification, l'arme n'est pas retenue au profit de l'association de FM-JM (tirs tendus) et de mortiers de 50mm (tirs courbes) auxquels sont adjoints des lance-grenades.

Cependant, en 1937, la question de l'installation de lance-flammes dans les ouvrages revient à l'ordre du jour, des essais de matériels sont entrepris, analysés, leurs résultats sont jugés -intéressants-. Seul le lance-flammes Mandet, maniable à tel point qu'il peut équiper les cloches GFM, dépasse le stade du prototype. Il restera cependant dans les cartons (sans doute à cause du fait que les GFM sont déjà suréquipées).


Lance-flammes Mandet
Description

Lance-flammes Mandet

Description

mandet_0.jpg Page de garde, très ornementée, du document relatif aux tests du lance-flammes.
mandet_1.jpg
mandet_3.jpg Vue d'ensemble de l'appareil Mandet testé.
Le lance-flammes est constitué de deux postes :
- le poste de tir, avec la lance adaptable à un créneau type GFM, servi par le tireur,
- le poste d'approvisionnement, avec les réservoirs à liquide inflammable et à propulseur, servi par deux pourvoyeurs.

Ces deux postes, plus ou moins éloignés l'un de l'autre, sont reliés entre eux par un ensemble de trois tuyaux : l'un amène le liquide inflammable sous pression ; le second permet le maintien d'une veilleuse allumée en bout de lance ; le troisième est un porte-voix reliant les deux postes.


La lance

Description de la lance

mandet_5.jpg Lance de l'appareil Mandet, vue plongeante droit.

De la gauche vers la droite :
- sur la lance : manette actionnant la vanne de lancer du liquide inflammable,
- sous la lance : manivelle de la magnéto (et magnéto) servant à enflammer la veilleuse de l'extrémité de la lance,
- au centre : système de fixation au créneau de GFM,
- à l'extrême droite : brûleur, veilleuse.


mandet_4.jpg Vue profil droit. Sur cette photo la veilleuse a été enlevée.
mandet_6.jpg Gros plan sur la veilleuse.

- au centre : canon de sortie du liquide inflammable,
- tout autour : veilleuse à huit trous,
- à gauche : allumeur électrique de la veilleuse (relié à la magnéto).


Approvisionnement

Approvisionnement

mandet_7.jpg
mandet_2.jpg Bouteilles d'approvisionnement.

Ce poste est constitué de deux mécanismes symétriques alternativement utilisables et interconnectables.

Chaque mécanisme comprend 2 longues bouteilles d'air sous pression (propulseur) situées de part et d'autre d'une grosse bouteille (réservoir à liquide inflammable) dont le contenu permet un tir continu de 20 secondes (qu'il est conseillé de remplacer par une série de 20 tirs d'une seconde chacun).

Lorsqu'une des deux grosses bouteilles à liquide inflammable est vide, une manette permet à l'un des deux pourvoyeurs de connecter la seconde bouteille à la lance, pendant que l'autre pourvoyeur remplit la bouteille vide. Les bouteilles d'air comprimé sont aussi interconnectables et ont une très longue durée de vie (dont nous n'avons pas trouvé la valeur exacte).


Réapprovisionnement

mandet_8.jpg Remplissage d'une bouteille.

Le réapprovisionnement en liquide inflammable a un point fort : il peut être réalisé à partir de fûts ordinaires, du commerce. Aucune pompe n'est nécessaire car un double tuyau permet de mettre le fût sous légère pression (une pression forte le ferait éclater) ce qui refoule le liquide inflammable.


Avantages du système

Ce système, mobile sur chariot, peut donc être déplacé suivant les besoins. Mais surtout il est autonome ! C'est-à-dire, qu'il n'a pas besoin de compresseur fonctionnant lors de l'utilisation du lance-flammes ni de pompe pour le recharger. C'est un avantage important puisqu'il peut ainsi équiper les blockhaus dépourvus de groupes électrogènes.


Maniement

Maniement et performances du lance-flammes

Lorsque l'appareil est prêt à fonctionner le tireur allume la veilleuse, après avoir ouvert son circuit, vise et tire, par rafale de jets d'une durée de 1 seconde chacun.

La pression du liquide inflammable, variable à volonté entre 500.000 et 1.200.000 Pa, permet d'obtenir une portée comprise entre 8 et 30m (moins par vent contraire, comme on peut s'en douter).

Comme le jet enflammé est quasiment rectiligne jusqu'à son extinction, si l'on désire réaliser des tirs courbes (par exemple atteindre des assaillants défilés dans un trou d'obus), il suffit de lancer un jet, veilleuse éteinte, puis d'enflammer ensuite la flaque produite par un nouveau jet, veilleuse allumée.

Point faible : le remplissage du réservoir à liquide inflammable n'est pas possible en moins de 20 secondes (il en faut juste un peu plus). Or un tir continu le vidant en 20 secondes ce lance-flammes ne peut pas être utilisé en continu plus de 40s (temps de vidage des 2 réservoirs). Par contre, des tirs courts successifs de 1 seconde peuvent être répétés très longtemps car ils laissent suffisamment de temps pour recharger les réservoirs.

Conclusions

mandet_10.gif Signature de qualification du lance-flammes.

Après essais à l'Établissement d'Expériences Techniques de Bourges, le 15 novembre 1938, l'ingénieur militaire Principal Cabrit conclut :

L'appareil Mandet paraît dès maintenant pouvoir être soumis à des essais dans les ouvrages fortifiés dans les conditions normales d'emploi.

Nous n'avons pas trouvé trace de ces essais. Ont-ils eu lieu ? A-t-on constaté qu'ils n'apportaient pas grand-chose à la défense rapprochée des ouvrages ? A-t-on jugé bon de ne pas installer un appareil de plus dans les cloches GFM déjà surchargées de matériels ? Toujours est-il qu'aucun lance-flammes n'équipait les ouvrages en 1940.


Lance-flammes SIAM
Description

Lance-flammes SIAM

Description

Introduction

En 1937, la question de l'installation de lance-flammes dans les ouvrages fortifiés revient à l'ordre du jour. Les Établissements SIAM réalisent un appareil qu'ils présentent à la Section Technique du Ministère de la Défense Nationale et de la Guerre le 17 novembre 1938. C'est un peu tard, compte tenu du fait que les Établissements Mandet ont déjà présenté un système (différent) dont le principe a été approuvé.

Description générale

L'appareil SIAM est beaucoup plus performant que son concurrent. En effet, il peut lancer des jets à plus de 70 mètres, il peut être utilisé en continu et sa consommation est faible (10 litres/seconde). De plus il est techniquement très simple.

siam_1.gif Principe de l'appareil SIAM. Schéma Cima

L'appareil est techniquement simple. Il est constitué :
- d'un réservoir à liquide inflammable dont la dimension n'est pas imposée,
- d'un réservoir d'accumulation (accumulateur) hermétiquement clos,
- d'un moteur électrique de grosse puissance (au moins égale à 10 kW) qui actionne une pompe,
- d'une pompe centrifuge qui charge, en liquide inflammable, le réservoir d'accumulation, ce qui augmente la pression de l'air dans ce dernier,
- d'un tuyau flexible qui relie le réservoir d'accumulation à une lance de projection,
- d'une lance sur laquelle est fixée une veilleuse dont l'allumage se fait par magnéto.


Mais l'appareil SIAM a trois inconvénients majeurs : sa lance est encombrante, il n'est pas mobile et, surtout, il a besoin d'énergie électrique, ce qui l'empêche d'être utilisé dans les blockhaus sans centrale électrogène. Aussi le 30 novembre 1938 le colonel Mouflard, directeur de la section technique du Génie, suggère-t-il de réserver ce lance-flammes aux gros ouvrages et à condition qu'il soit installé dans de nouveaux cuirassements (donc nouveaux blocs) spécialement étudiés à cet effet. Il propose tout particulièrement un cuirassement type cloche LG (lance-grenades), avec champignon éclipsable, afin d'assurer un tir sur 360°.

cloche_lg.jpg Cloche LG (lance-grenades) ; type d'emplacement proposé par le colonel Mouflard pour l'éventuelle installation des lance-flammes SIAM. Ce cuirassement fait penser à ceux des gros lance-flammes mis en place par les allemands dans certaines de leurs fortifications du mur de l'Atlantique.

Conclusions

Compte tenu du fait que l'appareil SIAM n'ait eu des chances d'être agréé qu'après l'étude de nouveaux cuirassements, il est peu probable qu'un prototype opérationnel ait été réalisé. Quoi qu'il en soit, de notre côté nous n'en avons pas trouvé traces.


Protection des fortifications
Simulation d'attaque

Protection des fortifications contre les lance-flammes

Simulation d'attaque au lance-flammes

lf_lavoir_2.jpg Essai de lance-flammes au B1 du Lavoir (SF Savoie) les 26 et 27 avril 1940 (Comparez la date de l'essai avec le 10 mai 1940 : attaque allemande).

Essais, aux résultats catastrophiques

Le haut commandement français ayant émis quelques doutes sur l'efficacité du matériel de ventilation face aux lance-flammes dont l'armée allemande est dotée, des essais sont programmés dans les Alpes où les Italiens n'ont pas encore fait preuve d'actes belliqueux.

Le 26 avril les essais sont faits sur une prise d'air normale (sans déshuileur ni plaque de protection), ventilation en marche, bien sûr ! Un lance-flamme projette 10 litres de mélange enflammé d'huile et d'essence en plusieurs jets successifs. Puis l'expérience est renouvelée.

Les résultats sont catastrophiques ! Les filtres sont immédiatement colmatés et leur débit est divisé par 3 (Il passe de 600m3/h à 200m3/h). Seule consolation, ils restent étanches.

Le 27 avril les essais sont repris avec le même protocole, mais cette fois la prise d'air est protégée par une plaque de tôle. Les résultats sont plus satisfaisants que la veille puisque le colmatage des filtres est alors nettement diminué. Mais il n'en demeure pas moins qu'après deux essais successifs le débit d'air de la ventilation passe tout de même de 600m3/h à 500m3/h. Il n'y a pas de quoi pavoiser.

Constat de la Délégation Permanente des Sections Techniques au cours de sa réunion du 9 mai 1940 (veille de l'attaque allemande) :

Les essais de lance-flammes sur les prises d'air ont montré que le filtre était assez rapidement colmaté. Les appareils protecteurs successivement expérimentés (déshuileur, plaque ou hotte de protection de l'orifice de prise d'air) n'ont pu empêcher le colmatage.

Le problème est sans solution immédiate !

lf_lavoir_3.jpg Démontage de filtre après expérience.
Conséquences

Conséquences sur le terrain

Note, juste avant les combats de mai 1940 (extraits)

lf_georges.jpg En-tête de la note de service signée, le 30 avril 1940, par le général GEORGES, commandant en chef sur le Front Nord-Est (Document SHAT).
Quel que soit le mode ou la puissance des lance-flammes ceux-ci agissent par jets successifs. Dans chaque jet ils projettent pendant un laps de temps très court une quantité importante de liquide qui est normalement enflammé à quelques mètres de la sortie de l'ajutage. Le jet de liquide peut également ne pas être enflammé. Dans ce dernier cas un jet ultérieur met le feu au liquide projeté antérieurement.
La portée des engins allemands n'est pas connue exactement. On peut toutefois admettre les chiffres suivants : 100m pour les chars lance-flammes, 30 à 40m pour les engins portatifs.
Les flammes agissent soit par brûlure directe soit par élévation de température (plus de 1000°C) rendant intenable une zone assez étendue aux alentours du jet. En terrain libre on ne peut approcher du jet à moins d'une trentaine de mètres.
Pendant quelques instants un treillage fin à la manière d'une lampe de mineur arrête la flamme mais laisse passer le liquide. Très rapidement le treillage est détruit par suite de l'élévation de température et la flamme qui traverse à nouveau met le feu au liquide qui a filtré à travers le grillage. Par contre le moindre écran opaque en substance ininflammable coupe le rayonnement de chaleur ou arrête le jet. Le jet de flamme est accompagné d'un grand dégagement de fumée qui permet difficilement à celui qui est d'objet de l'attaque de voir l'engin lanceur.
Protection dans les ouvrages fortifiés
1- Ouvrages type CORF. Aucun effet n'est à redouter en raison de l'étanchéité des créneaux (armes montées sur rotule).

[On remarquera qu'il ne dit rien sur les bouches d'aération. NDLR].

2- Ouvrage type MOM. Ces ouvrages ont leurs embrasures obturées partiellement soit par des trémies soit par des sacs à terre.
Si l'engin lance-flammes arrive à portée, les flammes pénètrent à l'intérieur par le moindre interstice et agissent sur le personnel [ ]. Il faut cependant noter que dans les ouvrages à plusieurs chambres il est rare que le jet de flammes intéresse en même temps toutes les chambres de tir. Dans ce cas des extincteurs peuvent être mis en œuvre par le personnel non atteint, et les extincteurs au bromure de méthyle sont très efficaces, ils éteignent rapidement les flammes sans dégager de produits nocifs. Les extincteurs à mousse et au tétrachlorure de carbone sont à prohiber d'une manière absolue.
Quoi qu'il en soit, en l'état actuel des choses, la parade la plus efficace consiste à empêcher l'engin lance-flammes d'arriver à portée de jet des ouvrages.

[Sans trop s'avances, on peut affirmer que c'est la parade absolue ; même contre les bombardements, les mines et l'assaut ! NDLR]


Note, au cours des combats de 1940 (extraits)

lf_42caf.jpg En-tête de la note de service signée, le 1er juin 1940, par le Général de Division Renondeau, commandant le 42°CAF ex SF Crusnes (Document SHAT).

Après 20 jours d'attaque allemande :

L'action des lance-flammes ne peut être sérieuse que sur les créneaux de cloches de GFM, sur les prises d'air et sur les créneaux de FM sous béton.
Les effets possibles des attaques des organes fortifiés tels qu'ils sont brièvement exposés ci-dessus conduisent à prescrire les consignes suivantes relatives à la défense contre les attaques.
Toutes les embrasures doivent être munies de leur équipement réglementaire, en veillant scrupuleusement à la fixation normale de ces équipements.

[En effet, il n'était pas inutile de le rappeler car dans certaines fortifications, les hommes, las d'être contraints d'observer au travers des glaces d'épiscopes de GFM, avaient tout simple retiré ces appareils et faisaient leurs observations à ciel ouvert. NDLR]


Remarque, à propos de l'absence de lance-flammes à l'ouvrage de la Ferté

Certains auteurs font remarquer qu'en 1940 si l'ouvrage de La Ferté avait été pourvu de lance-flammes (comme, par la suite, les ouvrages allemands du Mur de l'Atlantique) les allemands n'auraient peut-être pas pu s'en approcher et faire sauter sa tourelle de mitrailleuses. C'est possible. Mais au moment de l'attaque, la tourelle était bloquée et inutilisable, les troupes amies du voisinage avaient été retirées et l'une des 3 cloches GFM était hors service suite aux bombardements de préparation. A quoi donc, alors, auraient ressemblé les lance-flammes de protection ? Dans le cas de La Ferté, c'est une protection par troupes extérieures (retirées sur ordre) et artillerie (ajournée faute de crédits) qui a cruellement fait défaut, plus que toute autre sorte d'armes. (R.Cima)


Pour en savoir plus...
Commentaires

Pour en savoir plus...

Commentaires d'internautes

Qui dit 'bouteilles sur le dos' ne dit pas nécessairement 'lance-flammes portatif'. Sur cette photo transmise par M.C.Imbert, ce sont les bouteilles d'oxygène d’un projecteur (porté par l'homme de droite) oxyacétylénique de 28cm G Blink 14 allemand construit par CARL ZEISS (1ère guerre mondiale). NDLR

Très bon travail. L'appareil SIAM, envisagé, correspondrait au système mis en place par les allemands sur une vingtaine de leurs fortifications. Voir le site http://www.ostwall.com/Waffen/FN-Geraet.htm Cordialement M.T

Nos autres documents connexes

.
.

Kiosque

Espace détente

Kiosque

.

.
.
.
.
.
Philippe et Michel Truttmann. E-R Cima, kaff.