Capitaine Mercier - Metrich - Elzange - Oflag XB.
Dossier réalisé à partir de documents de M. Jacques Mercier, que nous remercions vivement. E. et R. Cima.
Introduction
Introduction
Dans ce dossier, nous vous présentons des documents et témoignages relatifs au capitaine Jean-Marie Mercier, major de l'ouvrage fortifié du Metrich (A17, SF Thionville) en 1940.
Ces documents ont pour objet : le Metrich, le camp d'Elzange, (camp des ouvrages fortifiés du Metrich, du Billig et de leurs intervalles), la cité des officiers d'Elzange et, enfin, l'Oflag XB où fut conduit le capitaine, suite à l'arrêt des combats de juin 1940.
Témoignages
Le Metrich
Témoignages
Ouvrage fortifié de Metrich
Plan schématique du Metrich (SF Thionville)
Entrée des hommes.
Entrée des hommes. Au loin (centre de la photo) on aperçoit le bloc 8.
On aperçoit le Bloc 8, à flanc de colline, surplombant le casernement extérieur léger. D'après notre ami, Olivier Terver, la photo doit avoir été prise depuis le Bloc 14.
Tourelle de 75/33 (Bloc 8 ou 10 ?) en batterie.
Créneaux des 3 75/32 du B1.
Camp d'Elzange
Le camp d'Elzange
Le camp d'Elzange en 1938.
Le capitaine Mercier (au centre) au camp d'Elzange.
Le Kartoffelnberg
Le Kartoffelnberg
Kartoffelnberg (montagne de pommes de terre, en allemand). C'est le nom donné à cet ouvrage fortifié construit en bois et tissus à l'occasion d'une fête donnée au camp d'Elzange en 1938. À cette époque la corvée de pluches de pommes de terre était réputée et redoutée dans l'armée.
Une des attractions offertes au cours de la fête du camp d'Elzange.
Cité des officiers
Cité des officiers d'Elzange (Koenigsmacker)
Cité des officiers du camp d'Elzange en 1938.
Je suis devant la palissade de "ma" maison.
Dans cette cité, je me souviens du commandant Roy, du capitaine Chertier, du capitaine de la Teyssonnière et du lieutenant Mangin. Je jouais beaucoup avec la fille de ce dernier : Micheline Mangin, qui devait avoir 5 ou 6 ans.
Micheline Mangin sur le vélo que je tiens, devant la cité des officiers du camp d'Elzange.
J'allais à l'école à Elzange. Par quel moyen de locomotion ? Peut-être mon père m'accompagnait-il sur son vélo (il y avait une petite selle supplémentaire sur le cadre). Nous n'avions pas de voiture. Le commandant Roy, lui, en avait une et son fils Serge (16 ans), sans doute pour épater ma sœur (15 ans), avait un peu conduit cette automobile, jusqu'au fossé le plus proche.
L'institutrice était originaire de Provence et elle nous décrivait les fruits merveilleux qui poussent parait-il dans cette région. À propos de fruits, à la cité des officiers, un marchand de fruits et légumes passait chaque jour, dans une charrette tirée par un cheval.
Le marchand de fruits et légumes, à la cité des officiers du camp d'Elzange. La cliente est Mme Mercier, ma mère.
Bitche
En 1939, nous sommes partis à Bitche, 4 rue des tilleuls, pas loin de l'église, puisque j'en voyais le reflet dans la fenêtre de l'escalier, quand je l'ouvrais selon un certain angle, découvrant ainsi les lois de la réflexion. J'allais au catéchisme près de cette église et à l'école pas très loin. En général, mes copains ne parlaient pas français (sauf en classe).
Je me souviens des obsèques du fils du pâtissier de Bitche, qui devait avoir mon âge. A cette époque, il n'était pas rare que les enfants n'atteignent pas l'âge adulte.
Le dimanche, nous allions à l'étang de Hasselfurt.
Début septembre 1939 : évacuation précipitée, je n'ai pas encore très bien compris pourquoi. Avec une seule valise par personne, nous avons tout perdu, y compris et surtout mon chien en peluche qui n'avait plus que 3 pattes et qui s'appelait -Dali-. Nous nous sommes réfugiés à Fontainebleau, pays de ma famille.
Fontainebleau
Un problème : à Fontainebleau, les réfugiés lorrains n'avaient pas droit au masque à gaz distribué aux enfants des écoles. Ma mère a donc été faire un scandale à la mairie : enfant né à Fontainebleau, de parents nés à Fontainebleau. Le maire, vaincu, a dû céder lamentablement et j'ai donc pu me rendre ensuite à l'école avec mon cartable et mon masque à gaz, d'octobre 1939 jusqu'en juin 1940.
C'est alors l'exode, pour arriver, après diverses péripéties, chez des cousins à Tonneins dans le Lot et Garonne. Puis retour à Fontainebleau, en zone occupée, vers août ou septembre. Notre appartement avait été pillé et nous avons tout perdu, une deuxième fois. Heureusement, cette fois, nous n'avions pas grand-chose (et on finit par s'habituer).
Vers l'Oflag XB
Départ vers l'Oflag XB
Attestation du commandant du Metrich.
Le 1e juillet 1940. Le Chef de Bataillon Lauga, Commandant l'ouvrage A17, certifie que : M. le Capitaine Mercier Jean-Marie, du 167e RI, faisait partie de l'équipage qui ayant cessé le feu le 25 juin à 0h35, a reçu l'ordre le 30 juin 1940 de se constituer prisonnier en vertu de la décision de la Commission de WIESBADEN.
Le haut commandement de l'Armée allemande lui a accordé les honneurs de la guerre et l'autorisation de conserver en captivité ses armes et bagages.
Certificat de cessation de paiement. C'est l'un des derniers documents que le Major d'ouvrage contresigne au Metrich.
Dès son arrivée à l'Oflag, il est photographié.
Curiosité ?
On lit "168" sur le képi et "167" sur les pattes de col !
Explication : en 1938 le capitaine Jean-Marie Mercier est affecté à la première compagnie du 168e RIF (régiment à trois compagnies), à l'ouvrage fortifié de Metrich. En 1939, avec l'arrivée des mobilisés, chaque compagnie de temps de paix augmente d'effectif et devient un régiment ; la première compagnie du 168e RIF du temps de paix devient le 167e RIF, la deuxième compagnie garde le nom de 168e RIF et la troisième compagnie prend le nom de 169e RIF. Le capitaine passe donc du 168e RIF (temps de paix) au 167e RIF (temps de guerre) et... garde son képi du temps de paix.
Le capitaine porte l'insigne du Metrich et l'insigne du 168eRIF.
Témoignage
Témoignage depuis l'Oflag XB
Le document original mesure 8cm x 17cm.
«1er juin 1941. J'écris aujourd'hui jour de la Pentecôte. Le temps
«est beau. Pourquoi sommes-nous encore ici alors que
«notre présence serait si utile ailleurs ? Pour
«combien de temps sommes-nous condamnés à
«vivre encore ici ? Nous avons bien l'espoir de revoir la
«France bientôt ! Mais ce n'est pas une certitude.
«Cependant il faut [-] favorablement. Pour
«ma part, je me vois rentré avant la fin de l'année;
«bien avant, au mois d'août par exemple, je serai auprès
«de toi pour le 28 août ! Pourquoi pas ?
«Voici bientôt un an que je suis ici ! Le temps passe et que
«de choses se sont déroulées depuis un an. Il y a un an
«j'étais encore à l'ouvrage, confiant dans notre succès
«malgré l'avance allemande dans le Nord. Ce n'est que
«le 13 juin que j'ai commencé à comprendre. À cette date
«nous sommes restés abandonnés dans nos ouvrages, vivant
«sur les réserves et attendant l'encerclement. J'avais
«encore confiance malgré tout. Le 15 juin, sur ordre, des
«détachements ont quitté les ouvrages, ils n'ont pas été
«loin. Le 17 nous devions partir aussi. Le colonel [-],
«d'accord avec ses voisins en décida autrement. Notre
«mission était de résister jusqu'à l'épuisement des munitions.
«Il n'y avait qu'à l'exécuter. En ce qui concerne l'ouvrage
«de Metrich, nous ne fûmes pour ainsi dire pas inquiétés
«par l'ennemi. Cependant il était autour de nous.
«Le 15 un [-] être [-] Nancy ; j'ai su depuis
«qu'il était parvenu. Le 16, les allemands étaient à Nancy
«Nous étions bloqués, mais décidés à la résistance. Nous
«pouvions tenir 3 mois. Jusqu'à l'armistice nous avons
«tiré. Nous avons aussi été bombardé, mais nous ne
«risquions rien à 40 mètres sous terre. Il y eut donc
«rien de grave pour nous. Notre seul souci était le sort
«des familles. Le 17 juin, la TSF m'apprenait que les
«allemands avaient franchi la Seine à Melun et à
«Fontainebleau. Où étiez-vous alors ? C'était le début
«[-]
«Je suis alors resté 13 nuits sans dormir. Le 26 juin,
«après l'armistice, j'eus une lueur d'espoir. Dans la
«pièce voisine, j'entendais le colonel parler des conditions
«de l'armistice : nous ne serions pas prisonniers. J'en
«pleurais de joie. Hélas ! Ma satisfaction fut de courte
«durée. Le canon s'était tu. Le soleil éclairait la belle
«campagne lorraine mais nous étions toujours là attendant
«que notre sort fut réglé. Le 30 juin nous apprîmes que
«la commission de Wiesbaden avait décidé que nous
«serions internés. C'est le colonel Marion (?) qui servit
«d'agent de liaison, nous le vouâmes aux enfers !
«Il fallait céder la place aux allemands. Tous nos
«efforts, tout le travail de plusieurs années allaient ainsi
«passer dans d'autres mains ! Cependant, les
«allemands nous assuraient que notre internement
«serait bref. La guerre allait finir, les anglais seraient
«battus avant 6 semaines. Le général von Gre [-] Cdt.
«le 45ème corps d'armée régla donc les conditions de notre
«départ. -Pour honorer la ferme persévérance des troupes
«de la ligne Maginot les officiers partiraient l'arme en
«blanc- (sic). Nous emportions nos bagages. Le départ
«était fixé au 4 juillet matin. La troupe défila
«devant le colonel. Instant émouvant. Nous étions
«vaincus et il fallait abandonner le sol que nous
«devions défendre. Les allemands furent alors très
«dignes. Un colonel allemand assistait au défilé
«mais ce n'était pas à lui que les honneurs étaient
«rendus. Il n'était là que pour représenter l'armée qui
«allait occuper les ouvrages. Aucune morgue
«dans son attitude. Pour nos soldats [-]
«ils avaient encore la fierté de n'avoir pas été
«percés. Les ennemis avaient pu passer derrière
«nous mais la ligne était intacte.
«Nous devions nous embarquer à Besch (?), petite gare
«immédiatement après P [-] Le trajet se fit en partie à pied
«pour la troupe. Personnellement je fus transporté en auto
«car. De Besch (?) un train nous amena à Trêves, notre
«séjour dans ce lieu fût de courte durée, le 5 nous le
«quittâmes pour aller à Mayence, où nous ne restâmes
«que quelques heures le 6 juillet et le 7 nous étions
«à Nienburg que je n'ai jamais quitté depuis.
«L'oflag X B, un champ de 10 hectares, à peu près
«carré, avec quelques bâtiments pour nous abriter
«une ceinture de barbelés surveillée par quelques
«sentinelles. Notre vie, je l'ai déjà sommairement
«exposée. Depuis le 7 juillet elle n'a pas varié. De
«Nienburg je ne connais que le chemin de la gare
«Au camp pour l'avoir fait une fois. Lorsque je le
«referai dans l'autre sens, ce sera certainement pour
«revenir en France. Que ce soit le plus vite possible !
«Les débuts furent pénibles. Entassés à 24 dans une
«chambre en plein été. Comme couchage une paillasse
«sur des planches. Comme nourriture, le matin
«une tasse de glandine (jus de gland). A midi une
«gamelle de soupe ou une douzaine de pommes de
«terre avec une assiette de sauce. Jamais de viande.
«Boisson : de l'eau. Le soir un petit morceau de
«saucisse (de foie de poisson, ou de boudin ou de
«couenne). C'était tout. Pas de dépenses physiques
«mais à ce régime là on ne devrait pas engraisser.
«Ma graisse fondait, mon poids diminuait.
«Cela n'était rien, c'était le manque de nouvelles
«qui me torturait par dessus tout. J'avais écrit
«le 6 juillet de Mayence une carte spéciale, mais
«je n'avais pu donner mon adresse. Le 11 j'avais écrit
«une carte à Fontainebleau (elle ne devait arriver que le
«11 septembre). Nous restâmes ensuite jusqu'au 11
«août sans écrire. Nous pûmes alors envoyer une
«carte en zone libre; j'écrivis à Tonneins à tout
«hasard Le 20 août même autorisation même
«destination donnée à ma correspondance. Je n'étais
«heureusement pas le seul à être privé de nouvelles.
«Quelle joie lorsque je reçu enfin le 30 septembre
«une première lettre de Clermont. Vous étiez indemnes
«après toutes les péripéties que vous avez dû subir.
«C'était le principal.
Encre invisible du Capitaine Mercier
Jacques Mercier : «Durant sa captivité mon père nous a adressé quelques lettres en toute discrétion, en utilisant un procédé d’encre invisible (ou presque). Le contrôleur du courrier de l’oflag, naïf, du moins au début, ne s’est douté de rien (ou peut-être s'en est-il fichu complètement).
Mais les gens parlent... les bruits courent et se répandent dans l'oflag... le contrôleur se réveille, trouve le truc astucieux ; il rigole sévèrement : ah ! ah ! ah !... Et mon père se retrouve puni peu glorieusement : un ou deux mois privé de courrier. Nous avons reçu un avis du commandant de l'oflag qui nous en informait aimablement.»
Procédé
Jacques Mercier : «On trempe une feuille de papier dans l'eau. On la pose sur une surface dure, genre vitre ou glace. On pose, par-dessus, une autre feuille sèche et on écrit sur celle-ci avec un crayon, en appuyant bien. La feuille mouillée conserve l'empreinte de l'écriture, genre filigrane. On la fait sécher et on ne voit plus rien, ou presque.
On s'en sert alors pour envelopper quelque chose, par exemple la bande d'envoi du journal : le Trait d'Union. Le destinataire, futé, qui est au courant, trempe la feuille dans l'eau et, ô miracle, les filigranes réapparaissent. On arrive à lire... péniblement.»
Photo souvenir
Photo souvenir de l'Oflag
Photo souvenir des occupants de la chambre 4, baraque 6.
De gauche à droite :
Premier rang : ROBITAILLIE ; MERCIER ; de THEQ ; BALLEUX ; DAVOINE ; RICHARD
Deuxième rang : OUVRARD ; BOURLARD ; TELLIER ; MAERTEN ; RAYNAUD ; RICHELET
Annexes
Capitaine Mercier
Annexes
Capitaine Jean-Marie MERCIER (1900-1979)
Écrit par M. Jacques Mercier, le fils du capitaine Jean-Marie Mercier
État civil
Jean-Marie Mercier est né à Fontainebleau (77) le 14 septembre 1900. Il est le fils du capitaine Pierre Mercier (blessé à Reims en septembre 1914 et décédé en janvier 1915) et de Suzanne DUCHESNE.
Marié le 28 août 1922 à Fontainebleau avec Mme Georgette PETIT (1901-1989). Deux enfants : ma sœur Janine (1924-1985) et moi-même (né à Fontainebleau en 1931).
Carrière
Engagé à 18 ans, il fait l'école militaire de Saint Maixent.
Après les garnisons de Paris, Quimper et Fontainebleau, en 1936, promu capitaine, il est muté à Thionville au 168eRIF (Régiment d'Infanterie de Forteresse).
En 1937-1938 il est affecté à l'ouvrage fortifié de Metrich (A17 - SF Thionville) et habite, avec sa famille, à la -cité des officiers- du camp d'Elzange.
En 1939 il est muté à Bitche (SF Rohrbach) puis retourne au Metrich au 167eRIF en qualité de Major d'Ouvrage (officier adjoint au commandant d'ouvrage).
Suite aux conditions d'armistice de juin 1940, il est fait prisonnier le 4 juillet 1940. Avec ses camarades il part alors pour l'Oflag XB de Nienburg Oder Weser, (son matricule : 1145. Chambre 4. Baraque 6) d'où il laisse sa famille sans nouvelles pendant 2 ou 3 mois.
Il est libéré en 1943, pour raison de santé, le régime Oflag lui ayant fait perdre 30kg !
Après 1944 et jusqu'en 1947, année où il prend sa retraite militaire, toujours capitaine il est Major de Garnison à Clermont Ferrand.
Pendant les 15 années suivantes, et jusqu'à sa retraite en 1962, il est inspecteur aux Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne (région Bretagne), et domicilié à Pornichet (44).
Il est Chevalier de la Légion d'Honneur, tout comme son père le capitaine Pierre Mercier et son grand-père le capitaine Jacques Mercier !
Jacques Mercier
Jacques Mercier
En 2008.
Jacques MERCIER est né en 1931 à Fontainebleau. Il est le fils du capitaine Jean-Marie MERCIER.
Marié en 1953. Veuf depuis 1983.
Deux enfants : une fille médecin, un fils chercheur (cellules souches) aux Etats-Unis.
Trois petits-enfants français (dont deux déjà médecins). Une petite-fille américaine (9 ans).
Dessinateur aux chantiers de St Nazaire pendant 10 ans. A Paris, 15 ans ingénieur Alcatel. 15 ans ingénieur Framatome (dont 8 ans détaché à Bologne et 4 ans au CEA Saclay)
Retraité depuis 1992.
70 ans plus tard...
70 ans plus tard...
Un petit coup de "photoshop" et Jacques Mercier de 1938 se retrouve sur la photo de Jacques Mercier de 2008, revenu visiter sa maison, à la "cité des officiers" du camp d'Elzange.
70 ans après... 2008
Il pleut, pas envie de sortir, mes doigts agiles pianotent sur le clavier de mon ordinateur et sans trop y penser je tape "maginot". J'obtiens, entre autres, le site réalisé par des passionnés de la ligne Maginot : Raymond et Bernard Cima. A tout hasard, j'envoie un courriel... j'ai une réponse... je fouille dans mes archives et je retrouve quelques photos et documents, sauvés par miracle de la guerre et des déménagements successifs.
Et fin novembre 2008 je rejoins à Thionville Raymond Cima et son épouse, pour une visite de 2 jours. Nous partons pour Koenigsmacker puis, quelques kilomètres plus loin, je reconnais immédiatement ce qui s'appelle toujours la cité des officiers et je retrouve ma maison qui paraît comme neuve ! D'autres me semblent assez dégradées, vides. De nouvelles constructions occupent maintenant le terrain vague en face.
On me photographie devant chez MOI, lorsque la propriétaire descend de sa voiture, légèrement étonnée peut-être. J'explique la situation : 70 ans de retard, mes cheveux ont blanchi, mais j'en ai encore. Cette dame, Marlène Mulas, vraiment très aimable et compatissante, nous invite chez elle.
Bizarre : les rideaux ne sont plus les mêmes ; il y a la télé, un frigo dans la cuisine, mais je m'y retrouve parfaitement : le salon, la salle à manger, la cuisine. A l'étage : la chambre de mes parents, celle de ma sœur.
Surprise : ma chambre est devenue une grande salle de bain. Le grenier me semble plus petit : on a aménagé, à côté de la chambre mansardée, une salle de bain et un petit salon.
D'un seul coup, je rajeunis de 70 ans : plus mal au dos, aux genoux, terminée la sciatique. Cette visite, c'est mieux qu'un tube entier de paracétamol. Mon taux de cholestérol passe brutalement de 2,41 à 1,73 g/l, ma tension artérielle est inférieure à 12. Les murs se rendent compte de ma présence, ils ont certainement conservé les vibrations émises par notre phonographe, puisque j'entends très distinctement les voix de Maurice Chevalier, Charles Trenet, Rina Ketty, Jean Sablon...
Hop !... je suis prêt à bondir sur mon petit vélo pour aller jouer avec les copains. En fait, pas de petit vélo, mais on m'embarque dans une grosse voiture automobile extraordinairement futuriste qui m'emmène, comme par magie, vers le XXIème siècle !...
C'est donc possible, ces machines à voyager dans le temps ? Je me demande ce qu'il a bien pu se passer entre 1938 et 2008 ? Albert Lebrun est-il toujours notre Président de la République ? Quelle histoire..!! (Jacques Mercier)