../s3_ae.gif Ligne Maginot - Juin 1940. Combats du XVeCA. Tous droits réservés © Cima 2005-2015.
11-25 Juin 1940.
Combats du XVeCA, relatés par le Général René_Magnien, commandant le SFAM. Ce document a été réalisé à partir de nombreuses sources dont, tout particulièrement, les archives personnelles de Mme Odile_Daveau, petite-fille du général René_Magnien, et de son époux, Philippe_Daveau, que nous remercions vivement. Les informations relatives au GAO 548 sont de Matthieu_Comas (Evelyne et Raymond Cima).
Le contexte

Le contexte

Au 11 juin 1940, jour d'entrée en guerre de l'Italie contre la France, la défense de la frontière entre ces deux pays est assurée par l'Armée des Alpes (Général d'Armée Olry_).


Général Olry_


Le XVeCA a pour mission de défendre Nice_ depuis la mer jusqu'aux vallées de la haute Tinée_ ; il est aux ordres du Général de Corps d'Armée Montagne_.


Général Montagne_


Le XVeCA (qui recouvre le SFAM du temps de paix) comprend :


Remarque : dans ce document, les textes du Général René_Magnien sont référencés R_M, comme celui ci-dessous. Les autres informations sont tirées, entr autres, du livre «La bataille pour Nice_ et la Provence_» (Général Montagne_).
R_M. Le 11 Juin à 0 heure, les hostilités étaient ouvertes entre la France et l'Italie. Par ordre du Général Commandant l'Armée des Alpes toutes les destructions préparées en avant de la P.R. (Position de Résistance) étaient aussitôt mises en oeuvre, à titre préventif, pour interdire à l'ennemi, dans toute la mesure du possible, une attaque avec appui massif d'engins blindés et pour gêner le mouvement en avant de son artillerie et de ses ravitaillements, au cas où il prendrait l'offensive. Seules ont été momentanément ajournées quelques destructions qui auraient gêné les propres communications des éléments avancés du S.F.A.M. Elles ont été peu à peu mises en oeuvre par la suite, au fur et à mesure du développement de la bataille.

Journées d'observation
11-12-13 juin

Journées d'observation

11, 12 et 13 juin 1940

R_M. Les journées des 11, 12 et 13 juin furent sans histoire. Au contact, nos patrouilles d'Éclaireurs Skieurs signalaient que les Italiens se bornaient à aménager la crête frontière avec des réseaux et des armes automatiques partout où nous ne l'occupions pas en permanence. Nos quelques postes avancés à la crête frontière continuaient à vaquer à leurs occupations sans que les Italiens ouvrissent le feu sur eux. Nous ne cherchions pas d'ailleurs à revenir en force aux points d'observation habituels de nos patrouilles qui avaient été occupés dès le début par l'ennemi, mais nous mettions cette période de calme relatif à profit pour préparer encore de nouvelles destructions en avant de la P.R.

11 juin

Activité importante italienne sur toute la frontière, sans coups de feu. Des avions italiens survolent le dispositif français et les arrières de ce dispositif.

12 juin

Premier échange de coups de feu dans la vallée de la_Tinée vers Cuson_. Premiers tirs de l'artillerie française sur un détachement italien, à l'entrée de la_Gordolasque. Premier tir de DCA française sur une escadrille italienne, le long du littoral.

13 Juin

65eDI : près de St_Martin_Vésubie, une attaque italienne est stoppée et une contre-attaque, appuyée par l'artillerie, permet de s'emparer du Piagu, en territoire italien.

Premiers bombardements de l'aviation italienne : sur la gare de Cannes_la_Bocca (pas de dégâts ni de victimes), sur les terrains d'aviation de Cannes_la_Bocca (sans résultat) et, plus à l'ouest, deux tués sur le terrain d'aviation de Fayence_ (Clic +/- info)Fayence_ est le terrain où est stationné le Groupement Aérien d’Observation (GAO 548), rattaché au XVeCA. Sa mission : observer la frontière. Sa particularité : être le seul GAO a avoir effectué des missions en Italie. (information de Matthieu Comas)


Combats d'étude
14 juin

Combats d'étude

14 juin 1940

65eDI : journée calme. Quelques coups de feu.

SFAM : les italiens occupent fermement la frontière nord du SFAM et attaquent sa partie sud.

R_M. Dans la matinée du 14, brusquement, au point du jour, l'ennemi tenta les premières actions de détails sur la frontière. D'une part il attaquait tous les points accessibles de la crête frontière du Treitore (Nord du Grammondo) à la mer (Sud du Pont_St_Louis). D'autre part, une patrouille d'Éclaireurs Skieurs qui montait dans le brouillard au Capelet_Supérieur (région nord de l'Aution) tombait dans une embuscade qui lui causait quelques pertes [1 mort, 1 disparu, 2 blessés] et la repoussait. De même la patrouille qui montait à l'observatoire d'Anan le trouvait fortement occupé et, accueillie à coups de feu, devait se replier.
Mais dès le début de l'attaque notre supériorité s'affirmait sur deux points :
-la résistance et la valeur de nos petits groupes d'Éclaireurs Skieurs qui infligeaient des pertes très sensibles aux Italiens avant de se replier devant des effectifs bien supérieurs en nombre.
-La rapidité de déclenchement et la précision de nos tirs d'artillerie sur les crêtes et les débouchés de la frontière.

Le 89eR.I. italien et un Bataillon de chemises noires subirent au cours de ces attaques des pertes sensibles, surtout en Officiers et, poursuivis par nos tirs d'artillerie, durent finalement se replier sur la crête frontière en fin d'après-midi, ce qui permit aux S.E.S. de réoccuper la plupart de leurs positions précédentes de stationnement [entre le Treitore_ et Pont_St_Louis] (Orméa_, Plan_du_Lion, Granges_Saint_Paul, Castellar_Vieil). Elles n'avaient subi que des pertes infimes [aucun tué].

Dans la nuit du 14 au 15, les Italiens ont occupé d'une part : toute la crête Nord, du Scandail au Pas_de_la_Tranchée, où nous n'avions aucun élément fixe, et d'autre part : l'observatoire du Campbel et les Granges d'Arrès.

15 juin

15 juin 1940

L'aviation italienne bombarde deux terrains d'aviation dans le département du Var (à l'Ouest des Alpes_Maritimes).

65eDI : journée calme. Quelques coups de feu.

SFAM : les italiens attaquent dans le saillant de Saorge_ et aux alentours de Breil_.

Le GAO 548 fait une reconnaissance sur le secteur de Vintimille, reconnaissance qui ne peut pas être réitérée les jours suivants, à cause du mauvais temps.

R_M. Le 15 juin, dans la journée, le secteur de la Pointe_de_Lugo voyait les Italiens se porter en avant dans la région Campbel_, Lugo_ et également vers le Mont Ainé_ et les Granges_de_Zuaine. Nos sections d'Eclaireurs Skieurs, selon les ordres donnés, se repliaient en combattant et s'accrochaient sur les pentes descendant vers la Roya_ dans la région de Pève_ et au-dessus de Breil_ et de la Giandola_.

16 juin

16 juin 1940

65eDI : quelques coups d'armes automatiques et de mortier vers Douanse_

SFAM : les italiens poursuivent leur attaque dans le saillant de Saorge_ et les alentours de Breil_

R_M. Le 16, la pression Italienne s'accentuait. Elle se manifestait surtout en avant de Fontan_, où deux de nos S.E.S. (à Scarassoui_ et à Pèvé_) contenaient l'ennemi, à l'est de Breil_ et au Cuore_, où notre S.E.S., qui avait occupé un peu de territoire italien, pouvait maintenir ses positions.

17 juin

17 juin 1940

65eDI : attaque à l'arme automatique et au mortier au voisinage d'Isola_ et décrochage des S.E.S.

SFAM : les italiens poursuivent leur attaque dans le saillant de Saorge_ et les alentours de Breil_.

R_M. Le 17, ces petites actions se terminaient par un véritable succès de nos S.E.S. :
-Celle de Scarassoui_ (105e B.C.A.) se dégageait sans perte en stoppant l'ennemi, fort d'un Bataillon ;
-Celle de Pèvé_ (24e B.C.A.) réoccupait les Granges_d_Arrès et capturait une quarantaine de prisonniers.
-Celle des Granges_de_Zuaine et du Mont_Ainé (85e B.A.F.) réoccupait ses positions qu'elle trouvait couvertes de cadavres ennemis. Notre artillerie d'ouvrage et de position venait de faire la preuve de l'efficacité de ses tirs sur les colonnes ou les rassemblements ennemis.
Le Gouvernement Français ayant fait connaître à Midi qu'il avait demandé au führer allemand à quelles conditions on pourrait cesser le combat, de curieuses tentatives de fraternisation (?) étaient esquissées par les Italiens vers la fin de l'après-midi au Pont_St_Louis, au Restaud_ et au Cuore_. Ils nous annonçaient, sous le couvert de drapeaux blancs, que les hostilités étaient terminées, mais ne purent faire abandonner sa mission à aucun de nos éléments avancés.

Préparation d'attaque italienne
18-19 juin

Préparation d'attaque italienne

18-19 juin 1940

65eDI : attaque repoussée face à l'avant-poste de Conchetas_.

SFAM : le 19 à 9h l'artillerie italienne bombarde les alentours de l'Aution_, bombardement stoppé par une contre-préparation française.

R_M. Les 18 et 19 Juin furent deux journées d'accalmie complète. Nos observatoires, par contre, signalaient des mouvements intenses sur les arrières ; surtout autour de Vintimille_ ; des relèves s'opéraient chez l'ennemi qu'on voyait recueillir et transporter des morts et des blessés fort nombreux.

Reprise de l'activité italienne
20-21 juin

Reprise de l'activité italienne

20-21 juin 1940

20 juin

65eDI : attaques face à Isola_ et réoccupation du Piagü_ par les italiens.

SFAM : attaques italiennes sur l'ensemble du SFAM.

R_M. Le 20 Juin, les Italiens à la faveur d’un fort brouillard reprirent dès le matin leurs attaques :
  • À l’Est de Breil_, ils renouvelaient leurs tentatives précédentes pour arriver à la Roya_ en descendant du Mont_Ainé vers Breil_ et les Granges_de_Vezaire, et de la Région de Pèvé_ vers Saorge_.
  • À l’Aution_, l’artillerie préparait à Raus_ une attaque qui pouvait déboucher.
  • Du Grammondo_ à la mer une grosse attaque était menée par la 5° D.I. italienne appuyée de chemises noires et soutenue par une forte action d’artillerie.
Certains de nos ouvrages ainsi que certaines positions de batteries (Monte_Grosso, Agaisen_, Cap_Martin, la_Toracca, en particulier) étaient pris à partie par des pièces lourdes de 149, 210 et peut-être même de calibres supérieurs.
L’échec fut complet, notre artillerie de forteresse et de position ayant répondu à toutes les demandes d’appui de l’infanterie par des tirs rapides, remarquablement appliqués sur les objectifs signalés et qui avaient causé de très fortes pertes à l’ennemi.
Seul l’Ouvrage de Pont_St_Louis avait pu être débordé mais il tenait toujours et sur les Corniches l’avance italienne avait pu être arrêtée sensiblement à la frontière. À Breil_, l’ennemi avait pu arriver presque au bas des pentes et nos S.E.S. s’étaient retirées sur la rive droite de la Roya_.

21 juin

R_M. La journée du 21 juin fut à nouveau employée par l’ennemi à ramasser blessés et tués, à regrouper les éléments engagés et à préparer l’entrée en ligne de nouvelles divisions entre Breil_ et la Mer. Notre artillerie eut là l’occasion de disperser encore de gros rassemblements.
Pendant ce temps le Commandement Français se préoccupait de l’obligation où pourrait se trouver le XVeCA de mener la lutte sur deux fronts opposés, sur les Alpes contre les Italiens et sur le Var_ [fleuve] contre les troupes motorisées allemandes.

Le 21 juin le GAO 548 effectue une mission de reconnaissance sur le secteur allant du col de Tende_ jusqu'au au Nord de Vintimille_ (face au SFAM, en somme). «Aucune activité marquante des italiens n'est détectée.»


Attaque générale italienne
22 juin

Attaque générale italienne

22 juin 1940

65eDI : petits accrochages sur tout le front.

SFAM : attaque générale sur tout le front Est.

R_M. Le 22 juin, une attaque générale se déclenchait de bon matin contre le S.F.A.M, précédée d’une assez forte préparation d’artillerie sur toute la zone de Monte_Grosso à la Mer.
  • 1°.- Deux divisions (37°D.I. « Modena_ » et 5° D.I. « Cosseria_ ») lançaient leurs fantassins et leurs «chemises noires» à l’assaut de notre position du Cuore_ à la Mer. Deux attaques convergentes, débouchant de part et d’autre du Mulacier_ prenaient comme objectif la région du Razet_. Au Sud du Grammondo_ une forte attaque frontale visait les points forts de Castellar_ et de La_Colle et les ouvrages d’avant-postes qui les couvraient.
    Nos Sections d’Eclaireurs Skieurs supportèrent héroïquement le choc et arrêtèrent l’ennemi avec l’aide de nos petits ouvrages d’A.P. (Pierre_Pointue – Scuvion_ – La_Pena – La_Colletta – Le_Pilon – Pont_St_Louis), des Sections défendent les points forts de Castellar_ et de La_Colle, et de notre splendide artillerie divisionnaire de forteresse ou de position qui faisait un excellent travail malgré le brouillard qui gênait ses observateurs.
  • 2°.- Une Division (3°D.I. « Ravenna_ ») tentait de pousser par Fontan_ vers Breil_. Elle engageait en première ligne dans la vallée de la_Roya un Bataillon devant lequel reculait pas-à-pas une de nos S.E.S. qui, le soir, tenait encore toute la partie Sud de Fontan_.
  • 3°.- À l’Aution_ aucune attaque d’infanterie ne débouchait à la suite des tirs effectués surtout sur Raus_ et la crête qui s’étend de l’Orthigea_ à Plan_Caval, notre artillerie ayant vivement riposté.
L’après-midi, la bataille se poursuivait avec violence sur tout le front du Razet_ à la mer, avec des fluctuations continuelles dues surtout à l’action de l’artillerie sur les troupes attaquantes et à la résistance énergique de tous nos éléments d’avant-postes.
À la fin de la journée, autant qu’on pouvait en juger, le bataillon italien chargé de l’attaque au Nord avait pu pénétrer entre les deux ouvrages de Scuvion_ et de Pierre_Pointue_ qui étaient débordés et presque encerclés. Il avait coiffé le sommet du Razet_ et commençait à descendre vers le point fort de Plan_Germain où là les tirs combinés de l’artillerie et des deux ouvrages et enfin le bataillon refluait vers le col du Razet_, laissant des cadavres et des blessés sur le terrain.
Une sortie à la grenade d’une partie de la garnison de Pierre_Pointue avait permis à celle-ci de ramener une dizaine de prisonniers qui furent enfermés dans l’ouvrage.
À Fascia_Fonda, un groupe d’Éclaireurs s’étaient héroïquement défendu et 5 Alpins s’étaient fait tuer sur leur arme qu’ils avaient servi jusqu’au dernier moment.
Au Sud, l’attaque avait pu dépasser l’Ouvrage du Pilon_, déborder La_Colle par ses deux flancs Est et Ouest, et atteindre les réseaux qui protégeaient Castellar_, obligeant à envisager le repli de ces deux derniers points forts, comme il était prévu au Plan de Défense.
Une radio émise par les Italiens nous apprenait le soir que la 89°R.I. venait de recevoir l’ordre d’occuper dans la nuit Menton_, quelles que soient les pertes qui pourraient en résulter, et cela à la demande expresse du Gouvernement du Duce.
D’autre part des observateurs d’artillerie avaient signalé des chalands qui se rassemblaient derrière Grimaldi_, ce qui pouvait faire craindre un débarquement éventuel sur le flanc ou les arrières du S.F.A.M., permettant de faire franchir à des engins blindés la zone, impraticable pour eux, des destructions.
Nos troupes étaient donc avisées d’être particulièrement vigilantes au cours de la nuit et l’Artillerie, qui disposait à pied d’œuvre d’approvisionnement relativement considérables, et dont les ravitaillements se poursuivaient normalement chaque nuit, était invitée à exécuter, pendant la nuit, sur tous les points de passage de la frontière et sur les principaux points du champ de bataille, des tirs irréguliers de harcèlement en vue d’interdire ravitaillement et relèves, et de gêner la circulation.
Du fait de ses pertes de la journée et de celles dues à ces tirs incessants au cours de la nuit du 22 au 23, l’ennemi, une fois de plus, dût se regrouper et évacuer ses nombreux blessés. Aussi la nuit resta-t-elle tout à fait calme. Mais le 23 au matin...

23 juin

23 juin 1940

65eDI : tentatives d'avancées italiennes sur tout le front.

SFAM : attaque générale, surtout sur Menton_

R_M. Mais le 23 au matin, par un temps très beau, des escadrilles de bombardement qui, la veille avait déjà opéré à Berre_les_Alpes, au Mont_Chauve, aux Banquettes_, venaient lancer leurs projectiles sur notre position de résistance dans la région des Corniches_.
À ce moment, le Cuore_ tenait toujours solidement, malgré l’extrême fatigue de la S.E.S. qui s’y défendait.
Toutes les S.E.S. qui avaient combattu plus au Sud jusqu’à la limite de résistance de leurs hommes, avaient été, dans la nuit, repliées en arrière de la P.R. et mises au repos afin de pouvoir être utilisées par la suite comme réserve de quartiers.
La ligne de résistance jalonnée par les ouvrages d’Avant-Postes paraissait, sur tout le front, atteinte sinon dépassée. Le_Pilon, Pierre_Pointue et Scuvion_ tiraient toujours, tandis que le Pont_St_Louis, la_Colletta et la_Pena, avec lesquels on ne pouvait plus communiquer, ne donnaient plus signe de vie.
Le point fort de la_Colle avait été évacué et replié sur les hauteurs de la rive gauche du Careï_ et l’ennemi était accroché aux réseaux de Castellar_ qui tenait encore.
À Menton_Garavan, les Italiens ne paraissaient pas avoir dépassé les abords Est du Vieux_Menton (Hôpital Barriquand_ et Port).
Le début de la matinée du 23 restait assez calme. Un orage violent s’était d’ailleurs mis à tomber, s’ajoutant à un brouillard épais qui interdisait toute visibilité.
Vers 16 h 30, on signalait seulement que les Italiens avaient poursuivi la conquête de Fontan_ dont nous ne tenions plus que la sortie Sud. Par contre à l’Est de Breil_, ils étaient un peu remontés vers le Mont_Ainé, suivis par des patrouilles de nos S.E.S. qui étaient repassées sur la rive gauche de la rivière.
À Plan_Germain, la situation restait toujours des plus confuses. Les Italiens semblaient avoir occupé l’ancien point fort, mais la garnison de celui-ci s’était retirée préalablement hors des bois, à la côte 1056 de la Graïa_d_Erch d’où elle dominait, à courte portée, son ancienne position.
Scuvion_ et Pierre_Pointue étaient maintenant dégagés et les communications par radio étaient rétablies avec tous les autres ouvrages d’avant-postes, sauf celui de Pont_St_Louis.
Le Bataillon italien du Razet_ semblait avoir été relevé par un Bataillon frais. Des infiltrations étaient signalées descendant du Plan_du_Lion : l’artillerie française malgré le brouillard intense battait d’ailleurs immédiatement tout objectif qui lui était signalé, tandis que l’artillerie italienne continuait à pilonner le P.R. avec des obus de tous calibres.
À partir de 17 h, sous une pluie diluvienne persistante et par un brouillard opaque, la bataille reprenait très violemment dans Menton_ même. Ne voyant rien, renseignés seulement par le bruit des armes qui tiraient et par les coups qu’ils recevaient, les défenseurs de la Position de Résistance ne pouvaient fournir que des renseignements très vagues, qui seront souvent reconnus erronés par la suite, mais que l’artillerie exploitait aussitôt. Un char canon suivi par 200 hommes à pied était signalé dans l’entonnoir de la destruction de Carnolès_, tirant à 1000 mètres sur les embrasures des casemates de Cap_Martin ; des chars étaient signalés sur la basse Corniche_, le long de la caserne de Menton_, arrêtés par la grosse destruction de la villa « Bien_Située », au tournant voisin de l’entrée du tunnel, puis sur la place d’Armes au bord de mer de Menton_. Or il a été établi par la suite qu’aucun engin blindé italien n’avait pu pénétrer dans Menton_, l’Ouvrage de Pont_St_Louis ayant toujours interdit le seul passage utilisable par eux.
Ces tirs d’artillerie déclenchés sur ces engins n’étaient d’ailleurs pas perdus car d’assez nombreuses unités italiennes, en particulier des chemises noires et des troupes d’assaut, profitant du brouillard progressaient dans Menton_ et vers 18 h. on apprenait que les réseaux de fils de fer qui couvrent l’Ouvrage de Cap_Martin étaient attaqués par d’importants effectifs qui étaient pris aussitôt à partie par tout ce qui pouvait tirer sur ces assaillants, et en particulier par les jumelages et par les mortiers de 81 de l’Ouvrage qui les fauchaient à 200m. : les Italiens qui n’étaient pas fauchés abandonnaient rapidement l’attaque et refluaient en direction du Vieux_Menton, poursuivis par de violents tirs d’artillerie. (clic : note)Un renseignement donné par les Italiens après l’armistice, fait supposer que cette attaque a été menée par au moins un Bataillon, transporté par mer, à la faveur du brouillard en longeant la côte, et débarquant au Port de Menton_
Dans la crainte qu’à la faveur du brouillard, puis de l’obscurité de la nuit, l’attaque de la position de résistance ne soit reprise, une compagnie de Tirailleurs Sénégalais en réserve à la_Turbie était avancée vers Ricard_ avec les 2 compagnies de chars F.T. dont disposait le S.F.A.M. et qu’il orientait respectivement sur la Corniche_Haute et la Corniche_Basse.
Par ailleurs, le Commandement du Sous-Secteur qui avait déjà replié dans la journée les Sections occupant le point fort de Castellar_ et la crête au Sud (ancienne garnison de la_Colle) les repliait à nouveau, considérant qu’à l’Annonciade_ et à la Maison_Tardieu elles se trouveraient encore débordées, du fait de l’occupation de Menton_, étant donné surtout que le brouillard empêchait d’en suivre les progrès. Seul le passage du Col_de_Rancurel se trouvait donc encore tenu en avant de la Position de Résistance, mais il sera replié à son tour au début de la nuit.
Pourtant la soirée du 23 et la nuit du 23 au 24 se passent dans le plus grand calme, toutes les troupes veillant avec soin, car le brouillard qui s’est maintenu serait favorable à des infiltrations dangereuses ; l’artillerie poursuit pendant toute la nuit ses tirs de harcèlement courts et irréguliers sur les points de passage et les points les plus importants du champ de bataille. Le Sous-Secteur de Sospel_ profite de ce calme pour permuter entre elles la S.E.S. qui tient le_Cuore et qui est arrivée à bout de résistance physique, et la S.E.S. qui occupe les_Bergevine et n’a pas encore été engagée.
Des patrouilles poussées dans Menton_ par le 96°B.A.F. au cours de la nuit pouvaient pénétrer dans la partie Ouest de Menton_, jusqu’au Gorbio_ sans rencontrer d’Italiens. Par contre des infiltrations d’Italiens étaient signalées de divers côtés, sans qu’il soit possible d’établir leur importance, ni même leur réalité : un blessé de la_Pena qui descendait à Monti_ pour s’y faire soigner y aurait vu des Italiens et serait remonté jusqu’à la P.R. sans passer au poste de secours l’estimant occupé par l’ennemi ; des bruits d’armes automatiques auraient été entendus dans le ravin des_Agreux, etc.
Sur la_Roya, l’ennemi serait parvenu à déboucher de Fontan_, mais il a été arrêté au confluent du_Caïros ; il se serait approché des lisières Est de Saorge_, mais n’aurait pu pénétrer dans ce village.

24 juin

24 juin 1940

65eDI : attaque jusqu'à la rive gauche de la Tinée_ et attaque dans la Gordolasque_, contrée par SES et ouvrages de Flaut_ et Gordolon_. Echec italien.

SFAM : journée relativement calme après les assauts de la veille.

R_M. Le 24 juin, dès 5 heures du matin, les avions ennemis recommençaient à voler au-dessus des lignes, mais sans lancer aucune bombe, et sans doute sans pouvoir reconnaître si le dispositif de défense avait été renforcé, car il régnait toujours un assez fort brouillard au sol.
Vers 6 heures 50 le S.F.A.M. recevait notification d’un télégramme officiel demandant aux troupes de tenir sur place coûte que coûte et malgré tout, et en particulier de faire l’impossible pour interdire toute violation de la P.R. Ce télégramme était notifié aussitôt aux Sous-Secteurs.
La journée s’écoulait ensuite dans le calme, toujours sous la pluie et dans le brouillard.
Les seules alertes dans cette journée où nos troupes, sentant un ennemi nombreux devant elles dans un brouillard persistant qui entretient la crainte perpétuelle du débouché imprévu d’une attaque, étaient dues à des renseignements toujours reconnus faux : retour de l’infanterie italienne dans les réseaux du Cap_Martin, important rassemblement de chars sur la Place d’Armes de Menton_, mouvement en avant d’une Division blindée sur la route de la Riviéra Italienne, avec un débarquement de ses éléments légers dans le port de Menton_.
Chaque fois notre artillerie déclenchait ses tirs, mais en réalité la journée n’était marquée par aucune attaque, l’ennemi qui avait éprouvé de très fortes pertes la veille, ainsi qu’on l’apprendra plus tard, utilisant sans doute cette journée pour amener à pied d’œuvre de nouvelles unités et se bornant à des tirs d’artillerie sur nos positions ainsi que sur l’ouvrage encerclé du Pont_St_Louis dont l’équipage interdisait toujours tout passage sur le pont.
L’ouvrage de Pierre_Pointue avait pu être ravitaillé dans le courant de l’après-midi par une corvée qui avait ramené les prisonniers faits le 22.
Le soir après le dîner, on apprenait que l’armistice venait d’être signé entre la France et l’Italie et que les hostilités seraient arrêtées à 0 heure 35, le 25 juin. Le Commandement ordonnait en même temps que, si le S.F.A.M. n’était pas attaqué, l’artillerie n’exécute pas les tirs de harcèlement qui avaient été prévus pour la nuit du 24 au 25.
Ainsi finit la bataille pour Nice.
Un des derniers tirs exécutés, dirigés par les pièces longues modernes du Mont_Agel sur la gare de Vintimille_ où l’on observait d’importants mouvements semble y avoir provoqué une explosion et un fort incendie.

25 juin

25 juin 1940

65eDI : sur la_Tinée, un bataillon italien, n'ayant pas reçu l'ordre de cessez-le-feu, attaque et l'artillerie française riposte.

SFAM : établissement d'une ligne de contact et de démarcation.

R_M. Après une nuit très calme, le 25 au matin, par un temps superbe, les Italiens et les Français qui en bien des points n’étaient plus au contact, se sont portés à la rencontre les uns des autres et la ligne de démarcation les séparant s’est trouvée, en fin de matinée, jalonnée de la manière suivante :
Cours inférieur du ravin de Gorbio_ par le Pont_de_l_Union, Pentes Sud de la crête de l’Annonciade_, ligne passant immédiatement à l’Est des ouvrages d’Avant-Postes du Pilon_ à Scuvion_, Castellar_ restant aux Français ainsi que la crête du Razet_, le Cuore_, l’ancienne frontière de la région du Grazian_ atteignant la_Roya à la gare de Piena_, cours inférieur de la_Roya Française en aval de la Chapelle_St_Antoine (Sud de Breil_), la Tour_Ruinée, Cote 454, Chapelle_Ste_Anne, lisière Est de Saorge_, confluent Caïros_ Roya_, Collet d’Albeï_, granges_de_Mérim, Col_de_Mardi, Faux Col_de_Raus (au Nord de la Cime_de_Raus).
L’Ouvrage du Pont_St_Louis, bien qu’encerclé, tenant toujours, deux officiers français s’y rendirent en parlementaires dans la matinée du 25 juin pour notifier à la garnison la cessation des hostilités. Les autorités Italiennes se montrèrent, à cette occasion, très correctes. Elles exprimèrent toute leur admiration pour la garnison de cet ouvrage et autorisèrent sa relève le soir même, vu son état de fatigue, par une nouvelle garnison de composition absolument identique, demandant en échange que la barrière interdisant la circulation fût légèrement entrouverte pour permettre le passage des ambulances et l’enlèvement des très nombreux blessés italiens tombés à Menton_ et que l’on ne savait comment évacuer. Deux jours après, les italiens firent demander si on ne pourrait ouvrir la barrière complètement et dégager les champs de mines qui la doublait, afin de laisser passer les convois nécessaires aux ravitaillements des troupes d’occupation de Menton_ : la garnison de l’ouvrage se retirerait alors avec les honneurs de la Guerre pour rentrer en France Libre, avec ses armes, ses vivres et ses bagages. Sa seule présence avait suffi à interdire tous passages autres que ceux des ambulances. Le prestige des défenseurs de cet ouvrage était tel qu’en partant le soir, le sous-lieutenant commandant l’ouvrage pût emporter la clef, après avoir fermé la porte : un coin de France restait ainsi inviolé.

Conclusions

Conclusions

R_M. Au cours de cette bataille de 10 jours, le S.F.A.M. a pleinement rempli sa mission de couverture de la ville de Nice_. L’ennemi n’a pu occuper que Menton_ et Fontan_. Pourtant cinq Divisions Italiennes avaient été engagées, sur le front du S.F.A.M. dont trois avaient été assez fortement éprouvées pour qu’il fût nécessaire de les relever. Trois autres Divisions étaient sur le point d’entrer en ligne, semble-t-il, si l’Armistice n’était pas intervenu.
De l’aveu même des Italiens leurs pertes avaient été très élevées, peut-être 4000 à 5000 hommes tués ou blessés, alors que celles des troupes du S.F.A.M. restaient au contraire excessivement faibles :
  • 8 tués (clic : note)auxquels on peut ajouter 4 morts par accident, 2 du fait de la chute d’un câble électrique à haute tension et 2 par éclatement d’une bouche à feu.
  • 35 blessés
  • 33 prisonniers ou disparus.
C’est ainsi que la bataille pour Nice avait revêtu un caractère tout particulier : elle avait été menée presque uniquement par l’artillerie française, en partie abritée dans les ouvrages, contre l’infanterie italienne attaquant à découvert.
L’infanterie Française n’y avait pris qu’une part assez faible, car la position de résistance était demeurée inviolée. Elle pouvait d’ailleurs être fière des petites unités qu’elle avait pu engager : Sections d’Éclaireurs Skieurs et quelques Sections avancées de F.V. dont les manœuvres élastiques avaient tous les caractères de petites contre-attaques, enfin, garnisons des petits ouvrages d’Avant-Postes, aux feux puissants et aux cœurs vaillants.
Toutes avaient lutté avec succès à un contre dix, parfois même à un contre vingt.

Q.G. le 8 juillet 1940
Le Général MAGNIEN
Commandant le S.F.A.M.

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