../s3_ae.gif Ventilation des fortifications CORF. Blocs de combat.
Dossier réalisé par E_et_R_Cima à partir de documents techniques divers. E_R_Cima ©1999-2018

Ouvrages CORF.
Ventilation d'un bloc de combat.

Introduction

Introduction

Spécificité d'un bloc de combat

Si, pour la vie du personnel, les besoins généraux de ventilation sont les mêmes, dans le casernement souterrain et les blocs de combat, (évacuer l'air pollué et permettre de respirer normalement), un paramètre important l'emporte cependant au voisinage des armes ; au cours de leurs tirs ces dernières produisent une grande quantité de gaz toxiques, particulièrement concentrés dans les canons et dans les étuis vides des munitions consommées.

L'air du poste de tir peut très vite devenir délétère.

Le schéma définitif de ventilation d'un bloc de combat sera affiné tout au long de ce document, en liaison avec les paramètres analysés.


Isolation

Isolation du bloc

ge25-001.png

Schéma (ou plutôt ébauche de schéma) de la ventilation d'un bloc de combat.


Protection du casernement

La première précaution à prendre consiste à séparer bloc et casernement par un sas étanche.
Ce dispositif empêche toute pollution du casernement par les gaz toxiques susceptibles de provenir du bloc en action.

mouv_046_b2_sas.jpg

Sas isolant le bloc 2 à l'ouvrage du Bambesch (SF Faulquemont).
Photo Gérald_Goeltl.


Utilisation de l'air pur du casernement

En dehors des périodes d'alerte et de tirs, le sas reste généralement ouvert et le bloc « profite » de l'air pur du casernement. Mais la bonne circulation de cet air nécessite la présence d'un circuit local d'activation de la ventilation.

sa_b2_sas.jpg

La prise d'air pur est faite côté casernement, en avant du sas.
Photo : B2 du Sainte Agnès (SFAM).

Remarques. Ici, comme l'air pur part ensuite en sous-sol, le manchon de prise d'air est vertical.
La petite gaine de ventilation que l'on voit au niveau de la voûte de la galerie est indépendante du système de ventilation que l'on est en train d'étudier.


ge25_sa_isolation2.jpg

De l'autre côté du sas, un ventilateur puissant propulse l'air pur dans le bloc.
Photo : B2 du Sainte Agnès (SFAM).

Remarque. Ici, l'air arrive côté droit de la photo (s'il n'est pas bloqué par une vanne), puis passe dans le ventilateur qui le propulsé dans la gaine, côté gauche de la photo.


Aide à la ventilation du casernement

Le 4 septembre 1939, juste après la déclaration de guerre de la France à l'Allemagne, le Hackenberg (SF Boulay) a complété sont équipage (effectif : 33 officiers, 131 sous-officiers, 846 hommes de troupes ; commandant : Commandant Ebrard) et commence à fonctionner dans les conditions normales prévues par le Génie.

Se posent alors plusieurs problèmes dont celui du renouvellement régulier de l'air dans le casernement souterrain où respirent près de mille hommes. Le 4 septembre, au cours de la réunion « commission d'ouvrage », le Commandant Ebrard dicte alors l'ordre suivant :

hacken_doc.jpg
Point XII. Service intérieur... Les chefs de blocs ventileront tous en même temps de 6h à 8h, sas fermés, toutes les ouvertures de blocs ouvertes et en régime « normal » [celui que l'on vient de voir] pour remonter l’air des galeries.

Photo d'un document de Michel_Truttmann.

Comme on le constate, ce dispositif de ventilation des blocs peut être utilisé pour renouveler rapidement tout l'air du casernement.


Surpression

Mise en surpression du bloc de combat

ge25-001a.png

Schéma (ou plutôt : encore ébauche de schéma) de la ventilation d'un bloc de combat.

Au prix d'un surcoût de construction, on peut, à la fois, éviter la pénétration des éventuels gaz de combat ennemis, se protéger contre une attaque par lance-flammes et grenades, et éliminer les gaz toxiques produits au cours des tirs. Il suffit de rendre étanches les ouvertures vers l'extérieur (tout particulièrement les créneaux de tir) et de mettre le bloc en légère surpression !

Même si les ouvertures ne sont pas totalement hermétiques, l'air intérieur renouvelé s'oppose alors à toute entrée intempestive de gaz. De plus, à chaque ouverture de culasses, l'air du bloc s'engouffre dans la lumière du canon et chasse les résidus toxiques produits par la munition tirée.


La surpression prévue est officiellement de « 3mm d'eau » (+/- Clic : définition)Le « mm d'eau » (mmH2O), vieille unité, est défini comme étant la pression exercée par une colonne de 1mm de hauteur d'eau à 4°C dans les conditions standard de gravité terrestre. 1 mmH2O = 9,80638 Pa
Le Pa (Pascal) est l'unité légale de pression. Pour s'en faire une petite idée « simple », au niveau de la mer, et à 4°C, la pression atmosphérique est d'environ 101300 Pa.
dans les blocs d'infanterie et de « 7mm d'eau » dans les blocs d'artillerie.

Des manomètres permettent de contrôler cette surpression et des panneaux le rappellent (voir ci-dessous dans une casemate pour JM).


surpression_bc.png

Attention. Jumelage de mitrailleuses. Lorsque la surpression intérieure du local descend au-dessous de 1mm d'eau : prendre les mesures de sécurité contre les gaz toxiques dégagés par les pièces (oxyde de carbone).

Des surpressions de 3 à 7mm d'eau n'incommodent pas le personnel. Par contre, des surpressions trop faibles risquent de ne pas être suffisantes pour se débarrasser du dangereux monoxyde de carbone !


Rotules d'étanchéité au niveau des créneaux de tir

ge25_fermont.jpg

À l'extrémité de ce trumelage (2 mitrailleuses et un canon de 25mm), on peut voir la rotule permettant le pointage de l'arme tout en conservant étanche son créneau.

Photo Gérald_Goeltl, prise au musée du Fermont (SF Crusnes).


Salle de neutralisation

Salle de neutralisation

ge25-001b.png

Schéma (ébauche, encore ébauche) de la ventilation d'un bloc de combat.

Le surcoût de construction, pour mettre en surpression le bloc de combat, n'est pas limité au prix des créneaux étanches. En effet, lorsque les armes tirent, surtout lorsqu'il s'agit de matériel d'artillerie, les besoins en air pur sont si importants que l'utilisation de l'air du casernement est loin d'être conseillée.

En effet, pomper de l'air dans le casernement, c'est mettre ce dernier en dépression et favoriser ainsi sa pollution par des éventuels gaz de combat ennemis.

En matière de ventilation il importe donc que le bloc soit autonome lors de ses tirs et possède donc sa propre salle de ventilation. Et qui dit ventilation reliée à l'extérieur dit aussi neutralisation (par filtres) des gaz pompés.


sa_b2_sn.jpg

Photo de la salle de neutralisation du B2 du Saint-Agnès (SFAM).

Le B2 étant fortement armé (1.JM, 2.75, 2.135, 2.81), sa salle de neutralisation est imposante.

On la voit ici aux couleurs normalisées d'origine.
► Vert : gaines pour air provenant de l'extérieur et donc éventuellement pollué.
► Rouge : gaine pour air respirable, dépollué si besoin après passage dans les filtres.
► Blanc : gaine reliant directement le circuit vert au circuit rouge. Cette gaine évite de passer par les filtres, pour le cas ou l'air extérieur serait respirable.


Prise de l'air extérieur

schoe_lm_b2_gfm.jpg

Certaines salles de neutralisation de bloc ont une prise d'air en façade, d'autres en ont une par champignon blindé situé sur la dalle du bloc.

Un tel champignon est bien visible au premier plan de la photo ci-contre du B2 (Tourelle de Mitrailleuse) du Schoenenbourg (SF Haguenau).

Photo Luc_Maillot.


Douilles usagées

Devenir des douilles usagées

Les douilles (étuis) des munitions d'infanterie de petit calibre (pour FM, JM, AC25, AC37, AC47, etc.), ne sont pas réutilisables, contrairement à celles des munitions d'artillerie. Les premières sont donc éliminées de la fortification alors que les secondes sont stockées dans une « chambre à douilles » en vue d'une réutilisation ultérieure.


Élimination directe des étuis d'infanterie

schoe_lm_b7_jm.jpg

Au-dessous de ce jumelage de mitrailleuses, une gaine traversant le béton permet d'éjecter vers l'extérieur les étuis usagés.

Schoenenbourg (SF Haguenau). Sous ce JM du Bloc 7 on voit très bien la gaine conduisant les étuis, depuis leur sortie de culasse jusqu'à une gaine fixe traversant le béton.

Photo Luc_Maillot.


f89_1.jpg

Baisse St Véran (SFAM). La gaine d'évacuation du JM (B2) débouche au niveau du créneau, sous son axe de tir.

Photo Jean-Jacques_Moulins.


Élimination indirecte des étuis d'infanterie

Lorsque les armes ne sont pas en façade de bloc, c'est-à-dire lorsqu'elles sont dans des cloches ou des tourelles, leurs étuis usagés sont récupérés dans des caissons étanches, avant élimination manuelle.

bichel_bas_cloche.jpg

Au pied de cette cloche GFM, par la gaine grise centrale, les étuis usagés tombent dans le caisson étanche qu'un servant ventile (ventilateur à main). Puis ils sont récupérés et éliminés.
La gaine grise de droite permet d'extraction de leurs gaz toxiques.

Abri du Bichel-Sud (SF Thionville). Photo Olivier_Terver.


fr_fm3_rc.jpg

Cas particulier des FM de défense intérieure, utilisés en de très rares occasions. Ils sont, quant à eux, muni d'un petit sac récupérateur des étuis. Le sac est vidé après utilisation de l'arme.

Ouvrage de Fressinea (SFAM). Ici le FM, muni de son sac, est exposé sur un socle.


Récupération des douilles d'artillerie

Les douilles d'artillerie sont toutes récupérées pour être réutilisées.

ge25-001c.png

Schéma (ébauche encore mais, promis, c'est la dernière ébauche !) de la ventilation d'un bloc de combat.

Les douilles, éjectées de la culasse, viennent frapper un dosseret puis tombent dans un entonnoir qui les conduit sur un toboggan d'où elles glissent jusqu'au local de récupération (chambre à douilles). Le tout est étanche, pour éviter la pollution du bloc par les résidus toxiques contenus dans les douilles.


sa_75_b2.jpg

Sur cette photo, le dosseret est bien visible, à l'arrière de ce 75/31 du B2 de l'ouvrage de Sainte-Agnès (SFAM).
Le dosseret est solidaire du canon. Il le suit donc au cours de ses mouvements de pointage en direction.


fourachaux_b2_douilles.jpg

Toboggan avec portes étanches installées à différents niveaux, pour le cas ou des douilles viendraient à se coincer au cours de leur descente.

B2 du Four-à-Chaux (SF des Vosges). Photo Gérald_Goeltl.


Ventilation des douilles

Ventilation de la chambre à douilles

Lorsque les tirs sont terminés, le ventilateur « air pur » permet de mettre en surpression la « chambre à douilles » car cette dernière et son toboggan sont hermétiquement clos, même au niveau du canon. En effet, au niveau de l'entonnoir, derrière le canon, un clapet anti-retour à balancier se referme automatiquement après chaque passage de douille.

La « chambre à douilles » étant mise en surpression, une simple gaine d'évacuation, sans ventilateur, élimine alors les gaz toxiques (CO), en une quinzaine de minutes.

ge25_sa_douilles.jpg

Sainte Agnès (SFAM). Porte étanche de la chambre à douilles du B2.
Sur cette photo on peut voir les deux gaines : arrivée d'air pur (rouge) et départ d'air vicié (jaune) qui permettent de dépolluer les douilles avant leur récupération.


Dès lors, on peut enfin réaliser un schéma (presque) complet de la ventilation d'un bloc de combat et... clore ce dossier un peu technique !

ge25-001d.png


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Compléments...

Compléments...
Commentaires d'Internautes

Commentaires d'Internautes


1-12-2018- Bonsoir Monsieur CIMA
Je viens de prendre connaissance de votre étude sur la ventilation des ouvrages fortifiés et, une fois de plus, je suis très admiratif devant tout le travail de recherches techniques sur ce secteur de zone confinée nécessitant de multiples aspects, techniques à proprement parler, mais aussi sur le souci de la protection humaine à différents moments de la vie des hommes à vivre enfermés, sous terre, au repos ou au combat.
Bravo et merci - Pierre B.


Excellent cela va nous servir amitiés.
Serge A.


Merci Raymond,
Denys C.


Surfons alors... merci à vous !
Laure-Sylvie L.



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